‹ Histoire du comté de GruyèreChapitre 74 sur 170 · CHAPITRE SEPTICITE · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTICITE

qu'ils décQchaicDl avec autant d'adreî^e que de force. Il hWni donc ecnpioyer contre eux tes mêmes armes; mais riioimeur chevaleresque ne permettant pas aux preux de déroger jusqu'il employer des armes qui eussent Tait douter de leur bravoure personnelle, on soudoya des hommes habiles k les manier, au lieu de s'en servir soi-même,

Pierre lit, comte de Gruyère, suivit le duc Léopold au delh desraonls* pour siervîr le roi des Romains*. Henri VII trouva riialie déchirée par les factions des Guelfes et des Gibelins. Il fit, le 25 décembre I3J0, sou entrée h Milan, Celte ville était divisée par les Torreani (gibelins) et les Visconli (guelfes). Le lendemain de Noël, le roi rétablit la paix entre ces deux partis. Le 6 janvier 131 1, Henri VU et la reine Marguerite reçurent, dans réglise de St,-Ambroise h Milan, des mains de Tarchevêque et de Tévêque de Verceil, non )>as rantique couronne du roi lombard Agilulphe, t]ue t*an n'âvail pu retrouver, mais la couronne de fer, ornée de pierreries, que Torfèvre Laiido de Sienne venait de fabriq^uer par ordre du roi'. Nous pensons que le' comte de Gruyère fut présent, avec beaucou|ï d^autres seigneurs, h celte Imposante cérémonie.

Cependant, tes ordonnances que le nouveau roi de Lom* bardie rendit h Milan, les contributions qu'il imposa aux habitants, étalenl peu propres à calmer les esprits irrités. Cette ville entra en fermentation. Le mécontentement ne larda pas à éclater entre les partis qui divisaient la p(»pula* tion milanaise. Déjli le sang coulait. Les cavaliers de Tordre

^ « uUra montern Lomioardre. »

* Remptl diph*nMu ranlon df Ft^ourq^ vol tt. p. lâ«.

UISTOIEE 0E LA GnUTÈHE.

Teutonique serraient leâ rangs, opposaient une vigoureuse résistance au torrent qui grossissait incessamment^ et fai* saient bonne contenance devant le palais de leur souverain. Le duc Léopold était hors des portes, empêché de pénétrer dans Milan. Tout à coup les cavaliers teutons franchissent les barricades, sons une grêle de pierres et de traits lancés des fenêtres, et parviennent h ouvrir une des portes de la ville. Léopold s'v précipite à la télé de ses escadrons, et donne la victoire aux Allemands.

Les vainqueurs ne flrenl point de quartier. Après avoir blessé on tué beaucoup de monde, ils se livrèrent au pillage*. Dire ce que fa le comte de Gruyère dans cette san* glante émeute du il ou 12 février 1311, nous ne le pouvons. Il est assez probable qu'il contribua au succès de la journée.

Le feu de la révolte, attisé par le souflle de Timplacable haine que les Italiens ont de tout temps vouée aux AlleinaudSf se communiqua promptemenl à d^autres villes. Crémone, Brescia^ Crème» Lodi levèrent Tune après Tauire et presque simultanément Télendard de Tinsurrection^ L'armée allemande avait besoin de renforts. Le duc Léo|H)ld repassa-l-il les Alpes avec le dessein d'engager un nouveau corps de troupes? Le 6 avril, il était h Brougg en Argovie*, Quelque temps après on le voit au camp du roi devant Bresciat Cette ville, cernée par les impériaux depuis le 19 mai 1311 , ne se rendit que le 18 septembre suivant, après leur avoir opposé pendant quatre mois une résistance opi-* niâtre"- Nous ne saurions dire si le comte de Gruyère était

* Kopp, ibid., p. 148.

* Kopp. ibid., p. 153, noie 8,

* Kopp, f6i<l , p. 153 ei sufT.

