CHAPITRE DOUZIÈME
Telle est la tradition conservée par le chroniqueur de Gessenay *. l/ancien annaliste bernois ^ qui est ordinairement bien informé, ne mentionne pas Tépisode qu'on vient de lire'. En 1407, dit-il, il s'éleva une querelle entre le comte de Gruyère, d'une part, et les habitants de Gessenay el de Chàteau-d'Œx , bourgeois de Berne, d'autre part. La jalousie de la Gruyère en fut la cause ^. Les dits combourgeois de Berne étaient maltraités par les officiers de leur seigneur, qui les emprisonnaient et leur faisaient d'autres violences. Les opprimés s'en plaignirent à Berne. Dans cette occurence, les gens de Gessenay saisirent le châtelain de Château-d'OEx et six hommes des plus considérables de Gruyère, et ils informèrent Berne de ce fait. Le conseil de Berne ordonna au châtelain du Sibenlhal d'enfermer les prisonniers dans la tour de Blankenbourg, et il envoya des messagers dans le Pays-d'Enhaut s'enquérir exactement de ce qui s'était passé ". Cependant, le conseil de Fribourg, inquiet, embarrassé h cause des rapports de cette ville avec la Savoie, Berne et le comte de Gruyère, députa deux de ses membres, Peter-
' Môschig. — Le récit de ce cbroniqaear a passé saccessivemeDt dans VBist. de la Confédération suisse (t. Il), et ônnsV Histoire du Gessenay ^ par J. de MuUer; dans VEssai de Rohii, dans le Conservateur suisse (t. IV). dans les Tableaux de la Suisse, et dans le Gesehichtforseher (t IIII).
Ici encore, la fable s'est mêlée à l'histoire. Môschig et Kohli rapportent que Guillaume Môschig ayant eu vent de la trame qui s'ourdissait, vint en bâte à Gessenay, chez son frère, et s'adressant au fourneau, lui dit: « Fourneau, j'ai quelque chose à te raconter, » etc. Ce trait est emprunté à l'histoire de la conjuration de Luceme. On sait que le fourneau joue le rôle de confident dans plus d'une circonstance analogue.
' Justinger.
' Tschudi, t. I, p. 636 , a suivi le texte de Justinger. F.-J. Castellaz a également ignoré ou supprimé Tépisode en question.
* « von Mdes wegen des Burgrechten. »
^ Justinger, p. 368 etsuiv.
416 HISTOIRE DE LA GRDYfcRE.
man Velga ei Hensli ^ de Duens, auprès d*Âniédée VIII, ^ Genève, pour rengager à faire aux Bernois des proposîtiom de paix. I^ réponse qu'apportèrent les députés fat iniDsmise à Berne par Tavoyer de Friboui^, et quelques membres do conseil de cette ville furent chargés de faire conoaitre aux magistrats bernois les conditions du comte de Savoie, en les priant de surseoir à toute entreprise nouvelle *.
Berne, ne pouvant admettre des propositions qui lendaient.apparemment à obtenir de cette cité une modification du traité de combourgeoisie qu'elle avait fait avec la Haute- Gruyère, sinon la suppression de ce conlral, prit ane résolution dont le résultat devait donner plus de poids ^ ses prétentions et les faire agréer. Elle ordonna & ses hommes d'armes de Thoune, de Froutiguen, du haut et du bas Simmenthar, de déployer leurs bannières et d'entrer dans les pays de Gessenay et de Gbàteau-d'OEx pour y protéger ses c<»dbourgeois contre le seigneur de Gruyère ou le comte de Savoie, qui intervenait dans la querelle. Les hommes que Berne avait appelés au service militaire franchirent le défilé de Bellegarde, assiégèrent le château, qui, sur un roc escarpé, défendail l'entrée de la vallée, et emportèrent cette bretéche malgré la vigoureuse résistance de la garnison, que commandaient deux frères de la maison de Corbières, coseigneurs de Bellegarde. Ces deux chefs, tombés au pouvoir de l'ennemi, furent conduits avec d'autres prisonniers au cbi-
' Ou, plus correctement, Hctnsli, diminutif de Hans, qui est une forme abrégée de Johannes, tout comme Johannot on Jeannoî est le dimlinittf de Jean.
' « pour les prêter qu'il se volissent sorseir de faire auewu novels. * L*abbé Girard, qui cite ces mots dans ses Tableaux de la Suisâe, p. 84, pa* rati les avoir tirés de la correspondance de Fribourg.