‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 11 sur 151 · LIVRE PREMIER '2S · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER '2S

qu'il se tienne dans ses états. II reut bien qne les protestants y soient entendus, msûs à condition que les évêques, selon Fusage, aient senls le droit de voter. Bref, il est facile de voir que, lui accordât-on toutes ces demandes, ce ne sera jamais qu'à la dernière extrémité qu'il accordera son consentement et sa coopération.

L'empereur s'impatiente. En même temps, les Turcs font de rapides progrès. Encore quelques jours, et ils sont à Vienne. Cbarle»-Quint a besoin de toutes tes forces de l'Allemagne, et les protestants refusent les leurs si on ne révoque l'édit d'Augsbourg. Il cède* Le pape réclame en vain ; la liberté de conscience est accordée h l'Allemagne, mais, dit le décret, a jusqu'au concile, p La convocation en sera faite dans six meus; l'ouver^ ture, dans un an. Aussi, à peine vainqueur des Turcs^ Charles retourne en Italie. Nouvelles conférences avec le pape ; nouvelles tergiversations. On se quitte à peu près brouillés.

Alors, retour du pape à l'alliance française. L'Allemagne et la France étant en paix, Clément pouvait,* sans rompre ostensiblement avec l'empereur, s'unir étroitement avec le roi. Les négociations avancent, Catherine de Médicis, sa nièce, épousera Henri, second fils de François P' ; le roi, de son côté, s'emploiera auprès des Allemands pour qu'ils renoncent au concile, ou consentent à le laisser convoquer en Italie. U essaie, mais U les trouve intraitables. A force de sollicitations, on leur arrache la promesse d'agréer un concile tenu hors d'Allemagne, pourvu que ce ne soit pas en Italio.

Où sera-ce doncT A Genève, disent les négociateurs français. Le pape se demande si son allié se moque, d'aller lui parler d'une ville où le catholicisme ne lienl "

plus qu'à un fil. Peu après, Clément VII tombe malade, et la défection de l'Angleterre empoisonne ses derniers jours. Il meurt sans regrets, dit-il ; il a fait son devoir en s'opposant au divorce de Henri VIII. Cela se peut ; les historiens catholiques Ten ont assez loué. On oublie seulement qu'avant de condamner ce fameux divorce, il s'y était longtemps montré plus ou moins favorable, avançant, reculant, s'engageant ou tergiversant, et l'œil fixé, en somme, bien plus sur Charles-Quint, dont il redoutait la colère, que sur ces règles canoniques dont les papes faisai^t ce qu'ils voulaient. L'acte même du divorce fut une fois dressé. Pallavicini le nie ; mais Guicciardini l'afiirme, et Burnet le prouve par des pièces* qui supposent clairement ou l'existence du bref, ou la promesse formelle de le publier.

Le successeur de Clément Vn, Paul III, avait été cardinal sous six papes; personne n'était plus profondément versé que lui dans les secrets de la politique romaine. Il comprit que la résistance était, pour le moment, un moyen usé ; aussi, à peine sur le trône, il commença k parler du concile comme du seul remède aux maux du temps. Il en faisait son affaire ; il allait au devant de tous les vœux.

* Lettres de Henri VIII et de Wolsey. Burnet, Collection ofre~ cordé. Voir aussi Herbert, Fie de Henri VI U, Ranke, Histoire de la Papauté^ et le 5* volume de VHistoire de la Reformations par M. Merle.

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Dix années devaient cependant s'écouler encore entre les paroles et les faits. Il est vrai qu'on ne tarda pas à voir ce qu'il fallait attendre d'un tel pape. Au milieu des plans de réforme qu'il se plaisait à dérouler, et pour l'exécution desquels il ne demandait pas mieux, disait-il, que de s'appuyer sur un concile, deux jeunes gens, l'un de seize ans, l'autre de quatorze à peine, furent créés cardinaux, et ces jeunes gens étaient... ses enfants <*

Malgré ce scandale, — ou peut-être à cause de ce scandale et pour tâcher d'en amoindrir l'éclat, — il déclara (janvier 1535) que la bulle de convocation allait paraître. Vergerio va partir pour l'Allemagne. Il verra tous les princes, tous les hommes influents ; les catholiques, pour qu'ils ne n'opposent pas à un concile tenu en Italie; les protestants, pour qu'ils s'engagent à en recevoir les décrets ; Luther, Luther surtout, pour qu'il ne s'y oppose pas. Quelle idée se faisaient-ils donc, nous ne dirons pas de la conscience, mais du simple respect humain, ces hommes qui s'imaginaient qu'après dix-huit ans de guerre Luther pourrait encore n'être pas inaccessible à leurs séductions? Vergerio ne le vit qu'une fois, très-brièvement, selon les uns, très-longuement, selon les autres. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne gagna rien, et que, quelques années après, ce « grand mignon du pape, » comme dit un chroniqueur, passa lui-même à la Réforme. Quant aux princes, les catholiques furent unanimes à dire qu'ils ne voulaient pas d'un

* Alexandre Farnèse et Gui-Ascagne Sforce, ses petits-fils, issus l'un de son fils Louis Farnèse, et l'autre de sa fille Constance* Ses folies de jeunesse avaient été telles, que sa mère avait dû le faire enfermer au château Saint-Ange.

mmWe ienn en Italie ; le» protestawls, qu'ils ne le Voulaient ni en Italie, ni ailleurs, si le pape devait en être le chef.