CHAPITIIE SEPTJËBIE.

revenu tlaos son pays avec Léopolil. ou s'il prii pri avec ce pniiœ au siège de Brescia^ comme (il le comle Rodolphe de Nidau '. Mais, ce qae nous pouvons alïlrmer^ c'est qu'au mois d'avril de Tannée suivante le comle de Gruyère éiaii à Haulerive, où il confirma une cession faile k ce couvent par sa sœur Agnès d'Englisberg*. Le comle de Grujère n*assisia pas à la solennité du couronnement de Henri VU, qui, le 29 juin 1512, reçut i Rome la couronne imiKÎriale dans Téglise de Latrau,

Au printemps de celte année. Agnès de Gruyère, lille de Pierre dil le Jeum el de Guillemelle de Granflson, el veuve du chevalier Nicolas d'Englisberg, seigneur d' A rconciel el d'illens, son fils Jean d^Engtisberg, donzeU el ses filles Contesson , Nicole et Alice, eurent une conlestallon avec rahbaye dllauterive, parce qu'ils prétendaient exercer les droits d'avouerie, de juridiction et de seigneurie sur les hommes, les colons, les emphylhéotes, les censitaires du couvent, et sur les fonds que celui-ci possédait a Ecuvilleus, h FroiJeville et, en deçà de la Glane, Il Gfaiige-ncuve et dans d'autres localités^, tandis que l'abbé el les religieui d'Ilauterive réclamaient ces il rails pour eux. Après avoir dûment examiné le sujet de leur débat, les deux parties s*accordèrent comme il suit. De Tavis et du eonseutement de Pierre comte de Gruyère, oncle, tuteur, curateur el avoué spécial des enfants d'Agnès, sa sœur, celle dame et ses enfants cédèrent à Llric, abbé dllauterive, et k ce couvent, en toute propriété, pour la somme de 500 L. de l^usanne,

^ Xopp. ibid„ p. 1S5« noie i,

' Voir fJ-dessoni.

' « gmngias de CcNmbes, de Mnme» el de nûti gf»ngi». •

les forêts quMIs possédaient dans le territoire de Combe et d^EcuvilIcnsS avec leurs appartenances et les droits qui en dépendaient \

Agnès de Gruyère, dame dMllens et d^Arconciel, parait en 1517 comme aïeule et tutrice des enfants de Jean d*Englisberg, son fils, k qui elle survécut \ On revoit Agnès, pour la dernière fois, dans un document de Tan 1319. A sa mort elle fut ensevelie honorablement h côté de son mari, dans le chapitre du couvent d^Hauterive, où la messe commémorative des deux époux était célébrée le 10 septembre \

L'acquisition que nous venons de meutiounner fut, dans la suite, contestée aux religieux d*Hauterive par le seigneur suzerain, qui était le comte de Savoie. Cependant, à la sollicitation des amis du monastère d*Hauterive, Louis II de

' « NeiDUs nostram Riombochat volgariier Dancupatum , situm sablas Combes in lemiorio de Escavillens. — item nemort nostra siu reU^ Grangiam de Combes in terriiorio de Combes elde Escuvillens, ▼algariter Crouchaion, Chanrion, Cbanvers nancopata. *

* Ch. datée d'Haaterive, du mois d'avril 1312. Témoins: Jean de Treyvaux, Ulric deTreyvaux, cb&telain d'Ârconciel, et Conrad, coseigneur de Pont, donzels, bourgeois d'Arconciel ; Gaillaume dit d*Englisberg, donzel, Jaques Riche {Divitig), avoué de Fribourg, et Jaques dit de Yillarsvolard.

' Jean d'Englisberg vivait encore au mois d'octobre de Tan 1314. Sa femme est appelée Jeannette (Johanneta) et ses enfants GuiUaume et Marguerite, dans une charte du 18 août 1324. (Voir plus bas.)

* Extrait du Nécrologe d'Hauterive:

« 10 sept. Commemoratio domini Nicolai de Englisberg, militis, domini de Illens et Arconcie, et domine Agnetis de Grueria, eius uxoris, qui in capitulo requiescunt. »

Autre noie tirée des Archives d'Hauterive :

« In Capitulo honorifice tumulata est domina Agnes comitissa de Grueria, qu£ fuit domina de Illens et Arconciel, una cum marito suo domino Nicolao de Englisberg, équité. >

Suivant quelques généalogistes, Agnès n'aurait pas été Tunique flUe de Pierre de Gruyère, le Jeune. Elle aurait eu une sœur nommée Antoinette, mariée au chevalier de Montbel, seigneur d'Entremonts. Nous ne connaissons aucune charte qui justifie cette assertion.

