CHAPITRE NEUVIÈME
pouillé la dame de Maggenberg. La guerre D*eD continaa pas moiDs. Elle fut dirigée d*abord contre le bourg et le château de Vulppeus, dont le mattre, sire Aimonet, avait commis des dommages envers les Fribourgeois. Ceux-ci prirent ei livrèrent aux flammes le bourg et le château; puis, ravageant le pays d*alentour, ils allèrent mettre le siège devant Corbières, tandis que les Bernois se préparaient ^ venger Taffront qu*ils avaient reçu au Laubeckstalden. Ceux-ci faisaient, comme leurs alliés, la guerre aux donjons fortiGés, aux vieux manoirs, sièges de la féodalité, repaires des souverains locaux. Les Bernois avaient entrepris une expédition contre Gruyère ; mais avant de pouvoir attaquer cette place, ils devaient prendre la Tour de Trème, tandis que les Fribourgeois forceraient Corbières. S*étant avancés jusqu^au Pré des Chênes (Chanoz), les Bernois rencontrèrent en cet endroit une partie des gens du comte de Gruyère. Les autres étaient épars en embuscade dans la forêt de Sothau et sur les bords de la Trème. Ce fut en cette occasion que deux hommes de Villars-sous-Mont, nommés Claremboz* et Ulric de Berne, dit Bras-de-fer, se signalèrent par leur bravoure et par leur dévouement au comte de Gruyère, leur seigneur. Ces deux braves soutinrent presque seuls le premier choc des Bernois, jusqu'^ ce que le gros de Tarmée gruérienne, s'étant porté en avant, chargea vigoureusement l'ennemi et le força de reculer. En se retirant, les Bernois mirent le feu à La Tour et emmenèrent
^ Ce nom n'est pas une invention Parmi les vassaax de Rodolphe H, comte de Gruyère, qui jurèrent d'observer la paix que celui-ci fil en 1300 avec le chapitre de Lausanne, on cite après Guillaume de Pringy et Villenc de Villars les deux frères Ulric et Guillaume Clarembot. Voy. le Cartul. du chap. de N. D. de L^iusanne, p. 206. et ci-dessus, p 87 et suivante.
264 HISTOIRE DE LA GRUTiERE.
soixaDte prisooDiers. Cétait la gariHSOD de ce cb&teaii fort *.
A quelques mioutes de La Tour on remarque uo tertre surmonté d*une croix. C'est la croix monumentale du Pré des Chênes^ plantée au milieu du champ de bataille de i349. Les deux héros gruériens laissèrent une grande mémoire dans le pays. La légende s'empara vite de leur histoire. L'imagination de quelque clerc, mêlant \k un fait ancien on fait postérieur de vingt-quatre siècles, et confondant lesdeox héros de Gruyère avec les trois vaillants hommes du roi David , ajouta qu'il fallut chauffer de l'eau pour d^ourdir les mains des deux braves que le sang ennemi avait collées k leurs énormes glaives. Les personnes légendaires ayant ainsi pris la place des personnages historiques, devinrent le thème des conteurs gruériens *.
' C'est bieD à la Toar de Trème qae s'appliqae le passage de la chronique de JusUnger, p. 141, où il esl dit que les Bernois, aidés des Pribourgeois, se rendirent maîtres d'un château fort, et le lîTrèrenl aux flammes, après avoir fait prisonnière la garnison, qui portait la bannière du comte de Gruyère. La prise de La Tour est avérée par le traité de paix du 25 janvier
' Nous avons découvert la source de la tradition grnérienne dans le second livre de Samuel (XXIIf , 9-10), où on lit ce qui suit : « Eléazar éuit » l'un des trois vaiUants hommes qui éuîent avec David, lorsqu'on rendit » confus les Philistins assemblés pour combattre, et que ceux d'Israël » montèrent contre eux. Il se leva, et il battit les Philistins, jusqu'à ce que » sa main, se lassant de tuer, demeura atuchée à son épée. >
Une autre version de la légende grnérienne ne vante que Clarembox, qui serait le moderne Eléazar. La tradition, en passant de bouche en bouche, s'est enrichie d'un fait poétique assez curieux. Suivant elle, le sabre de Glaremboz aurait été conservé religieusement dans la paroisse de Villarssous-Mont jusque vers la fin du siècle dernier, qu'un maréchal, qui en ignorait le prix, en aurait fait une scie.
Le comte Pierre , en mémoire de l'exploit des héros de Villars-sous- Mont, aurait affranchi le village de toute redevance féodal'^. Mais personne n'a vu la charte d'affranchissement. Elle aurait été confiée à des mains in-