CHAPITRE MUITIÈUE
surer le paiement de h somme que tes dits citoyens avaient prêtée au sire du Vanel \
Dans le mêor^e lemps, Pierre de G ru j ère, cbevatier, sei* gneur do Vanel, considérant son avantage et le prolil de ses vassauv de toute la seigneurie de Gessenay et d'Entre-tesdeux-Flendruz^ les afTrancbil eui et leur postérité du droit de ventes* ei de poids '« au prix de trois cents livres de Lausanne, leur transférant Tun et l'autre pour eux et leurs descendants. Cette cession fut pleinement approuvée et Confirmée par Catherine de la Tour-Châtillon, femme du sire du Vanel, de même que par le comte de Gruyère et Jean de Mootsalvens, chevalier, qui, à la requête de Pierre du Vanel et de sa femme, apposèrent leur sceau h cet acte*»
La somme susdite ne su (lisant pas aux besoins de Pierre do Vanel, il aurait, dit-oi> , demandé aux paysans du Gessenay un subside de deux cent cinquante livres, qui lui aurait été accordé, sous condition que ce don gratuit n'engagerait point les donateurs pour Tavenir^
Le comte de Gruyère n'était pas moins enclin que ses neveux h alléger les charges'de ses sujets et à changer leur condition. Du consentement de ses neveux, el pour la somme de deux cent cinquante livres, il affranchit ses fidèles vassaux de Monlbovon et leurs descendants de loute
* Cb. du moisda septembre 1341 , f^etywi de coaveritire au 1" Livre desBourgec^iâdeFribourg. iCominunîqué t»arM. DtgueL, archiviste d'Etal.}
* Vair notre Introduclion, p. 308,
* *de Tendis ... et dou \tejs »
* (Ih. du mois de sepietnbre 1341 , dans un Vidlmus cipédié, I la requête des gens de Gessenaj, par l'avoyer et conseil d« Berne, le 11 février 1581, rCommuniqué par M, de Slurler , cbancelier et »n;blviftte de l'Etat de Beroetl
* Kohti, Vermrh rmer fifisrhkhte dtr Lanéirhaft Saantn ♦ p 6 L'auleur '4 eonrondu Pierre seigneur du Vânel avec son onde» Pierre, comte de Gruyère Le (kithichlfoncher, t. XIU; p 133, a rttU ii même erreur
preslaliûii et de toute charge eitraordinairef ne se réservaiit que tajuridiciioQ et le service militaire. De plus, le comte leur remit ireote deniers du cens aaouel de trente-siic deniers qu'ils lui avaient payé jusqu'alors. Eolin, il leur accorda la Tacullé d^élire un lieuteDant du chÂteiain de Gruyère, qui résiderait a Moolbovou *. Ce village, compris dans la cbâtelleuie de Gruyère, situé au fond d'une gorge^ était séparé du chef-lieu par Albeuve, lerre de Tévêque, enclavée daus le comté de Gruyère. On sait que le comte Pierre III avait fait de vains eflbrls pour obtenir de Tévéque, au prix d*un équivalent, la restitution d'Albeuve. Ces circonstances semblent avoir motivé la faveur que le comte de Gruyère accorda aux habitants de Moutboi^oQ d'élire un lieutenant du châtelain^ auprès duquel ils pussent se pour^ voir eu justice.
