‹ Histoire du comté de GruyèreChapitre 45 sur 170 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

de cire, le jour de S^-Pierre-aui-liens (1^ août), et y recevrait à Ta venir le saiot-cbréme \ Quant au droit de personnage , ou de nommer au bénéfice vacant , il fut décidé qu'il appartiendrait, comme celui de féglise mère, aux prévôt et chapitre de Téglise de Notre-Dame de Lausanne.

Il ne suffisait pas de fonder une maison du Seigneur, il allait encore la doter. Le bienfaiteur de la belle église paroissiale de Gruyère, dont S\-Théodnle est le patron, fut le comte Rodolphe III , qui, du consentement de ses deux fils, Guillaume, chantre de Lausanne, et Pierre, chevalier, en augmenta les revenus, en lui donnant soixante-neuf poses de terre et un pré de la contenance de quatre faucheurs*. Le prévôt et le chapitre de Lausanne, en vertu de leur droit de^ patronage, devaient retirer une part des revenus afieclés h la nouvelle église. — L'acte de fondation, modèle de paléographie, muni des sceaux de Tévéque, du comte, de son fils Pierre et du chapitre (scellant à la demande de Guillaume, second fils du comte) est du mois de mai 1254'.

A peu près dans le même temps, le chapitre de Téglise de Notre-Dame de Lausanne, toujours prompt à augmenter le nombre de ses droits et de ses propriétés, eut avec le comte de Gruyère iw difiérend au sujet d'un pâturage du Moléson. Le chapitre prétendait que ce bien-fonds lui appartenait en propre, tandis que le comte affirmait que Borcard d'Eney et Pierre de Villars-sous-Mont, ses hommes liges, tenaient du chapitre le dit pâturage sous condition d'un cens annuel de quatre moutons rachetables chacun au prix de huit deniers,

^ L'huile sacrée pour des sacrements.

' < Sectores. »

' Voir au Cartulaire de Gruyère.

monnaie de Lausanne. Enfin , des arbitres accordèrent les parties comme il suit , savoir que le chapitre donnerait aux deux hommes susdits et à leurs liéritiers, à titre de bail perpétuel , le pâturage du Moléson , pour le cens annuel de cinq moutons, ou de dix sous, monnaie de Lausanne, payables à Albeuve, k la fête de S^^-Marie-Madelaine. Ce cens devait être doublé le lendemain s'il n'était pas acquitté au jour fixé par le contrat. Il fut décidé que le pâturage dont il s'agit ne pourrait être divisé qu'entre deux héritiers, dont chacun aurait k supporter la moitié du cens dû. Le coipte Rodolphe et son fils Pierre, chevalier, s'imposèrent l'obligation de faire jouir paisiblement le Chapitre de la possession du Moléson ^

La convention de Turin, du 18 février 1257, rendit enfin la liberté à Thomas, prince-régent de Savoie. Son frère Pierre n'avait pas attendu la soumission de Turin pour revenir dans la Bourgogne transjurane veiller k ses intérêts. A son retour au pays de Vaud, le comte de Gruyère et son fils Pierre lui engagèrent, pour la somme de cinquante livres lausannoises, qu'il leur avait prêtée, le quart de la grosse dime du lieu et de la paroisse de Villars près de Lessoc', c'est-k-dire de la dlme qui se prélevait principalement sur le produit le plus clair de la paroisse, comme le blé, le seigle, l'orge, etc.*

' Deux chartes, Tune du 96 juin, Taulre du mois de juiUet 1354.

* Ch. du 38 févr. 1S57 (feria quarU posl velus caraispriTium 1356.) Le texte, extrait ou copie infidèle (?) de la pièce originale, qui est perdue ou égarée, dit: cloci et parochiae de Viiia iuxta villam de Jussieu. » M. Cibrario (t. Il , p. 73) a lu : « parochie de Tilla Lussiei. » Je soupçonne qu'il s'agit de Viiiars-sous-Mont, ou de Grand villars (appelé autrefois simplement Vilar), non loin de Lessoc.

■ Voir V Introduction, p. 333.

