‹ Histoire du comté de GruyèreChapitre 153 sur 170 · CHAPITRE DOUZlftHB · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZlftHB

mites du- comté de Gruyère. Jeao Chalvinif châtelain de Gessenay, daos le ressort duquel le meurtre avait été com* mis, demanda au justicier de Villarsvolard l'arrestation de r homicide, afin qu'on pût satisfaire la justice du sang. Tuller fut arrêté et mis en prison. Le justicier de Villarsvolard assigna le châtelain de Gessenay et Taccusé devant sa maison, place où il avait coutume de tenir ses plaids, et où devait s'instruire et se juger le procès du meurtrier, selon la coutume. Au jour fixé, il fit amener l'accusé devant le jury, composé de vingt-quatre jurés, dont douze de la châtellenie de Corbières et autant de la châtellenie de Gruyère ; puis il fit proclamer par trois {ois le châtelain de Gessenay. Celui-ci ayant fait défaut, et le prévenu ayant invoqué par son avocat et son conseil la coutume existante entre le seigneur de Corbières et celui de Gruyère, qui voulait que tout sujet de Fun des deux seigneurs qui se serait réfugié sur le territoire de l'autre, fût libre avec ses biens, les jurés, après délibération, déclarèrent que, suivant les us et coutumes des dites seigneuries, le prévenu devait être renvoyé, toute poursuite cessant. Ce qu'ayant ouï, le justicier, selon l'usage, donna à Jaques Tuller une petite verge ou un petit bâton \ lui signifiant par Ih que la liberté lui était rendue. Ce plaid mémorable eut lieu le vendredi après la St-Denis, soit le 1 1 octobre, de l'an i420^

Depuis que le comte Antoine eut pris les rênes du gouvernement de la Gruyère, il s'éleva une grande contestation

* < bacalas nemoris. >

' Voir, pour plos de détails, noire Introduction, p. 398 et suivantes.

446 HISTOIRE DE LÀ GRUTàRE.

entre lui et le prince, son suzerain, qai avait été son tuteor, son guide, et l'administrateur de ses Etats. Le doc de SaYOÎe voulait s'approprier les seigneuries d'Aobonne et de Coppet, se prévalant de la cession que feu Jeanne Alamaodi^, veuve d'Olon de Grandson, selon lui vraie dame et propriétaire* des châteaux, villes, villages et mandements d'Aubonne et de Coppet, lui avait faite de tous ses droits, par acte do S octobre 1404 '. Le duc exigeait encore le paiement de douxe mille vieux florins d'or que Taïeul et le père du comte Antoine devaient à son père Amédée VII, Si cause de certain cautionnement fait en faveur d'Humbert de Billeos, alors futur évêque de Sion, comme il résultait d'on acte passé près de Sarquenoz , en Vailais, le 9 octobre 1387^. Comme les débiteurs tardaient k payer, le procureur de Vaud ", agissant de la part du comte de Savoie, avait demandé k Gaspard de Montmayeur, bailli de Vaud, un poisèment contre Taïeul du comte Antoine. Le bailli lui avait donné, le 15 mars? 1402, le passement demandé, soit Tordre de procéder au remboursement forcé de 20,000 écus d'or, somme à laquelle s'élevait la dette primitive, y compris les dommages et intérêts. Le duc de Savoie exigeait da comte de Gruyère le prompt paiement de cette somme. Antoine, qui avait été dûment investi de la coseigneurie d' Anbonne et de Coppet, ou de Commugny, devait trouver étraoge

' « Johanna Alamanda. >

* c vera domina et proprieuria. »

* Voir p. 410.

* « lodict. décima. >

* « Peirus Marescheti tuoc procarator Waudi. >

1 «die Laoe post dominicam in qua cantatum est in sancu Dei ecclesia Judica me.... »

CrtAPlTRB DOUZIÈME,

la prélenlîon do duc. Il opposait h h première de ses altégaiions que ta vraie dame et propriétaire de ces deux seigneuries îïvaîi été Agnès de Villars, femme de Gulllattme Aiamandi^ et il invoquais en sa faveur un droit plus ancien que c^lui d'Amédée VIH, son droit héréditaire, dérîvani d'Humhert de Viltars \ fils d'Agnès, coseigneur d'Aubonne et de Coppel » dont la lîlle Marguerite avait épousé le comte Rodolphe IV, aïeul du comte Antoine. Celui-ci se prévalait d'ailleurs de la vente de ces mêmes seigneuries^ passée le 4 novembre 1595 ' par Amédée VIII, aujourd'hui duc de Savoie, en faveur de Rodolphe de Gruyère, père d'ADloine» et de Jean de La Baume, seigneur de rAbergemenl. Il se croyait d'autant moins tenu de restituer les fiefs répétés par le duc de Savoie, que la maison de Grujère avait possédé sans interruption, depuis plus de trente ans, la seigneurie d*Auhonne en entier % et la moitié de celle de Coppet; que, par conséquent, il y avail prescriptiou. Antoine ajoutait quil De pouvait être astreinte payer tes 20,000 écus exigés par te duc, attendu que le passement de 1402 n'avait pas reçu son exécution dans Tintervalle d'un an el un jour après sa date, ce qui le rendait invalable. D'ailleurs, la prétendue dette* de 12,000 florins remontant au-deikde trente ans, elle était éteinte, h défaut de demande de son paiement dans le temps fiié. Le duc soutenait, au contraire, que la demande du paiement de cette somme avail été faite en temps légal au moyen du dit passement* Quant à la vente des seigneuries d'Aubonne et de Coppet, en 1593, Amédée VIII

^ Auireroeni dit Humben Âtimanâi.

• Voit |K 356,

' * in mtegrum . »

* < pretensuui detïtlum. >

448 HISTOIRB DB L4 6RDTÈRB.

en ooDtestail la validité, parce qu*alors il était en état de papille, sans tuteur, et qu*au surplus ces deux seigneuries appartenaient k cette époque k Jeanne Alamandi, et non ao comte de Savoie.

Les parties finirent par une transaction, qui fut avantageuse au comte de Gruyère. Le duc de Savoie renonça, en fisiveur d* Antoine, k tous ses droits sur la seigneorie d*Aabonne, sauf l'hommage et la fidélité auxquels il pouvait prétendre en sa qualité de supérieur féodal. Le duc lui fil pareillement remise des 20,000 écus d*or , y compris les 12,000 florins constituant la dette primitive, et il promit de lui remettre cancellés les titres par lesquels le père et Taieul d'Antoine s'étaient obligés envers lui. De son c6té, le comte de Gruyère fit au duc Amédée la cession de tous ses droits sur la portion de la seigneurie de Coppet qn*il avait acquise et possédée jusqu'ici. Il lui abandonna de même le patronage de l'église de Commugny. Enfin , le comte de Gruyère s'engagea solennellement k payer au duc la somme de 5500 florins, petit poids, dont 1000 fl. k la prochaine fête de l'Assomption (15 août), autant les deux années suivantes, k la Toussaint, et enfin 500 fl. Gel accord fut passé au château de Morges, en présence de Jean de Beaufort, chancelier de Savoie, de Manfred, marquis de Saluées, de Jean Chalvini, procureur de Vaud, et d'autres témoins, le 17 mars de l'an de la nativité 1425 V

Dès lors Antoine, comte de Gruyère, ajouta k ses autres titres celui de seigneur d^AtÂbonne *.

Reconnu légitime possesseur de la seigneurie d'Aubonne,

* lodictioo 3®.

* < dominut Albone, » titre qai fut 8al>stitaé à celai de condomùius. >

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