De toot cela, Paul se fût rolontiefs laissé aller à conclure qu'il n'y fallait plus songer ; mais il fut forcé de passer outre. Un concile, répétait l'empereur, un concile!... et je me charge de l'exécution des dédreifS, Il consentait, d'ailleurs, malgré les princes, h ce qu'on s'assemblât en Italie. Il n'y avait donc plus aucun prétexte pour refuser ou différer. Paul se soumit. Il désigna la ville de Mantone, et l'mtrerture fut fixée au 7 mai de l'année suivante (1537)*

La bulle de convocatidiï avait à peine paru, qu'on Tit qu'elle n'aboutirai! à rien. D'Allemagne, de France, d'Angleterre, d'Italie même, surgissaient des proiestâK lions. Il n'y eut pas jusqu'au duc de Manloue, dont Paul n'étadt cru si sâr, qui n'élevât mille difficultés sur la favmr qu'on avait prétendu faire à sa ville. Paul, alors, désigna Vicence. C'était un sacriôce, car cette ville était aux Vénitiens, sottvent ennemis de la cour de Home; aussi le pape s'autorisa-t-il de ce changement pour reculer d'un an rouvertitre de l'assemblée. Il ht fixa au 1" mai 15^8.

Le 1^'mai 1538, se« légats < étaient k Vicence. Ilîf attendaient les évêques ; aucun ne vint. Ceux d'Italie, Pafttl n'aurait eu qu'un mot à dire pour en euToyer une fmile ; mais il se sentait tenu d'attendre qu'il y en eût m mwns quelques autres. Les légats attendirent près de trois mois. Personne ; toujours personne. Il commençait à devenir évident que l'empereur lui-même ne voulait

* Campeggi, Simonetta et Aleïift(ïftr.

plus ce coadle» car il avait en Espagne et en Autriche assez d'évêques qu'il n'eût tenu qu'à lui d'y envoyer. he pape rappela dpnc ses légats, mais sans retirer U convocation. Il fixa l'ouverture au mois d'avril 1539; puis dans une derflière buUe, l'époque en fut indéfiniment ajournée.

Nous n'entrerons pas dans le détail des négociations de toute espèce qui remplirent les années 1638 *, Î539, 1540. Il nous faudrait revoir, sous des formes presque identiques, tout ce qu'on a vu jusqu'ici. Mêmes répugnances, mêmes obstacles, mêmes oscillations. Nous tenons à ne rien omettre d'essentiel, mais nullement h tout dire. Ces préliminaires du concile occupent tout un livre dans Sarpi, et trois dans Pallavicini.

Ce fut en 1541, dans une nouvelle entrevue du pape avec l'emperepr, qu'on parla pour la première fois de la ville qui allait enfin être choisie. Située au cœur du Tyrol, Trente offrait l'avantage d'être une dés villes les plus centrales de l'Europe, Elle n'était ni assez italienne pour que les Allemands refusassent de s'y rendre, ni assez allemande pour que le pape désespérât d'y res' ter le maître de l'assemblée ?. II la trouvait seulement bien loin de Rome ; mais, après tant de querelles, il devait s'estimer heureux qu'on s'en contentât. D'ailleurs,

< Ce fut m 1538 que parut le fameux Consiiium de emendandâ ficciesiâ, adressé à Paul III par la commission qu'il avait chargée de lui faire un rapport sur les désordres de TÉgUse. Nous y renvoyons ceux de nos lecteurs qui croiraient voir de l'exagération dans ce que nous avons dit ou dirons de ces désordres. Il est sigué des noms les plus respectables du temps, Coataripi, Sadolet, Giberto, Aleander, etc.

s Trente dépendait de FEmpire, mais Tévèque en avait le gouvernement.

le temps pressait. La diète venait d'arrêter encore, à Ratisbonne, qu'il fallait absolument en finir, et qu'à défaut d'un concile général, on en assemblerait un en Allemagne. La bulle de convocation parut donc au commencement de 1542, et l'ouverture y était fixée au 1" novembre.

Sur ces entrefaites, la guerre se rallume entre l'empereur et la France. On veut néanmoins poursuivre. Lé pape envoie ses légats ; l'empereur, un ambassadeur et quelques évêques. Après sept mois d'attente, personne ne venant, on se sépare, et tout est rompu de nouveau.

A qui la faute? A François P', disait-on, puisque c'est lui qui a déchiré la trêve. François se vengeait sur les .protestants ; il tenait h montrer que, s'il avait rompu le concile, il n'en était pas moins catholique pour cela. A force de bûchers, il eut bientôt reconquis l'amitié du pape, très-disposé, du reste, à ne pas trop s'irriter de tout ce qui contribuerait à reculer la grande affaire. D'ailleurs, Charles-Quint venait de s'unir avec Henri VÏII, l'excommunié, l'hérétique, l'ennemi personnel du pape ; la diète de Spire venait de faire un édit d'une tolérance effrayante, qui semblait dicté par les protestants. Le pape réclame, presse, menace... L'empereur se tait, et va son train.

Enfin, Charles et François font la paix. Un des articles du traité (24 décembre 1544) porte qu'ils vont travailler en commun à faire assembler le concile. Paul les prévient. Une nouvelle bulle est publiée ; ce sera pour le 15 mars. Alors, c'est l'empereur qui se fâche* Il trouve étrange qu'on ne l'ait pas consulté avant de fixer l'époque ; mais comme il tient à pouvoir dire que

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