CHAPITRE DOUZIÈME
le comte Antoine exerçait depuis quelques années les droits attachés h ce fief, lorsqu'il eut un différend avec son voisin, Jean-François de Russin, coseigneur d'Allaman. Celui*ci contestait à Antoine plusieurs privil^es ou droits seigneuriaux, tels que la quête sur une partie du lac, la pèche dans TAubonne, le droit de justice sur les gens de Gimel et de Féchy, Taubao, ou le droit à payer par les aubains, c'est-à-dire par les étrangers, pour obtenir la permission de s'établir ou de tenir boutique dans le fief d'Allaman. Il se plaignait encore de ce que le meunier d'Aubonne ne laissait point parvenir au moulin d'Allaman la moitié de Feau appelée TArmary , et enfin de ce que le comte avait fait construire un pont sur TAubonne, non loin du lac, d'où résultait l'inconvénient que les hommes et les animaux qui passaient sur ce pont causaient du dommage aux propriétés du seigneur d'Allaman. Ce différend fut terminé par Jean de Blonay, chevalier, François de Gumoéns, seigneur de Bîoley, et Amédée, comte de Savoie, surarbitre. Leur sentence porta, entre autres, que le comte avait le droit des eaux dans la cbàtellenie d'Aubonne, parlant de celle dite de l'Armary, et le droit de pèche dans l'Aubonne, le seigneur d'Allaman ne pouvant pécher que dans sa juridiction, dès le vieux pont en bas. Quant au pont inférieur nouvellement établi sur l'Aubonne, il serait démoli, nonobstant les concessions impériales faites en bonne intention, parce que (dit notre charte) plusieurs mauvais garnements, larrons ou voleurs, n'osant pas suivre le grand chemin, s'évadaient par le pont nouveau, afin de n'être pas découverts; que plusieurs meurtres avaient déjà été commis sur cette route, à cause de la facilité que les forêts voisines offraient aux assassins de s'échapper. Mais, afin de ne pas priver le seigneur d'Au-
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bonne du pontonage, c*est-k-dire du droit payé pour le passage de la rivière , on élèverait un pilier de bois portant les armoiries du comte en banderolle, avec un écritean qui annoncerait à tout passant que le dit péage était payable à Allaman ou en la maison du pont, au péager établi pour le recevoir. La sentence maintenait au comte, en sa qualité de seigneur d*Aubonne, la quête sur le lac, espèce de taille à laquelle étaient soumis les pécheurs d'Allaman. Ceux-ci ne pouvaient débiter aucun poisson qu'anparavantjls oe Feussent offert au seigneur d'Aubonne. Ils devaient d*abord, suivant Tantique usage, afficher leur poisson k la porte de la grande cour du château. Le droit dont il s*agit fut réservé au seigneur d*Aubonne, k condition que ses domestiques, o*achetant rien, donneraient au porteur un morceau de pain valant (rois deniers.
Cette sentence fut prononcée k Thonon, le 15 mai 1450, en présence de Jean de Mont, donzel, de Richard de Colombier, d'Antoine d'illens, bailli de Lausanne, et d^anties témoins.
Depuis que Pierre III avait fait Pacquisition de droits et de biens dans les Ormonts' jusqu'à Tépoque où nous sommes parvenus, c'est-k-dire pendant un siècle, les comtes de Gruyère et les seigneurs de Pontverre, ou leurs héritiers, avaient possédé par indivis plusieurs fonds et rentes. Le comte Antoine consentit k faire, avec Jean de La Baume, seigneur de Vallufîn et de TAbergement, maréchal de France ', son oncle maternel ', le partage de ce qu'ils pos-
> Voir p. 187 et 247.
* « marescallus Fraocie. »
* « advanculas. > Jean de La Baume était fits de Constance , fille de Hugues, qui était frère d'Humbert de Vtllars. bisaîenl da comte Ântoioe. Il était proprement cousin germain de Rodolphe, père d'Antoine.