CHAPITRE NEUViiME
Nous voyons par la charte du 25 février 1527 \ qii*à cette époque Pierre du Vanel n'était plus simple doozel. Il élail alors, selon Teipression du documetil qu'oo vient de citer, fwvus miles. Pierre venait d'être admis au rang des preus : il avait célébré sa €ket)al€n€ nouvelle. Il est assez probable que ce gentil homme devait sa promotion h son m^ rite ou à quelque action d*éclat. Peu de temps après, le comte de Savoie lui cou lia roffîce im porta» t de bailli de Vatid *,
L'histoire de Pierre du Vanel et de Jean de Monlsalvens étant intimement liée à Thistoire de leur oncle jusqu^k la mort de ce dernier, dous avons exposé dans les chapitres précédêDls les détails de leur vie , tels que les chartes nous les ont fait connaître. Nous les avoDs suivis dans leurs guerres avec Berne, au champ de bataille de Laupen, dans leurs rapports soit avec ta maison de Savoie, sait avec Fribourg, on avec leurs vassauiE, dont ils améliorèrent la condition. Des deui frères, Tainé est celui qui possédait le plus de qualités brillaûtes, qui s'est fait le plus remarquer sur
^ Voîf p. 159.
* Pierre du VadcL Ggare comme balUi de Vaud , baltitm Waudi^ dans les années 132B (16 févrieHi 1339 ei 1330 {décembre). Oo connaîi le Vitlîmas (rail le jenrli avunt la Si -Grégoire 1331 par Hicbard d'Ëâiava^é, doyen d'Ogo) d'un jugement porté au mois de décembre 1330 par Pierre de Grttjère, bailli de Vatid, dans une contesta tion enlre la commune d'Haute- Tîlle de Corbîères el le curé de cet endroit, sar une rente annuelle de 3 deniers de Lausanne , qu& la dite commune devait à son curé. Or la seigneurie de CorUlcres étant Oef immédiat du comte de Savoie, il est probable qne Pierre du Vanel était bailli de Vaud de la part du comte de Savoie On distinguait Idu moins dans un lemp^}, iroîs baillis dans le paj^s de Vaud : Tun était ofllcier du comte de Savoie , h deuxième, ofiicîer du sire ou de la dame de Vaud , le troisième était bailU de Lausanne. Yoj^t la charte du 11 jîtnvier 1350 dans le Remeil diplûm. du tantm de FriboUTg, tu, 103, D'après un document du 29 décembre 1341, Pierre de Fossoire, dont on a M un bailli de Vaud. était bailli de Lausanne.
la scèoe des évéDemenls. Plein de fermeté, de courage et d'éDei^ie, il s'est montré digne héritier du comte Pierre lil. N'étant encore que sire du Vanel, il avait donné des preuves de sa valeur en diverses occasions, de sa politique prévoyante en s*alliant ^ des familles puissantes, et en opposant ainsi \k la cité de Berne une ligue formidable, de sa justice en appliquant son scel k Tacte de confédération des montagnards de Gessenay, du Simmentbal et de Frouliguen. Comme comte de Gruyère, Pierre IV a répandu on nouvel éclat sur la maison souveraine dont il était le chef.
Quoique vivant en bonne intelligence avec leur oncle, quoique attachés k sa politique et k sa fortune, les deux frères n'adhérèrent pas k la paix qui fut conclue avec Berne en 1341. Ils continuèrent les hostilités jusqu'k la mort do comte Pierre III.
Le 2 décembre 1342, Pierre et Jean, comtes de Gruyère, s'accordèrent avec les avoyer, conseil et la communauté des bourgeois de Berne. Ils renoncèrent k toute réparation des dommages qu'ils avaient éprouvés durant la guerre avec les Bernois. Chacune des deux parties promit de laisser aux ressortissants de l'autre libre accès sur son territoire pour s'y arrêter, y trafiquer, et s'en retourner chez eux *.
La paix conclue en 1341 et 1342 entre Berne, Friboui^; et la maison de Gruyère, avait le caractère évident de la plupart des traités du moyen âge, celui de la nécessité. C'était une suspension d'armes qui pouvait être un moyen de se recueillir. C'était une longue trêve qui laissait le temps de rétablir des forces épuisées et de se préparer k des luttes nouvelles.
^ Dat. die lune proxima posi feslam beati Andrée AposioU anno Di. 1342. Soloik, Wochenbl. pour 1826, p. 431.
