‹ Histoire du comté de GruyèreChapitre 98 sur 170 · CHAPITRE NEÇVIÈtfE · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEÇVIÈtfE

fut avant ou après râffaire de la Tour de Trème que les Bernois prirent le château de Bellegarde et firent la gar^ nîsoD prison aière *.

V Cependani Corbières résistait, M fut épargné, La querelle des bourgeois de ce lieu et de Fribourg fut remise au jugement des conseils de Berne, de Moral et de Payerne, Les arbitres prononcèrent, le 26 novembre 1349, une sentence portant ce qui suit : Il y aura dès ce jour paix entre les bourgeois de Frilxïurg et ceuï de Corbières, et remise de toute offense oti injure que les premiers disent avoir re** pue de la part des seconds. Tant que 'durera la guerre "entre Fribourg et ses alliés d*une part , et le corate de Gruyère, Oton d'Everdes et leurs alliés d'autre part, les bourgeois et habitants de Corbières n'aideront les adversaires de Fribourg ni de leurs bras ni de leurs conseils. In dédommagement du lort fait aux Fribourgeois, ceux de Corbières leur paieront trois cents livres de Lausanne, dont une moitié h ta prochaine fête de Noél, et l'autre h Pâques, Pour garantie du paiement de la dite somme, ceuï de Corbières donneront à Fribourg quatre otages , tous bourgeois de Corbières.

fidèles , ou serait devenue la proie d'an incendie, Ainst s'accumnletiL les Irad iléons

Les poèLes el les aniâles du mojeu Âge onl rréqueinmenl cherché leufs lospirtiioiis dans b lîible. L'auieup, quel qtiMUml» du célèbre monomeulqui orne la chapelle du châle:iu de La Sarra, a puisé, selon nous, ï\dée de son ttovre dans ceMaioe croyance du moyen âge qui avjiil sa source dans ce passage de rEccl^sia^tiquf , X, 1 B î « D'oii vîeal que la terre » et la poudre i^'enorgueîi lit» vu que, quimd Thomme meuri, il devîeni * rhéHlâBe des serpents, des hé les H des vers? ^ I * La prise du châieau de Bellegarde» à cetie époque, n'esi pas douteuse, Voir le irai lé du Î5 janvier 1350-

Les quatre otages furent remis par les bourgeois de Corbières aux Fribourgeois pendant que ceui-çi étaient rassemblés avec leurs hommes de guerre devant Corbières. Ils Rêvaient rester & Fribourg jusqu*^ Tacquiltement des 300 livres dues pour indemnité. La présente sentence arbitrale fut conGrmée par Tapposition des sceaux des trois communautés de Berne, de Morat et de Payerne^

Le rétablissement de la paix entre Fribourg et Corbières fut bientôt suivi d'un accord que, fit la ville de Friboui^ avec Isabelle de Châlons, dame de Vaud ', et Catherine de Savoie, comtesse d*Eu et'de Guines, sa fille '. Ces deux princesses, après avoir rappelé que dans une expédition militaire faite en Ogo, les Fribourgeois avaient brûlé le château et le bourg de Vuippens, et dévasté la châlellenie de ce nom, laquelle était de leur fief lige, déclarèrent que, les Fribourgeois étant les auteurs de ces désastres , elles absolvaient leurs adhérents des méfaits et dommages commis envers elles, se réservant le droit d^exiger de Fribourg, pour leurs sujets, l'indemnité qui était due à ces derniers, aux termes de la combourgeoisie ou confédération qui existait entre elles et la ville de Fribourg. — Les bourgeois de cette cité rendirent & la dame de Vaud et à sa fille les hommes qu'ils avaient faits prisonniers, à Vuippens et dans le mandement de ce

* Ch. du 26 Dovembre 1349, dans le Recueil diplom. du canton de Fribourg, 111, 94.

* Isabelle de Cbalons, veuve de Louis II de Savoie, sire de Vaud. et mère de Jean de Savoie, cbevalier, qui périt à la bataille de Laupen.

