‹ Histoire du comté de GruyèreChapitre 34 sur 170 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

savoir : un tènement et des hommes à Botlerens; une autre terre îi Morloo; une troisième, avec des hommes, à Echarleos; UD cens de 5 sous 4 deniers à Villars-devaot-Poot; de plus, un muids de vin et une coupe d'huile à Saint-Saphorin (Lavaux), et un immeuble à Autigny. Le comte ajouta à ces tenures un fonds k Grangettes, un autre à Villaraboud, un troisième à Estavayer-le-Gibloux. Parmi les lémoins de ces inféodations (igure le vieux comte , c cames senex de Grueria. »

On pourrait inférer de cet acte qu'en 1227 Guillaume II, seigneur de Montsalvens, venait de mourir sans postérité. Sa seigneurie et les 6efs qui en dépendaient étant dévolus au chef de la famille , qui était le comte, celui-ci renouvela rinféodation des immeubles susdits en faveur de celui qui les possédait.

La paix et la concorde paraissaient rétablies entre la cour de Gruyère et le chapitre de Lausanne. A la mort de Tévéque Guillaume d'Ecublens, décédé le 22 mars 1229', les suffrages s'étant partagés entre les candidats k la dignité épiscopale, le prévôt et le chapitre confièrent Fadministralion temporelle et spirituelle du diocèse ii Pierre, fils du comte de Savoie, prévôt d'Aoste et de Genève *, jusqu'à ce que Téglise de Lausanne fût pourvue d*un pasteur, ou qu*il plût au chapitre de révoquer cette commission '. Pierre de Savoie exerça pendant environ deux ans l'office important que le chapitre lui avait confié*^. Enfin, le pape Grégoire IX

* Le X des cal. d'avril 1228, v. àl. Mém. et Doc., t. VI, p. 49 et 557.

* iWd., p. 57, 58. 557.

* Cluirte du vendredi avant le dimanche des Rameaux (6 avril) 1999. 16id.,p. 58.

* Ihid., p. 57.

donna pour évéque k Féglise de Lausanne le docte Boniface, qui enseignait à Cologne les arts (Féloquence, les lettres) et la théologie. Le nouvel évéque fit son entrée k Lausanne le 11 noars 1251 \ Boniface fortifia le château de Bulle, sans doule pour le mettre k Tabri d*un coup de main du comte de Gruyère ou de son fils, et maintenir son église en possession de cet endroit important.

Pendant Fépiscopat de Boniface, qui dura huit ans et quelques mois ', la maison de Gruyère n*eut aucun démêlé sérieux avec TEglise, mais avec le chapitre de Lausanne. De nouveaux actes de bienfaisance signalèrent la piété du comte et de sa famille à cette époque. Certain Pierre de la Porte, d*Arconciel, ressortissant du comte de Neucbàlel, tenait en fief du comte de Gruyère le quart de la dime de tout le territoire d'Ecuvillens, et le quart de Pendominure, soit de la terre domaniale ou seigneuriale, attachée au principal manoir. Du consentement de son frère Nicolas, et de l'agrément du couvent d'Hauterive, Pierre offrit son fief k cette maison religieuse, sous condition que, sa vie durant, il serait nourri et vêtu par elle, et qu'il participerait aux autres biens du couvent. Pour cet effet il se dessaisit ou se dévêtit entre les mains du seigneur comte de Gruyère, de qui relevait le fief qu'il cédait au monastère. Le comte de Gruyère, de l'aveu de sa femme et de ses enfants, autorisa et confirma cette cession : il se déguerpit, c'est-k-dire qu'il abandonna la propriété du fief concédé, afin que le donataire en fût saisi définitivement et qu'il pût en jouir en paix. Pierre

' Le V des ides de mars 1230. v. si. Mém. et Doc. , t. VI, p. 49 et 588.