CHAPIIRE NËUVIÈHE.
En âUeodatit la reprise des hostililés^ lecamle deGru}ère Ici soD frère eurent sans doule k s'occuper de divers détails d*adfuioislraiioD< Nous ne pouvons cnregislrer qu*un ou deiuE fails, encore soni-ils d'une iraporlance secondaire. L*un est Tarbitrage du 50 avril 1341, que tious avons déjk nieo lionne ^ L^aulre fait pourrait être supprimé si le docu* meol qui le rapporte n*élait précieux pour sa riate. Il s'agit d'une coDlestaiiori entre Perrod de Châtel, de Lulry, donzel, et Pierre de Lallex, curé de Villeneuve, sur ta reconnaissance de quelques vignes que le curé possédait au Bugnion, dans le territoire de Lallex et de Grandvaux, reconnaissance qui, exigée par Perrod de Châiel, fui refusée par le curé. Perrod établissait que Pierre^ comte de Gruyère» de glorieuse mémoire, du coosenleraenl de la comtesse Catherine, sa > femme^ et de ses neveux Pierre, seigneur du Vanel, et Jean, 'seigneur de Montsalvens, lui avait vendu en franc et libre alleu, au pris de soixante-quatre livres de Lausanne, un ^cens annuel de trois muidsde bon vin, mesure de Lutry. Il soutenait que les vignes susdites étaient mouvantes du domaine direct dont relevait le cens qu'il avait acquis du comte de Gruyère, et que par conséquent le curé lui devait la reconnaissance demandée. Le débat fui porté en la cour épiscopale devant le vicaire général \ au spirituel et au temporel, de seigneur Godefroi (de Lucinge), élude Lausanne.
■ Il eslapffelé • - deLisiacù, lïcendaïus in decreiis. vicarius gênera* Ha In spiritual ibuà et temporalitms domini Goiloffedi Elecli Lausâtin , * dmi la charte que nous cîLons. Rnchai , ^Jans son AMgé de Vhiit. et^cUmaxU, p. 66 {étJii. de M. Du Monti TappeUç < Jacques de BUteni, doyen âeSion et vicaire général de révêcjue Godefroi. *
VÉM. BTDOCUM- ï, ' '
Le curé, après avoir ioulilenienl invoqué l'appui du nouveau comte de Gruyère \ ne fil plus de résistance'.
La paix qui avait succédé ^ la sanglante guerre de Laupon fit place, au bout de quelques années, ^ un nouveau conflit. Les vallées de la Simmen allaient devenir le théâtre de graves événements. On sait quel changement amena dans les rapports politiques de la maison de Weissenbourg avec d'autres familles, le traité de combourgeoisie qu'elle avait fait avec la cité de Berne. Il divisa d'anciens amis et mit aux prises, ^ Laupen, les barons de Weissenbourg avec les sires de Gruyère et d'autres seigneurs, autrefois leurs alliés. Ce fut 1^ une des^ causes du renouvellement de la guerre. Il suffisait d'un prétexte pour allumer le brandon de la discorde. Pierre de la Tour-Chàlillon adressa, dit-on, certaines réclamations au sire de Weissenbourg, que Berne soutenait ouvertement, et fut appuyé par son parent le comte de Gruyère. Ces deux seigneurs résolurent de réunir leurs forces dans le Haut-Simmenlhal, pour de 1^ faire une incursion subite sur le territoire du baron de Weissenbourg. Les châteaux de Laubeck et de Mannenberg, que le comte Pierre 111 avait achetés d'Henri de Strsetlingen , pouvaient servir de places fortes, de lieux d'attaque et de défense, et de retraite en cas de revers. Dans l'été de 1546, le comte Pierre IV quitta la Gruyère avec ses hommes d'armes, pour gagner, par le pays de Gessenay, le Haui-Simmenthal, où le
' < comilem nunc Gruerii*
* « Dat. die martis anle f v «nno Di. millesimo
CCCo. qaadragesimo tertf
CHAPITilE NEUVIÈME.
