‹ Histoire du comté de GruyèreChapitre 66 sur 170 · CHAPITRE SIXIÈME. 14S · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. 14S

oe demandant que le bonheur d*avoir part aux prières et aux bénédictions de ces hemmes de Dieu ^

Lorsque Girard de Çbarmey se dessaisit de ses biens pour en doter la maison religieuse que son père avait fondée, il n^avait pas d^enfants. Mais depuis Alice aocoueba d*une fille, qui reçut le nom de Jeannette \ Devenue mère, et bientôt veuve*, Alice s'inquiéta de Tavenir de son enfant. Au bout de quelque temps elle eut la consolation de voir les pieux solitaires qui devaient leur établissement aux libéralités de la noble famille de Charmey, s'intéresser au sort de la jeune orpheline. Mus par un sentiment de gratitude et de charité chrétienne, les religieux de St.-Bruno dressèrent, en faveur de Tenfaint d'Alice, un acte de rétrocession dont voici la substance : ,

c Le prieur et la communauté de la Val-Sainte, k tous présents et futurs. Girard, Gis de feu Girard, seigneur de Charmey, et Alice, sa femme, ayant offert, pour le salut de leur âme, aux religieux du dit couvent, pour eux et leurs héritiers, par donation pure et irrévocable, faite entre vifs, leurs terres, possessions, maisons et tenures, tous leurs immeubles provenant de succession paternelle pu maternelle, dans le village^ le territoire et la paroisse de Charmey, comme il est dit plus amplement dans une lettre mupie du sceau de la cour épiscopale de Lausanne*^ , le prieur et les moines susdits , considérant qu'k. Tépoqtie dç la .dite donation Girard et Alice n'avaient pas d'héritier direct, instruits

' Ch. tia mardi avant la fête de St-Thomas (17 décembre) ISSl, a?ec le sceau de l'oflicial de Lausanne. Ibid.

* «Jofaanneta. »

' En 1336, Alice n'avait plas son mari.

* C'est la charte du 17 décembre 1331, qu'on vient de citer, ■en. IT DOCUM. x. 10

146 HISTOIBE DE LA GBUltftB.

d^ailleors de rioteolkm des deox épooi*, et Toolaol dire Ji Jeaooeile, leor fille, ooe grâce spéciale, ils loi aeeordeol, pour elle et ses héritiers Intimes, la possessioo de tous les bieos désignés dans la lettre de donation faite par ses parents, sons la condition eipresse qae, dans le cas où Jeannette et son héritier 00 ses héritiers moorraient sans postérité légitime, les biens dont il s'agit reviendraient par le seul fait et de plein droit an prienr et an coovent de la Val- Sainte. De plos, si la dite Jeannette se tronvait dans Femharras, de manière k ne pouvoir vivre sans aliéner qoelqo'on des biens cédés ao dit coovent par son père et sa mère, dans ce cas seolement, et après avoir Cait connaître ao coovent sa position, elle poorrait être autorisée à aliéner on k distraire de la donation faite par ses parents jasqo*k concorrence d*an tiers, et non davantage.

c Alice, en son propre nom, et comme totrice de sa fille, a approové le conteno de Pacte de rétrocession fait par les religieox de la Val -Sainte dans le sein de leor monastèn*, acte qoi a été moni du sceau de roflicial de Lausanne '. >

' Cela Teot dire, appiremmeDt, que Girard et Alice avaient donné leurs biens à la Val-Sainte parce qu'ils éuient privés d'enfants, et qu'ils n'eussent pas fait cette donation, s'ils avaient eu an fils ou une fille.

* Charte sur parchemin (comme les précédentes et les suivantes) . du vendredi après la fôie de Si-Martin d'hiver (15 novembre) 1336. Ibid. On en trouve aussi la copie dans le Manuscrit Bourquenoud.

Le trait que nous venons de rapporter, ce trait si beau dans sa réalité, si honorable pour les chartreux de la Val - Sainte , est étrangement altéré dans un document du 10 novembre 1296 (notons la date !), dont on trouve le texte dans l'Histoire de Bresse et du Bugey , Preuves , n<» 3 , et la traduction dans les Mém. et Doc., 1. 1, U* part., p. 969, et dans d'autres ouvrages. Ce document, auquel nous avons donné dans notre Introduction, p. 341 , une attention qu'il ne méritait pas , semble une pièce brodée sur un canevas fourni par une tradition vague et inceruine. Cette prétendue charte est conçue dans une forme inusitée en diplomatique ; elle invoque l'existence de la loi salique , dans une contrée où cette loi ne fut point