Quelque temps après, les paysans libres, les nobles* les bourgeois et les habitants de la ville et communauté de Gruyère* sollicitèreut le comte, leur seigneur, de leur accorder, comme une faveur, rétablissement de Vohmgeld^^ On doûuait ce nom à un droit que Ton percevait nonseulement sur le vin, mais encore sur toute autre marchandise et sur les animaux. La commune de Gruyère demandait cette espèce de deniers d*oetrm pour rouroir aux besoins de la ^îlle. Le comte, accueillant avec bonté la requête des membres de la commune, leur accorda pour dix ans le privilège qui en faisait l'objet. Il leur permît de per-
' Geichkhtfortehêr, Xllt, 133, et la noie 1Î2-
* La commune de Grcyère était composée de là petite été féodile et def viUagtiS à'E^gùj eide Frlngy. Voir notre IfilrGâuction, p. 8d et 91,
' * va^ïtiekam , quod vulgvriler didlar unguel » Od l'appelâil aussi rec«îrrrif
CHAHTAË HUITiÈMB*
cevoir en personne ou par des huissiers les droits qu'il leur accordai U D'après le règlemenl ou le tarif qu'il établil k celte occasion, on payait pourl'ohmgeld :
De chaque setier de vin (comprenant 31 gobelets) qui se veodrail dans la ville de Grujère au verre ou eu détail, 2 gobelets*; de chaque aetier qu'on achetait en ville pour le vendre ailleurs, 2 deniers de Lausanne; de chaque cheval, jument muleii âne et autre bête de somme qu'on ^achetait ou qu'on vendait, 2 deniers; de chaque bœuf ou vache ou autre béte h cornes, 2 deniers pour 20 sous; i denier si le prix de vente était moindre; d'un porc vendu 5 sotis, on payait 1 denier, ou 1 obole si le porc coûtait moins de 3 sous; de chaque tête de menu bétail
E (moutons, brebis, chèvres), f obole; de chaque pièce de toile OD d'autre tissu de ce genre, i denier^ et d'une pièce mesurant moins de 7 aunes, 1 obole ^ si le prix escédail S sous; de chaque pesée ' de laine achetée ou vendue, 1 obole; de chaque pesée de laine que les marchands forains achetaient des nobles bourgeois et habitants de Gfnjère % 1 obole; le fer, le cuivre et les autres métaux payaient 2 deniers pour 20 sous, et davantage en proportion de leur poids et de leur prix; la cire, le suif, le bacon et les autres matières grasses, 2 deniers pour 20 sous; les peaux , cuirs, sauvagines (pelleteries d'animaux sauvages), 2 deniers pour 20 sous; tes draps de laine grossière^ blancs ou mélangés, â deniers {lour 20 sous; les draps en couleur, 2 dentées
' bkhirii, de raUemand bêcher ^ en iialîeD bichiere*
* « (iro quàlibelpe^a. *
* «EmptofEs Lane eitranei emenies a Dobilibus, burgensitjtis , habi^ tAQlibiiâ in rifuiîria . » Il ne s^agil (las , ctiiiirne oo l'u r^^*^ . de «eaUls banimes de Gruyère itcb étant dt!s taines élrangèns.
pour 30 SOUS ; la coupe de froment ou de légumes, 1 obole; le muid d*orge ou d*avoine, 3 deniers ; chaque benoe ou panier de sel, 1 obole; chaque fromage, 1 denier pour 3 sous; lesiret^ (la céracée), la tête de beurre, 1 obole; les futailles * ou tonneaux, 2 deniers pour SO sous.
Au boutade dix années, terme de la concession que le comte faisait îi la commune de Gruyère» celle-ci pourrait, sans permission ni ordre du comte, continuer îi percevoir Yohmgdd, ou l'abandonner îi volonté. La dite commune pourrait faire mettre les fraudeurs k Tamende par le châtelain du comte, ou par son huissier, en payant six deniers, pas davantage.
Il était bien entendu que le produit des droits que le comte accordait k la commune de Gruyère serait affecté aux besoins de la ville.
Outre cette disposition relative k la perception de droits sur les denrées, etc. , le comte et la commune firent un règlement de police dont voici les divers articles :
Quiconque abattrait du bois dans la forêt de Devens', serait passible d'une amende de trois sous au profit du comte. Si le missilier ou forestier surprenait quelqu'un coupant du bois avec une hache, avec une serpe, ou avec un couteau, le délinquant paierait de la hache 6 deniers, de la serpe 4 deniers, du couteau 2 deniers. Le missilier serait établi par le comte et la commune agissant de concert. Le comte accorderait k six paysans la permission de parcourir ses pâturages. Il fut aussi convenu entre le comte et la commune
' Voir notre Introduction, p. 334, note 4.