SSS
sire de Là Tour, venaot du pays de Frou liguée, devail s'unir à lui. Ils opérèrent leur jonclion. Mais les sires de Weisseabourgs loin de se laisser surpreudrc , s'ëlaieut mis en élai de défense, et une demande de secours adressée par eux à Berne avait eu pour résultat le prompt envoi d'une troiîpe avide de combat. Le comte de Gruyère et son allié, avertis de rapproche des Bernois, prirent position entre Zweisimmen et Bolligen; ils occupèrent les hauteurs et le défilé de tanbeckstalden , qui sépare le Haut et le Bas^SimmenthaL Les Bernois, conduits par le banneret Pierre Wenlschalz , s'avancèrent sans rencontrer de résistance jusque près du château de Laubeck. Accoutumés au succès, compiant sur une victoire Facile, ils se dispersèrent dans la campagne, abandonnant ta garde du drapeau h leur chef et à quelquesans de leurs compagnons. L'ennemi, profitant de ce désordre, se jeta sur le petit notnbre de soldats réunis autour du banneret. Celui-ci^ surpris par les Gruériens et leurs alliés, ne songea qu'k sauver sa bannière. D*uu bras vigoureui il la fit voler pardessus tes aissaillants dans la troupe qui se ralliait pour le secourir, el mourut tidèle k son devoir et à riionueur. Les Bernois se reiirèrenl emportant leur drapeau. Ils atteignirent le fort de Weissenbourg et de là rentrèrent dans leurs foyers, la tristei^se sur le front et l'amer tuuie dans le coeur V,
^ L'afsire de Laubeckstatdexi est rapportée à Tan tS46 par Jastinger
(p, V41) et p;ir t'ubbé Girard {Tabltam de la SuÙMe, p, 18) , âu 21 juin 1349 par le Getchithiforscher. ÏL Kl, 380, /ii,eU, XIE[ , p. 1681, qui s'apjiuie sar un pa&sage mit reproituit Oe TObi maire tte l'église de Sl.-Tbéodnle de Gruyère. Voîd ce passage, tel qu'il a été lire, non du ^jécroLoge même, mais du manustcrit tfe CasleShi?. [Soties hist et qénéai): « X katend. julîi ^ridieante vigilîam â. Joban. Uapi obieruai plur«â ex ComtiMu Gruerïîie
Si ToD en croit la iraditioo, le comte Pierre aaraît célébré sa victoire par oo joyeux banquet, auquel aoraîent assisté, daos la grande salle du château, les gentilshommes et les preux d*aleDtour avec leurs dames. Les gais convives se gabatetU sur la défaite de leurs ennemis, qui étaient rentrés tout penauds dans leur orgueilleuse cité. Le festin, diton, fut suivi destournois et d*autres divertissements sur la place d^armes attenante au vieux manoir. Le peuple, invité par son gracieux souverain k un repas champêtre sur la pelouse, eut part k ces jeux et \k ces fêtes, que le bouffon du comte, Girard Chalama, animait par des chansons de geste et des saillies.
Au printemps de Tannée suivante, le comte de Gruyère, ayant accordé une charte de franchises aux habitants du Haut-Simmenthal, y apposa son sceau, et la Gt sceller par le baron de Weissenbourg , et par d'autres seigneurs qui avaient des Gefs dans cette contrée, dont il était le suzerain, savoir par Jean de Boubenberg, chevalier, Henri de Slraellingen , Jean et Berthold de Rarogne, et Jaques de Duens \ bourgeois de Fribourg et bailli de Grasbourg.
supra campam exercilus caslri de Lobeck per gladios Bernensium. anoo domini 1349. aDoiversarium celebratur die X.» Tel est exactement le passage répété parle Geschicktforscher (l. XIII, 168, note) sauf te premier X, qu'il a omis. La source qu'il désigne sous cette forme Cartul. est une faute de copiste, au lieu de Castêllat. Les mots pridie anUmqiliam S. Jok. Bapt. sont uae glose servant à expliquer la dale du calendrier romain 1349 est une autre faute de copiste, pour 1339. Il est résulté de toutes ces infidélités que l'affaire de Laubeckstalden a ét^ confondue avec la bauille de Laupen. Voyez le texte du Nécrologe de l'église de Gruyère , ci-dessus, p. 216, noce 3.
^ < Tudingen, > aujourd'hui Guin.
CUAPJTflË C^ÈUVIÈHE.
Cette convention établissait certaines règles à observer par les possesseurs de ûers dans la vallée supérieure de la Simmen et par leurs ressonissatils, dans les diiïérends qui pourraient s'élever entre em. L'auteur de celle sage mesure a mérité la reconnaissance de ses sujets et resiime de la postérité*.