L*bâbile et fortuné Pierre de Savoie Ht bicntôl une ac- 4|ut5itioQ plus importante, celle de Tavouerie de Vevey, Cell*^ ville, située sous un ciel serein, encadrée dans ud majesleux amphithéâtre, oiïrait au XIII^ siècle un triste eiemple de la multipticité et de la confusioo des pouvoirs. Verey était partagée entre divers seigneurs, ceux de Blonay, d'Oron\ de Gruyère et de Faucigny. L*a\oué^ en était la principale autorité. La juridiction de ce magistrat s'étendait de la Veveyse jusqu'il la Baye {de Noville?), et du Léman jusqu'au château de Fruence. Deux autres justices, celles de vidame ou de vicomle% et de n[iajeur ou déjuge maire\ dé* pendaient de ravoueric. Ces deux offices inférieurs étaient possédés [»ar le seigneur d'Orou, mais le sire de Vuippens prétendait y avoir des droits. La perception des amendes, des tailles, des cens, Tadministration de la justice, h garde de Tordre public, tous ces droits étaient ei^crcés par divers officiers. Cet état de choses fut maintenu sous l'administration de Pierre de Savoie, bien que ce prince puisse être considéré k certains égards comme l'auteur de la prospérité que Vevey acquit dans la suite ^.

Dès longtemps le comte de Gruyère, vassal du comte de

* Aodolpbe. seigneur d'Oron, clieTâliert de t'a?eu d'Âimon de Fâucign^, de Bodolpbe de Gruyère* d'AIuioQ de Blonay, de GuiUaume d'Oron ei de ses autres lils. ainsi que de ses va^aux {miliiml^ei des bourgeois, Bl construire, dans ta première moilîé du IIU° siècle, U nouvelle vilk libre de VeTey, eulre le marcbé et ta ? ieille ville fviltam novam tihcram inter forum de Vit^iaco et viliam ncierem de Viviaco) ^ et lui donna uu règlement, soit une conslituUon , ou ce qu*oD a coq lu me d'uppeter une tharte de franchises. Eitrail de la dite cbarie, communiquée ptr M. F. de Glngîns.

* f advocaiU£. avoertua. * ■ « vicecoraitatufl. »

* « maioria, ■

* Voycï Cibrario, SioriadeUa Mon, di Sai^om, L l\, p. 102.

Genevois, lenait de celui-ci i'avouerie de Vevey. Dans la situation gênante où l'avaient placé, d'une part, ses libé* ralités envers les couvents, de l'autre les sacrifices que lui avaient imposés ses querelles avec Tévéque et le chapitre de Lausanne, Rodolphe le Jeune avait engagé, en 1231, IV vouerie de Vevey à son beau-firère Aimon de Blonay, pour la somme de 173 livres, et, ne pouvant aussitôt Ten mettre en possession , il lui avait donné pour assurance tous les biens qu'il possédait dans la vallée de Lutry, et cédé, en outre, 8 livres de cens annuel à percevoir sur les hommes et sur les terres qui lui appartenaient dans le territoire qui s'étend d'Estavanens à Lessoc^ Il parait que dans la suite le comte de Gruyère avait acquitté sa dette et repris Tavouerie de Vevey. Il est du moins certain que plus tard cette charge passa des mains de Rodolphe le Jeune dans celles de Guillaume II , comte de Genevois, pour la somme de 50 livres ; que le comte Guillaume l'engagea, pour la même somme, à Rodolphe seigneur de Rue; que celui-ci la céda, au même prix, à Aimon de Blonay, qui la racheta, et qu'au mois de mars de l'an 1245, Rodolphe de Gruyère passa, en faveur de son beau-frère, un acte de garantie pour la dite avouerie*. Le sire de Blonay et le comte de Gruyère vendirent tous les deux I'avouerie de Vevey k Pierre de Savoie. Le comte de Gruyère, du consentement de sa femme Guillemette et de son fils aine, la lui .céda par acte du i^^ mai 1257. Pierre, toujours pourvu d*argent, grâce aux ressources qu'il avait en Angleterre, en paya 420 livres laus., qui furent li-

^ Charte de Tan 1231, dans un Yidimos du mois de juin 1259.

* Charte du mois de mars 1S45, dans le Vidimus du mois de juin 1259.

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