CHAPITRE TROISlfeME
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sommé d'assiâter h la réunion des chanoines, délégués pour faire reâliraaliofî du bien qu'on le Torçail d'aliéoer, ne s'é* tâil pas présenté âu lieu du rendez- vous. De son côlé^ Pierre, fils allié du comte, éiail absent lorsqu'il eue dû ajouter son mm k Tapprobation donnée, au châtean de Gruyère, par sa mère, par son frère el ses sœurs, h la eession que le comte Rodolphe venait de faire S Bientôt, toutefois, il y avait adhéré en présence de l'évéque*, mais malgré lui* La l^rise de possession du bien de sa mère par le prévôt du eha-^ pitre' était un acte que Pierre de Gruyère ne pouvait accepter avec résignation. Depuis le décès de Colombe, son fils Pierre, eierçaot les droits de seigneur sur Tallcu qu'elle avait apporté en dot à son mari, se ûi payer sept livres par les censitaires d^'Ogens, de S'-Cierge et de Thierrens, et cédant h son ardeur belliqueuse, il résolut de reconquérir le domaine et les revenus que son père s'était laissé ravir. Aussitôt le chapitre fiL entendre des plaintes amères. Il mit en interdit la terre du comte, et Tévéque fulmina une bulle d'excommunication contre Pierre de Gruyère. On le voit, les prélats excommuniaient les barons dans des querelles purement temporelles. Les anathèmes contre les seigneurs n'étaient pas rares; les comtes de Gruyère en fourniraient au besoin la preuve. Chaque tentative de leur part pour rentrer en possession de^ biens dont TEglise les avait dépouillés était aussitôt suivie d'une bulle de malédiction. Cette fois la détresse du comte et de son fils dut être extrême. Le bras vengeur du clergé les frappait eux et leurs sujets à la partie la plus vulnérable. L'excommunication, selon qu'elle était
* Mém. et Dqc, t. VI, p. ITT.
■ Voyez ci-dessus, p. 53, lin ETDOCDl t
mineure ou majeure, interdisait les sacrements k celui qui en était Tobjet, ou le retranchait entièrement de la communion de l'Eglise et des fidèles. Qu'on se représente, au XIII® siècle, le peuple pasteur de la Gruyère rassemblé au son des cloches dans les ^lises, et \\k , cette foule silencieuse entendant tous les dimanches et les autres jours de fête sortir de la bouche du prêtre ces paroles foudroyantes : Nous déclarons que Pierre de Gruyère est excommunié par le chapitre de Lausanne, et que chacun doit Téviter comme un être maudit. Nous proclamons et publions que désormais la femme et la famille, les colons et les serfs de ce coupable, que le chapitre, en vertu de son autorité divine, exclut de l'Eglise et de la participation du culte religieux, sont retranchés de la communion des fidèles, et nous enjoignons à nos sujets et autres fidèles en Christ, de ne leur accorder ni feu ni lieu , ni pain ni asile, ni quelque moyen que ce soit de pourvoir à leurs besoins, sous peine de Tinterdit contre toute paroisse qui les aurait recueillis, hébergés, tolérés M L'interdit était, au moyen âge, la sentence la plus ter-
^ Voici U formate d'excommoiiication prononcée en 1376 contre plusieurs seigneurs, dans des contestations parement temporelles. Ordre est donné aux prêtres de les maudire dès le jour fixé comme tetine fatal pour la réparationdestorts et dommages qui leur étaient imputés: «Ex tune excommunicatos a nobis et ut taies ab omnibus arctius evitandos publiée denuncietis in cancellis (chaires) ecclesiarum vestrarum , présente populo, tempore DiTinorum, singulis diebus dominicis et festivis , pulsatis campanis, accensis caudelis pariter et extinctis. Item ex tune coniuges et familias, colonos et inquilinos dictorum reorum , quos ex nunc ut ex tune propter boc aD ingresstt Ecclesie et a divinis excludimns auctoritate predicta , sic exclusos ex tune, ut predicitnr, babeatis et publicetis, inbibentes ex tune omnibus vestris subditis aliisque Christi fidelibus — ne quis ex tune supradictis excommunicatis — fumo, foco, molendino, clbo, poiu, emplione, venditione, culina, tabema, seu quovis alio merciroonii contractu a iure probibito nec concesso . aliqualiter participare présumant, » etc. Sololh. Wochenblatt pour 1830, p. 115.