* < de fastalis. >
* Devent, defendt, de defenta, désignait un terrain dérensable.
CHAFITRE HUITIÈME, SSS
que foirte personne qui ëladerail, frauderait ou volerait rohmgeld seraii passible d'une amende de 10 sous, payable au receveur de ce droit. Touiefois les nobles, bourgeois et habitants de Gruyère pourraient faire remise de ramende au délinquant. Les résidents de la châtellenie de Gruyère ne seraient tenus de payer que le droit sur la vente du vin. Les paysans, les nobles^ les bourgeois et les habitants (formaDt la commune) de Gruyère auraient toute liberJé de feire percevoir rohmgeld comme ils renteudraient, et de régler, selon leur sagesse, tout ce qui concernait cet objet-
Le comte de Gruyère, ayant approuvé et cou Rrmé tout ce qui est dit ci-dessus, apposa son seel à cet acte, qui porte la date du 21 février 1541 ',
Le document qu'on vient de lire donne une idée de et qu'étaient, au quatorzième siècle, Tindustrie et le commerce dans le petit empire gruérien. L'activité de ses habitants
uvait un aliment dans la culture des terres et du bétail, dans la confeciion de toiles, d'étofTes de laine, d'instruments aratoires et de divers autres objets d'un usage journalier. Malgré rélahlîsiiement de foires ou de marchés dans la ville de Bulle, centre du commerce des environs. Tindustriedes populations de la Gruyère prit un certain développement. Leurs principaux articles d'exportation consistaient en gros et menu bélail, surtout en bétes h cornes, en fromages, et autres produits des fruiteries\ h&^armaillu^, ou
r * t Daium mense feliruarii die mercuru an le ft^stum beitï Pelri in Kaibedra, anoo Di. mUlei^imo iriceotedimoquaijragesimo primo * CeU« chiite eâl alifibuée par erreur ati comte Pierre IV par son Ûh HodolpUe tVj éim un documeni des 4 auûi «14 décembre 1388. Voir au chapiire II'.
' Voir milpe Introdueiion, p, 335.
* Ce mut vieai du laiio armentarius.
^uar
illSTOlRE m U GiiUYÈBE.
pâtres des alpes gruériennes, présentent UQ fait J'écoDOinie très remarquable. Dans divers quartiers ou commuDautés, des propriétaires de troupeaux, formant nue association, [iiettaient leur laitage en commun pour fabriquer des fromages, et partageaient les produits dans la proportion de feur mise* La concorde, la probité, rémulation encourageaient cette industrie et amenaient la prospérité dans les familles. Le peupTe, simple, laborleui, sobre» habitué à ses vallous, k ses montagnes, avait peu de besoins, partant peu de désirs h contenter. L'opulence et le luie des villes ne pénétraient ni dans te cbalet du pâtre, ni dans la rustique demeure du villageois. Le paysan, le berger de la haute et de la basse Gruyère, aussi économes qu^industrieux , réservaient leurs deniers pour Tachât d'une pièce de bétail, d*un morceau de terrain^ et pour s'affranchir de plus en plus des droits onéreux de la féodalité. Ces moniagnards actifs et intelligents iaisaient incessamment quelque progrès dans la propriété, el par elle dans la liberté civile. La première moitié du XtV* siècle nous offre des exemples mémorables de ce double progrès. Au château même des comtes, on remarquait moins rappareil des grandeurs qu*une élégante simpfîcilé, qui rappelait des mœurs patriarcales. Les gentilshommes, les chevaliers, les dames, dont se composait la cour de Gruyère, cherchant au dehors ce qu'ils ne trouvaient pas chez eux^ coutribuaieut assez peu, par leurs dépenses, au développement de Tindustrie gruérieone.
Lesderoiers jours de ran 134 1 , Pierre IIL bien que chargé d'années, se transporta au chef- lieu du diocèse pour réitérer à Tévéque, Jean de Roussltlon, Thommage dont il était tenu envers lui. Le samedi après la Tête de la Nativité du
CHJLPITRE HUITlàKE.