La forluoe, qui avait été si favorable aui Gruériens dans les étroits vallons de la Simmen^ devait btenti)t les trahir sur les bords de la Sa ri ne, oh la guerre Tut transportée. Celte fois, les Bernois unirent leurs armes à celles de Fribourg, La guerre que nous allons raconter, et que nous appellerons la guerre d'Everdes ', dut son origine h un acte déloyal d'Oton d'Everdes, chevalier ^ Ce seigneur, ayant une querelle avec l'avoyer de Fribourg, Jean de Maggenberg, chevalier, cherchafiune occasion de nuire k son adversaire. Ayant appris que Mermetle de Maggenberg, femme de Ta-
^ L'acte dont nous parlons c&i du mois de mars 1347. Vo^ex te GrÉchUhîforscktr, L I, p. 63, et L Xllt, p 165-166 el 182.
* En écrivant d^Bverdis, qous ne faisoDi que uous lîon former à l'utage. Il seraU plus eiaci d'écrire de Verdr^, comme on lit datiiî les vieiUes
' La f^mme d'Oton d'Everdes, nûmmée Jeanne ô^ Gruyère» mourut en 1347, Ou lit dans le Nécrologe de l'abbaye d'Humilimont : ■AnnoDni. M^-CCCt" XLVIIo. obiitdna Johanneta deGmjeria dicta fpouuy. nior dni Ouoni* de Verdes militjs. que dedit nobis XX siolidos) pro pidancia coduenlus. el XX s. pro anniversariosuocelano ceo^ua. predicU veroXXs, census pîdaocïe sunt \tTù pfâcibu» in XL. » [Qaadrageâîmal. Commun, par M* Gremaud.
Le 6 noU 1350, Qiou d'Evardes» chevatier, lit I Téglise d'IIauieviUede^Corbières iiu legs de S &ous InunannoÎ!} de cens «nnuel t qu'il a&*«igna sur son champ et pré d'Everdes. Il lit ce don pour son anniversaire, pour OÊitti de «on pèrvi Vlnc d'Ererdet, donzel (ctui en V3Z4 était ctiàtelain de Cof bières* et eouinit» tel ellicier de Louis dt ïnavoip, sire de Vaud et coseigneur de Corbîèreib). el de «a mère Jeannette, veuve du dit lilric, jadb condame de la Molière. Voy. p 1B5
▼oyer , élail allée à Lutry, où devail se célébrer une noce à laquelle cette dame était conviée, Oton d'Everdes épia son retour. Au moment où elle passait, il fondit sur elle de son donjon fortifié, comme un aigle sur sa proie, et lui enleva ce qu'elle avait de précieux \ savoir trois coupes d'argent, cinq cuillers d'argent , une aiguière du même métal , cinq boutons d'argent, quatre chapelets de diverse grandeur, une cornette , neuf pièces de volet de soie ' , trois bourses de soie, et d'autres objets, le tout estimé cinq cents florins'.
A la nouvelle de ce procédé si indigne d'un chevalier et si propre ^ irriter les Fribourgeois , ceux-ci prirent les armes pour venger l'outrage fait ^ la femme de leur premier magistrat. Oton d'Everdes appela à son aide les comtes de Gruyère, dont il était le vassal , Aimonet de Vuippens, Rodolphe, coseigneur de Corbières, chevalier, et son frère Conon, coseigneur de Bellegarde, tous deux fils du célèbre Richard de Corbières, officier du roi Rodolphe I^'. Les Bernois s'étaient mis en marche pour seconder les Fribourgeois, leurs alliés*. Le sire d'Everdes, apercevant les enseignes ennemies, alla au devant d'elles avec des propositions de paix. Il était trop tard. Des volontaires, qui avaient pris un autre chemin, s'emparèrent du donjon, et après l'avoir pillé, ils y mirent le feu , selon l'usage du temps. Cependant les Fribougeois recouvrèrent les objets dont Evërdes avait dé-
' « eias jocalia » ses Joyaux.
' Volet se disait d'an raban de tète dont les bouls flottaient aa vent.
' Voir la charte da 12 sept. 1370, dans le Recueil diplom. du canton de FribourÇt IV, 75. Kaenlin, dans son Diction, géograph., etc., 1. 1, p. 178, parle de 13 gobelets, au lieu de 8, et prend pour cbopiuettes ce que nous tenons pour des chapelets ou de petits chapeaux.
* Justinger, p. 140.