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rible qui pût frapper les princes et les peuples. Quand Finterdit atteignait une contrée, tout service divin cessait, les églises ne s^ouvraieni plus, les cloches étaient muettes, on n'administrait plus les sacrements» on n'ensevelissait plus les morts avec les cérémonies religieuses; les objets jusqu'alors les plus révérés, tels que croix, images miraculeuses, autels, tout était considéré comme profané, souîllé, privé de toute vertu. Il semblait que la colère divine eût prononcé malédiction sur le pays et sur ses habitants.
Frappés d'un si redoutable anathème, trop faibles pour résister aux armes de l'Eglise et braver l'opinion publique, et d'ailleurs imbus des préjugés de leur siècle, le comte de Gruyère et sou fils baissèrent la tète et cédèrent ^ la volonté du chapitre. Rodolphe restitua les sept livres que son fils Pierre avait prélevées sur les gens d'Ogens, de Saint-Cierge et de Thierrens. Il fut convenu de part et d'autre que l'alleu cédé par le comte serait estimé par quatre bons hommes, dont deux au choix de Rodolphe et deux à la nomination du chapitre.
Les dommages commis envers le chapitre de la cathédrale par le comte Rodolphe et son fils aîné, dans les seigneuries d'Albeuve et de Riaz, s'élevaient, suivant l'estimation des chanoines, k la somme de 150 livres, non compris les 18 livres que le prévôt avait payées à Guillaume de Panthéréaz. Si la valeur de l'alleu cédé par le comte dépassait celle des dommages et des pertes dont il était l'auteur, l'excédant lui serait payé soit en terre, soit en argent, k la convenance des deux parties ^
^ Voyez dans les Mém. et Doc, t. VI, p. 191-192, la charte incomplète et sus date, mais qai se rattache immédiatement à la suivante, de Tan 1239, qu'elle ne peut guère avoir précédée que de quelques Jours,
Rodolphe ayant remis ii son fils Guillaume, chanoioe de Lausanne, le soin de terminer cette affaire, Guillaume, du consentement des autres membres de la famille, accomplit la mission qui lui était confiée. Il choisit deux arbitres parmi les chanoines; le chapitre en prit deux autres. Ces quatre ex péris s*étant rendus au village d'C^ens, y convoquèrent les anciens colons et indigènes d'C^ens et de Thierrens, et leur firent déclarer, sous la foi du serment, la valeur des dites possessions, tant en terres qu'en hommes et autres objets. Les estimateurs , après avoir entendu les colons et habitants, décidèrent que la valeur des immeubles et des gens cédés par le comte excédant celle des dommages causés par le dit seigneur au chapitre, celui-ci lui payerait un surplus de 30 livres, après quoi Talleu concédé serait à jamais la propriété du chapitre.
Le comte, ayant reçu ces trente livres, se dessaisit de ce qu'il possédait à Ogens, ii Saint-Ciei^e, ^ Thierrens, et en investit le chapitre. L'acte passé ii cette occasion, au mois d'avril de l'an 1239, en présence de douze chanoines et d'un laïque , fut scellé par le comte de Gruyère , de l'aveu de ses enfants, et, h sa demande, par le vénérable abbé d'Humilimont *.
Ainsi fut terminée cette longue querelle entre le comte de Gruyère et le chapitre de Lausanne au sujet d'Albeuvc et de Riaz. — Bien que l'issue de la lutte ne pût être douteuse, Pierre eut le mérite d'avoir bravement défendu la dot de sa mère. 1^ débat finit comme tant d'autres querelles de même nature au moyen âge; les foudres de l'Eglise
'Voir, dans notre Recueil, la charte du mois d'avril 1239. Ce précieux document Aiit défaut dans le cartulaire du chapitre de N.-D. de Lausanne.
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désarmèreDi le bras séculier. Cette déplorable querelle coûta ^ la maison de Gruyère deux de ses plus riches domaioes patrimoniaux, et de plus Théritage maternel de Pierre. A ^oir rimportance de Tobjet en litige, il valait, certes, la peine de le disputer. Tout compte fiiit , la dot de la comtesse Colombe fui estimée environ 200 livres'. Si on ajoute ^ cette perte celle d'Albeuve, de Riaz et de Bulle, et k cela les nombreuses et riches donations faites jusqu'ici par la famille de Gruyère à des établissements religieux, on pensera sans doute avec nous qu'il faut chercher bien loin dans le passé Porigine et les causes premières de la décadence du petit empire gruérien.
' 150 L. de dommages, 18 L. payées k GuiUaame de PaDthéréaz » et 30 L. de sarplQS payées au comte de Grayère : en tout 198 L.
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