ClfAPITBË SEPTtËlME.

Savoie fmit par céder aux rdigieux rRvouerip, la jiirîdirlion, et tous les droits qu'il pouvait âvoir^ en sa qualilé de sire de Vaud, sur les choses que la famille d'Englisberg leur zvm vendues, et il en eonfîrma la cession inoyetinanl la somme de 250 florins de Florence, par acte daté de Morges^ du là juillet 1546. La dite cession fut pareillement confirmée par Ampd(3e VI, comte de Savoie, par leitre datée de Chambéry, du 5 août 1564. Cela n*empécha pas que Tavouerie et la juridiction dont nous venons de parler ne devinssent, dans la suite, un sujet de débat entre la maison de Savoie et TElat de Fri bourg V

Quant h la seignenrie d'illens et d'Arconciel, elle rentra dans la maison des sires de NeuchàteU comtes d'Arberg, d'où elle était sortie* Pierre^ comte et seigneur d'Arberg, dlllens et d'Arconciel en 1550 \ qui avait épousé Lnquette de Gruyère, a rendu, par acte passé à Moudon^ le 6 septembre 1351 ', foi et hommage, en raison de la seigneurie d'illens et d^Arconciel, à Catherine de Savoie, qui venait d'hériter Ab la baronniede Vaud« et qui épousa, en troisièmes noces^ Guillaume, comte de Namur,

Le comte de Gruyère, Pierre 111, avait épousé, on lesaii, Catherine fille de feu Rodolphe, seigneur de Weissenbonrg, et il avait partagé Tantipathie de ce baron pour les Bernois» Les premiers rapports dn sire de Gruyère avec la cité de TAar datent de la fin du treizième siècle, et il est remarquable qtie ces rapports soient d'une nature hostile, bien

^ F, -T. Ciitettip BkioiTÊ mittt . msc. io-folîo , coroinuii^iié par H. J*

* Voir te Hefueil diptom, du canton de Fnbùurg, Tot. JII, i». 117. ' F -l, Casleita. ihid.

170 HISTOIRE DE LA GRUViRE.

que le comte de Savoie , suzerain du comte de Gruyère, sympathise avec la ville de Berne. Le baroo de Vaud, Louis de Savoie, au contraire, agit en faveur de la ville de Friboui^, et soutient le parti autrichien. Cesl k ce parti que se rattachent le comte de Gruyère et les sires de Weisseubourg, ou plutôt, en soutenant la cause de Fribourg, ancienne rivale de Berne, ils défendent leur propre cause; ils veillent ^ la conservation de Théritage que leur ont transmis leurs ancêtres. Les seigneurs de Gruyère prennent les armes pour garantir leur pays d*nne invasion, sans forfaire }k la fidélité quMIs doivent au comte de Savoie. D*un cdté Talliance matrimoniale contractée par la maison de Savoie avec celle d*Autriche , de Fautre les relations du comte de Savoie et des ducs d^Autriche avec le roi dés Romains, Henri Vil, rendirent plus facile la politique du comte de Gruyère et des sires de Weissenbourg.

On les a vus s^unir avec des hommes d^armes au duc Léopold et, à la suite de ce prince, accompagner Henri VII dans son expédition d^ltalie. Quelque temps après le retour de Pierre III dans ses Etats, la maison de Gruyère fit une alliance avec Louis de Savoie, baron de Vaud, dont Pierre ou Perrod de Gruyère, devenu coseigneur de Corbières par son mariage avec Marguerite de Corbières, était le vassal, en raison de la coseigneurie de ce nom\ La charte dont nous allons donner la substance, contient tout k la fois un acte d^hommage et un traité d^alliance.

c Perrod, fils de Rodolphe de Gruyère, seigneur de Hontsalvens et du Vanel, et Marguerite son épouse, fille de feu

' En 1306 (23 Juillet), Guillaume fils de Rodolphe de Corbières (neveu de Richard et de Girard 1) avait fait hommage à Louis II de Savoie.

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