Cf14IHTRE: SIXIÈSIPm

Jeanoeilê éUii orpheline, ayaol perdu son père âppa* retument dans Tannée même où les charlreui de la Val- Sainle lui rendirenl les biens qu'ils avaient reçus de ses

B pareuls. Parvenue à Tâge de puberté^ c'est-à-dire à Fâgede quatorze ausaccotnplist qui lui donnait la capacité d'action \ Jeaunette uon-seuleinent courir ma les donations Taites par son père et sa mère k la chartreuse de la Val-Sainle, mais eDCore elle céda, pour le cas où elle mourrait sans héritiers

B légitimes, tousses biens au dit monastère, avec les droits qui eu dépendaient*-

Alice^ avant do mourir, approuva la donation faite par sa lilleau couvent de la VaUSainte^ Jeannette, mariée h François dit Magnyns, bourgeois d'Au bonne, mourut sans laisser d'enfants. Elle avait reconnu, avec son mari, par acte du

H 25 août 1560, que tous les biens rétrocédés par les chartreux devaient leur être restitués*.

en vigueur (voir noire ÎMTod. , p. 346 et suif .f , eUe Ate ani moines d« )i Val-SaiuterioîliaUve d'aaeaciioo de bonne mémoiret qui fut (te leur part une œuvre spontanée ; elle amoindrit cei acto de reconnaisiance et de ctiartté chrétienne, en disant que les religieux ne donnèrent k r«nraal de leurs bienfalleurs qu'un liera des biens que ceux-ci avaient cédés au couvent, taudis quMU lui rétrocèdèrcni toute la douaiion, et rautonsèrenl. de plus, k en aliéner le tiers , au besoin. Eaiàu , l auteur commet un suacbronisme de quarante ansl Cette pièce* sous le double rapport de la

■ Ibrme et du fond, esl rausse d'un bout à l" autre * Voir notre introduction, p. 360 et sur v. I • Ch. du Î4 septembre 1 3t8 . Ibîd. Jeannette . devant avoir à cette époque

rage de quatorze ans accompli^ip était née, par coni^équeni, en 1334 au plus tard En 1336 sou père ne vivait plu^» puisque, dans Tacte de cette année, elle est sous la Inielle de ^a mère

■ ' Cb dulOmarîf 1356. îhid.

* Jbiâ, — Lea documents que nous avnn^ cités , et même la pièce apocryphe de ViSB. ainsi que des actes du dix-septième siècle, sont mentbn- Paéâ dans un mé^noire imprimé, de II pa^^ lu -fol , sans date , qui a p^jur litre : «^ ËCLAtBCissiMENT pour la mai f lien ue de Tomnimode jurisdictton « de U véuérable maison ckiarireuse de la Val-Sninte, située au cantotï de

Ed 1569, le comte de Savoie, Amédée VI, dit Le Comte Verd, accorda aui religieux de la VaI<-SaiQte uoe charte qui conGrmait la possession des biens et des privil^es qu*ils avaient acquits Ce monastère eat encore souvent k se louer de la bénéOcence de divers seigneurs.

Douze ans après la fondation de la chartreuse de la Val- Sainte, en 1307, on vit s'élever sur un plateau de l'Ogo, au pied du Moléson, un autre couvent du même ordre. Un seigneur de Charmey avait fondé et doté le monastère de la Val-Sainte, une dame de la maisoa de Gruyère partagea avec son fils la gloire d*a voir donné naissance à la chartreuse de la Part-Dieu.

Guillemette, comtesse douairière de Gruyère, et le comte Piètre IH, voulant consacrera Dreù une partie de leurâ biens, choisirent dans leur baronnie de Gruyère\ k une lieue audessus de Bulle, ^ la hauteur de 957 mètres, un site sauvage et pittoresque, pour y fonder une maison religieuse de Tordre de St. -Bruno, à laquelle ils donnèrent le nom de la Pan-Dieu ^ Les fondateurs voulurent qu'il y eût dans cette maison- autant de moines qu'on. en pourrait commodément

« Fribourg, fondée en tilres, et exercée par ses officiers de tout temps iia- « mémorial. »

Signé: Fr. Glande Normando, Prieur de la vénérable Maison ' de la Val-Sainte.

Fr. Philibert Michard, Procureur de la ditte maison. « La chartreuse de la Val-Sainte fut supprimée en 1778 , ensuite d'une bulle du pape, et ses revenus annexés partie au collège de Fribourg, partie à TEvêché <et à la Part-Dieu , qui eut les vignes situées à Vevey. » Course dans la Gruyère , p, 100.

* « Datum Burgeti, dieX novemb. anno millesimo CCCo.LX. nono, > Ih.

* « In barona nostra Gruerie. »

» Pars-Dei.

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