* Catherine fille de Louis II de Savoie, sire de Vaud , veuve d'Auon VIsconti, seigneur de Milan, avait épousé, en secondes noces, le connétable Raoul III , comte d'Eu et de Guines , à qui le roi Jean II fit trancher la tète le 19 novembre 1350 Catherine contracta une troisième alliance avec Guillaume i«r, comte de Namur.

CHApïTnE NEUVlIlMB,

'fîooi , et ils obUoreol, de leur côlé, la promesse d'une répara lion complète des dommages qu'ils auraient éprouvés de la pan d*AimooeU seigneur de Viilppens, ou d'autres sujets disabelle et de Catherine. Cet accord fut conclu el scellé par les parties le 7™® jour de décembre 1549 '.

Ud mois après la conclusion du Irailé qu'on vieat de lire, Isabelle d' A rberg, comtesse de Gruyère^ dame de Mouisalveos (c'est-k-dire la femme de Jean de Gruyère, frère de Pierre), déclara que, durant les hostilités qui naguère * avaient eu Heu entre le comte de Gruyère, son frère, et les Fribourgeois, des dégâts ayant été commis sur son domaine de Grange ', près de Moral, el du bétail ayant été enlevé, elle avait reçu de la part des avoyer, conseil et communauté de Fribourg une indemnité de six livres, dont elle leur donnait quittance*,

JM Pendant que la guerre exerçait sa fureur dans une des plus belles contrées de la Suisse, un autre fléau concourait

Ravecelle II la ruine des po|rulalions. Le fer, le feu, la peste (ou je ne sais quelle autre maladie) ravageaient le pays, enlevaient à la culture des terres des bras dont elle avait besoin, portaient en tous lieux la misère et le deuil. Dans ce tempstk, dit un chroniqueur, on fut atteint d'une épidémie qui,

H née au Levant, se propagea Jusqu'au Couchant, laissant (jariout des traces de sa violence, La mortalité fut si grande, ajoulc-t-il, que de mémoire d'homme on n'avait rien vu de

' Rteuml âipUm* du mntim de Fribourg , IIK 08 el sulTaote, ' En 1349, comme Ju^itinger a dit ivec raison

• t Gren« > ou Greini.

* Ch du 0 janvier 135û> dans le R£meil dipL du canton de Fribaurg^ lin, 101

268 HISTOIRE DE LA GRUYàRE.

pareil, oi dans les pays teutons ni dans les pays romans. On racontait que des contrées avaient été dépeuplées, que des vaisseaux avaient perdu tout leur équipage. Dans la ville de Berne on vit succomber en peu de jours environ soixante personnes de tout âge. L'ignorance et la superstition désignèrent les Juifs comme les auteurs de ce terrible fléau. Ils avaient, disait-on, empoisonné les fontaines et les ruisseaux. Ces malheureux furent traqués comme des bétes fauves et livrés an supplice du feu *.

Otez de ce récit le supplice des Juifs, le reste est an épisode qui s*est répété mainte fois dé nos jours k Toocasion du choléra.

L*épidémie de 1349 est connue dans Thistoire sous le nom de la grande peste.

Cependant, malgré la (erreur où les esprits étaient plongés, le comte de Gruyère poussait vigoureusement la guerre et menaçait Fribourg. Cette ville réclama le secours de son alliée. Berne lui envoya un nombre considérable de soldais avec un drapeau '. Cette troupe, réunie aux Fribourgeois , força le comte de Gruyère à renoncera une expédition qu*il avait entreprise avec plus d*ardeur que de prudence. Alors, le jour de Sl-Elienne (26 décembre) 1349', les Bernois se mirent en marche, résolus à venger Téchec de Laubeckstalden, à châtier les habitants de Gessenay, 'qui leur avaient

' JustiDger, p. 141 et suiv.

* « gar ein mechtig Volk mit einem Fenli. » Jastinger, p 149.