Sauveur, le comte de Gruyère, tenant ses mains dans celles de l'évêtiue, el recevaol du prélal le haiser de paix, selon qu'il élait d'usage en pareil ras, reconnul tenir de lui en fief lige la Tour de Trème et ses appartenance, ainsi que le bois de Bolère, le village de Pringy ei le territoire de Contremeis, avec leurs dépendances, et il promit, sous la foi du serment prêté sur les saints Evangiles, de servir loyalement le fief de Févêque, en faisant loul ce que bon vassal et bomme lige est tenu de faire k Tégard de son seigneur. Cette imposante cérémonie eut lieu dans la salle de l'évéché' , en présence des nobles hommes Âimon, C0seigneur de Cossonay, Rodolphe d'Oron, seigneur d'Âttaleos, Guillaume de Compeys« séschaP de Lausanne, et Pierre de Fessoire, bailli de Lausanne ^ La charte dressée à cette occasion fut scellée par ToRicial de la cour de Lausanne, à la demande du comte de Gruyère \
Il y avait contestation entre les prud'hommes de Corbières et cêUK de Vnippens sur Tuaage du vallon de Prévondavauï\ situé h gauche de la Sarine^ qu'un pont traversait en cet endroit, sous le château d'Everdes, vis-à*?i3 du territoire de Corbières. De Ik un débat sérieux entre les seigneurs de Corbières (Girard de Grammoni, chevalier, el Boniface de Châtillon \ dans le val d'Aoste) et ceux de Vuippens (Guillaume, Aimonet et Agnès ^ veuve de Giraril coseigiicur de Vuippens, tutrice de Jeannette, sa fille).
^ ^ « in stupa (de l'aLlem. Stub^l domus êpisc^ijaliâ. > * sénéctial.
' « balUfc» Laïusaan. »
^ Ch. du saEoedi après mé\ (^â décemtire] 1341 . danâ ua Vidimus du
' Ce mot vie m de profunda eûtUt.
' «de Câstris^ t deCasiinonelii YsUe Augusiu, » dan&d*âuifefi cliartes.
Pierre, comte de Gruyère, fut choisi pour amiable compositeur et arbitre. Ceux de Corbières lui adjoignireol Jean de Blonay, chevalier, et Pierre AIbi (Blanc) de Corbières, alors châtelain du Vanel, et ceux de Vuippens, Rolet d*Avenches et Gérold , mestral de Vuippeos. De son cdté , le comte s*adjoignit encore Rodolphe de Corbières, chevalier, Conon, frère de Rodolphe, et Pierre d*Hattenberg \ curé de Corbières. Il fut décidé qu'une partie du terrain en litige, dès le pont, resterait indivis entre les deux communes, et que l'autre partie serait propriété exclusive de ceux de Corbières *.
Deux ans plus tard, il s'éleva une nouvelle diflBculté entre les seigneurs et bourgeois de Corbières et ceux de Vuippens au sujet de la tpereriav de Prévondavaux. Ils choisirent pour arbitres Pierre et Jean, comtes de Gruyère, chevaliers, Rodolphe, chevalier, et son frère Conon de Corbières, seigneurs de Bellegarde. Ceux-ci s'associèrent Antoine de Vulliens, chevalier, bailli de Vaud; ceux de Corbières leur donnèrent pour collègues Richard de Prez, chevalier, et Rolet de ICorbières, châtelain de Charmey, et ceux de Vuippens, Jean de Warquisiles , chevalier, et Gérold , mestral de Vuippeos. Ces arbitres conârmèrent la sentence du 20 février 1542. Ayant partagé l'objet en litige par des bornes, ils en adjugèrent une partie à ceux de Vuippens, et Tautce k ceux de Corbières, leur ordonnant de se pardonner réciproquement leurs injures '.
* « de Ântioberch. >
* < Dat. XX^ die mensis febraarii anno Di. MoCCCo qaadragesimo secundo. »
* Ch. da 30 avril 1344. Vidimus da 14 août 1353. (Commun, par M. l'abbé J. Gremaud.) — Voir le Mémorial de Fribourg, «• année, p. 129 et suiv.