' L'évêque Boniface résigna sa charge an mois de juiUet 1239, à Agnani, entre les mains da pontife qui l'avait élevé à la dignité épiscopale. Ibid., p. 49 et 50.

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ayant de plus fait garantir cette donation par son frère, afin d^empécher tonte réclamation ultérieure, Tabbé d*Hauterive accepta le don qui lui était offert et promit au donateur raceomplissement de ses désirs \

A son tour, Rodolphe, comte de Neuchàtel, seigneur d'Arconciel, et en cette qualité suzerain des frères Pierre et Nicolas de la Porte, approuva également le don fait par ceux-ci et autorisé par le comte de Gruyère, et il voulut que cette donation fût respectée par tous les hommes de sa juridiction *.

Depuis environ un demi-siècle, le même couvent, au témoignage d'une charte épiscopale de Boniface, évéque de Lausanne, tenait de la libéralité de Guillaume, seigneur de Montsalvens, une terre sise près du beau domaine des Favei^es, au dessus de Saint-Saphorin. Cette terre était disputée au couvent par une famille qui prétendait Tavoir héritée l^alement. Le couvent, de son côté, soutenait qu*il possédait depuis environ quarante ans le bien dont on lui contestait la propriété, et pour terminer l'affaire, il donna quarante sous aux réclamants ^.

Le couvent d'Hauterive éprouva de nouveau la munificence du comte Rodolphe le Jeune. L^abbé Hugues étant venu il la cour de Gruyère, le comte lui accorda Tusage de toutes ses forêts, dès le château de Pont (en Ogo) dans toute la terre d*Ogo jusqu'à la Tine , c'est-k-dire dans le territoire qui porta jusqu'au siècle dernier le nom de Val d'Ogo ^. Cette lai^esse comprenait le droit considérable

' Charte du mois de mai 1232.

' Charte de Toctave de l'Ascension (environ le 20 mai) 1232.

* Charte de 1232. Littera epitcopalet Àltœripœ, p. 29.

* Voir notre Iniroduction, p. 53.

pour les usagers de prendre daos les foréls du comte le bois de cbaufiage et le bois de coostruction oécessaire aux religieux \ La comtesse de Gruyère, ses deux fils et les deux filles qui lui restaient (Béatrice n'existait plus à cette époque) approuvèrent la donation faite par le cbef de la famille. Le vieux comte (Rodolphe TAiné) revêtit cet acte de son approbation \

Rodolphe le Jeune^ dont le règne avait été fort agité par des querelles avec l'évéqueet le chapitre de Lausanne, eut la douleur de perdre, au commencement de Tan 1258, sa femme Colombe de Belmont ', qui avait partagé les revers de son mari et contribué, par sa tendresse et sa piété, \k les rendre plus supportables. Comme s*il eût voulu effacer jusqu'au plus faible souvenir de Timpression pénible qu'avait faite sur son esprit et sur Tesprit de sa femme le ressentiment de l'évéque et du chapitre de Lausanne, Rodolphe se hâta dWfrir au dit chapitre, pour la guérison de son âme et le salut de la compagne que la mort venait de lui ravir, le don de cinq sous de cens annuel, dus par des tenanciers de Rossinière, et payables à la fête de Saint-André. Ce cens devait être doublé le lendemain dans le cas où les débiteurs ne le payeraient pas au jour fixé* ; condition dont la rigueur (si on veut Taltribuer au donateur) s'explique peut-être par le faiL que cette rente de cinq sous servait à la fondation d'un anniversaire , soit d'un service pour Colombe au retour annuel

^ Voir noire Introdwtion, p. 306 et la note 2.

* Charte du mois de février 1234 (pour 1233) , dans le Soloth. Woehenblatt pour 1830i p. 42.

* Une charte du 23 février 1238 (pour 1237) bous apprend que la comtesse Colombe venait de mourir : « nuper defuncta. »

* Voir, sur le cens double, notre Introduction, p. 330.

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