* JustiDger dit 1350; mais il commeoce TaDDée ^ la Naiivité, soit le S5 décembre, en sorte que la St.-Etieaoe est pour lui le second jour de l'année.

CliANTHE NEUVIÉVIS.

forcer

châteaux de Lâubeck et de ManaeDlierg, qui appartenaient alors au comte de Gruyère. A celle troupe vinrent se joindre les hommes d'armes de Tboune et de )a vallée de Frouliguen, que le seigneur de La Tour avait engagée à Jean de Weissenbourg, ami des Bernois, L'armée des alliés comptait un millier de combailanls, lorsqu'elle s arrêta devant les maisons fanes de lâubeck et de Mannenberg. Les soldats se livraient à la gaité, ]b dansaient et chantaient au son bruyant des Rrres et des tambours* Leur chanson était une grossière salire àm flagellants, espèce de fanatiques, qui, vo^nl dans Tépidémie un jugemtjut de Dieu, se Touettaient pour apaiser la vengeance céleste.

h De la danse on courut ^ Tassant. Les deux donjons forti* fiés furent pris et détruits. Après cet exploit, les vainqueurs dévastèrent Zweisimmen et tout le Haut-SimmentbâU Passant de \i dans le Gessenay^ ils allaient ravager ce pays, lorsque les plus riches de la commune vinrent offrir aux Bernois une indemnité pour ceus dont le bétail avait été enlevé sur les Alpes*. Les Bernois accueillirent cette proposition. Ils amenèrent à Berne les députés deGes^nay et les hommes qu'ils avaient fa ils prisonniers *,

P Cette guerre, qui semblait vouloir effacer toute culture poar ne laisser après elle que la désolation, se fût apparemment prolongée sans la rigueur de Thiver et sans Tiniervenlion d'amis communs des parties guerroyantes. Oeui femmes, qui, à Texemple d'Agnès de Hongrie, usèrent de leur inHuence pour calmer les esprits irrités, pour rendre la

* Voir plus bas le traité du ï5 janvier 1350.

' JusUnger^ p. Lis. Voir le trtUé du 35 jaDvier 1350.

paix à des populations malheureuses , deux princesses que nous avons déjà vues paraître dans cette guerre opiniâtre, Isabelle de Châlons et sa fille Catherine, dames de Vaod, et avec elles Amédée VI, comte de Savoie, et François (de Montfaucon), évèque de Lausanne, s'employèrent Si établir dans le diocèse de Lausanne une trêve qui devait aboutir ï la paix.

Ces quatre augustes personnages , considérant que dès longtemps il y avait discorde et guerre entre les communautés de Berne et de Friboui^, les alliés S sujets et adhérents de ces cités d'une part , et les nobles seigneurs Pierre et Jean , comtes de Gruyère , Oton d'Everdes *, Rodolphe de Corbières, chevaliers, et Conon de Corbières, frère da dit Rodolphe, leurs sujets et leurs alliés, d*autre part, ont nommé des commissaires pour aviser à la suspension des hostilités. Ont été désignés à cet effet : Par le comte de Savoie^ ses conseillers, ambassadeurs et messagers, Galèse de La Baume, seigneur de Vallufîn, Jean, seigneur de La Chambre, chevaliers, et Aimon de Pontverre, seigneur d'Aigremont, bailli du Chablais et du Pays de Vaud , de la part du dit comte ; Par Isabelle de Châlons et Catherine de Savoie^ dames de Vaud, leurs conseillers, François, seigneur de La Sarra, chevalier, bailli de (la baronnie de) Vaud, de la part des dites dames, Jean de Blonay, chevalier, et Aimon de Chatonay; Par l'évéque, ses conseillers, Guichard de Bourg, bailli de Lausanne, et Jean de Prez, licencié es lois. Ces commissaires , de l'agrément des parties , et en présence de Pierre,

^ « alUgatos. »

* < de Verdes. »

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