‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 10 sur 151 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

trepris une œuvre admirable, savoir, de mettre d'accord Luther et le pape. Si vous en venez à bout, je vous promets de réconcilier Christ et Bélial. » On s'accorda cependant sur quelques points ; on crut, du moins, s'être accordés. Mélanchthon, dans son amour pour la paix, s'était hasardé à des concessions que ni Luther ni les luthériens ne pouvaient ratifier. D'ailleurs, ces premiers points admis, il y en avait assez d'aulres sur lesquels on ne pouvait évidemment pas espérer de s'entendre.

Les conférences languissaient; la seule perspective était de les voir se rompre dès qu'on en viendrait aux points capitaux. L'empereur était trop accoutumé à agir pour rester longtemps simple spectateur. Dans un premier édit, il donne aux luthériens six mois pour redevenir catholiques ; dans un second, il règle et tranche en pape ce que l'on aura à croire et à enseigner, jusqu'au prochain concile, sur tous les points controversés. Aux contrevenants, la prison, la mort.

Et au milieu de la stupeur générale, alors que tous les appuis humains de la réforme semblent près de lui manquer : a J'ai vu naguère un signe au ciel, écrit Luther. Je regardais par ma fenêtre au mijieu de la nuit, et je vis les étoiles et toute la majestueuse voûte de Dieu se soutenir, sans que je pusse apercevoir les colonnts sur lesquelles le maître l'a appuyée. ï^ourtant, elle ne s'écroulait pas. Il y en a maintenant qui cherchent ces colonnes et qui voudraient les toucher de leurs mains. Et comme ils ne le peuvent, les voilà qui tremblent, qui se lamentent. Ils craignent que te ciel ne tombe... Pauvres gens ! Dieu u'est-il pas toujours W »

Aux contrevenants donc, la prison, la mort.

La conclusion convenait fort au pape^ mais non pas les prémisses. L'édit impérial est, il est vrai, rigoureusement catholique ; Charles-Quint n*a rien dit que Clément n'eût dit comme lui. Mais était-ce à lui de parler? De quel droit a-t-il dit : « Ceci est de foi, ceci ne Test pas?» S'il s'est fait pape dans un sens, l'électeur de Saxe, ou tout autre prince, pourra également se faire pape dans un autre.

Clément prit le meilleur parti, celui de supposer que rien ne s'était fait sans son aveu. Il écrivit lui-même k tous les princes pour leur recommander l'exécution de l'édit. Les princes protestants s'y refusèrent; et comme l'emyereur parlait de les y forcer, ils résolurent de s'unir pour la défense mutuelle de leurs États et de leur foi. De là (1531) la ligue dite de Smalcalde.

Malgré la ligue, Charles se sentait encore assez fort pour agir contre eux ; mais plus le moment approchait, plus il lui répugnait de combattre en soldat du pape. Ce n'était, pensait-il, que d'un concile qu'il pourrait décemjnent recevoir, lui, l'empereur, l'épée avec laquelle il marcherait contre les luthériens. En conséquence, nouvelles instances auprès du pape; nouvelles tergiversations de celui-ci. Il consent au concile, mais à condition

* « On a le droit de détruire ces plantes Ténéneuses par le f(|r et le feu, » avait dit Campeggi, au nom du pape, dans son Ins^ trucdo data Cœsari in dietâ Augustanâ,

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