CHAPITRE CINQUIÈME. i3l
espérer. Et non-seulement la pais ne fut pas aussitôt rétablie sur les bords de la Sarine , mais encore la guerre se ralluma plus violente sur les rives de la Simmen , le baron de Weissenbourg ayant rompu, en 1505, la paix publique que venaient de jurer, pour un an , le comte de Habsbourg, celui de Kibourg et d'autres seigneurs fatigués des guerres privées, ainsi que Strasbourg, Bâle, Berne, Soleure et Fribourg, villes manufacturières et commerçantes, qui se liguaient pour maintenir la sûreté des grands cbemins infestés par des aventuriers et des brigands. Le sire de Weissenbourg, dont les revers n'avaient pas abattu le courage , voulait reconquérir, les armes ^ la main , les terres que le comte Hartmann HI de Kibourg ^ et les Bernois lui avaient enlevées, et venger les outrages qu'il avait reçus de ses ennemis. Aussitôt quelques villes de la ligue, notamment Berne elFribourg, envoyèrent des troupes contre lui. Ces troupes vinrent assiéger le château et le bourg de Wimmis, dont les fortifications, démolies quelques années auparavant par les Bernois, avaient été réparées pendant la trêve. Le baron de Weissenbourg opposait h ses adversaires les hommes d'armes de sa juridiction et ceux que lui avaient amenés le sire.de la Tour-Châlillon et le seigneur de Gruyère. Celui-ci , gendre et allié du seigneur de Weissenbourg et brouillé avec les Fribourgeois, était d'ailleurs intéressé ^ la défense du Simmenthal , parce que sa famille y possédait une partie de la vallée inférieure. Il est du moins authentiquement prouvé par la charte d'hommage de l'an
' Hartmann III, (I de la maison de Habsbourg), comte de Kibourg. aUié des Bernois en 1298, mourut entre le l*' décembre 1300 et le 4 avril 1301 . Der Sehweizer. Geschichtfortcher, t. X, p. 138, note; t. XI , p. 361, n. 4. Kopp, Kaiser Heinrich der siebenie und teine Zeit, p. 96, note 6.
i289\ que la maison de Grayère avail des biens et des droits ^ Erlenbach, dans le Bas-Simmeothal.
Soit hasard, soit plutôt artifice, une lettre confidentielle, destinée par le baron de Weissenbourg à l'avoyer de Fribourg, tomba dans les mains de Tavoyer defierne. On soupçonna une trahison. La défiance se glissa dans les deux camps. Les Fribourgeois, voulant peut-être ménager leurs anciens alliés, les seigneurs de Weissenbourg et de Gruyère, rebroussèrent chemin. Les Bernois , en se retirant à leur tour, laissèrent des traces de leur vengeance*. On dit même que Wimmis fut réduit en cendres. Quant au château, nos anciens annalistes s'accordent à dire qu'il résista aux coups des assaillants , qui, s*étant désunis, rentrèrent dans leurs foyers sans avoir pu se rendre maîtres de ce fort.
Faute de renseignements sufQsants et de données précises, nous n'avons pu montrer que d'une manière imparfaite la part que la maison de Gruyère prit aux guerres qui désolèrent les pays de Berne, de Fribourg et d'autres contrées voisines, vers la fin du treizième siècle. Dans cette lutte mémorable , où étaient engagés les seigneurs féodaux et les villes, la maison de Savoie , les partisans d'Adolphe de Nassau et ceux de la maison de Habsbourg-Autriche ; dans cette mêlée où se heurtaient tant d'intérêts, tant de passions, le comte de Gruyère ou son petit-fils s'employa sur-
' Voyez p. 115.
* Voir Jastinger , p. 53 et suiv. ; Tschadi , Chron. I , p. 229 et sui? . ; J. de Muller, Histoire de la Conféd. suisse, t. I, p. 626 (édit. allem. de 1835); E. de Rodt, dans le Sckvoeizer. Gesehichiforseher, t XI II, p. 112 et suîTante. Le récit de ce dernier est plus favorable an sire de Weisseat bourg qae la narration de Jastinger, bistorien officiel de la ville de Berne. et, comme tel, enclin à une certaine partialité.