‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 105 sur 151 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

pape... quoi? Ses quatre-vingts ans et le compte qu'il aurait bientôt k rendre à Dieu? Hélas 1 les idées religieuses n'avaient habituellement pas grand' chose k faire dans tout ceci. On ne voulait que prendre Paul III par son faible, en lui faisant entendre qu'il ne serait bientôt plus Ik pour protéger ses enfants contre la colère de l'empereur. Mais il y avait quelqu'un que Paul III aimait plus que ses enfants : c'était lui-même. Il y avait quelque chose qu'il aimait plus que lui-même : c'était l'omnipotence du Saint-Siège. La question avait grandi, à ses yeux, en proportion des instances de l'empereur, et de l'affront qu'on lui avait fait faire par des évêques. Plaisance même, Plaisance qu'on avait gardée « comme un aimant qu'on aurait à la main pour attirer l'âme de fer du pape*, » Plaisance ne l'émouvait plus. A aucun prix , il ne voulait qu'on retournât à Trente; mais comme son courage n'allait pourtant pas jusqu'à l'avouer, ce qui eût immédiatement causé un schisme, — prières, menaces, rien ne put lui arracher une réponse. Le cardinal repartit pour l'Allemagne, laissant l'affaire à Diego de Mendoza, jadis ambassadeur auprès du concile, et maintenant chargé des mêmes fonctions auprès du pape. Peu de jours après , Mendoza reproduisit tous les griefs et toutes les demandes. Sans protester encore, il déclara avoir ordre de protester, pour peu que le pape tardât k accorder satisfaction.

Ce fut alors que Paul III, levant le masque, ou, si l'on veut , prenant un masque nouveau , jugea bon d'entrer dans un rôle que nous l'avons vu préparer de longue main : c'était d'envisager l'affaire comme un débat entre

< Pollav. liv. X, ch. viï.

les deux assemblées. Il se mettait ainsi confie en dehors de la querelle ; il avait l'air de n'agir que par respect pouF rindépendance du concile et pour le vœu d^ la piajorité ; enfiq, il gagnait du temps.

Son premier pas dans cette nouvelle voie fut de répondre à Mendoza qu'il ne pouvait prononcer sans avoir pris Tavis des évêques de Bologne. La question allait se trouver de plus en plus faussée, puisque les deux parti» ne seraient plus sur le même terrain. Charles-Quint réclamait au point de vue de la convenance, de la nécessité, et rassemblée allait répondre au point de vue du droit.

Elle répondit, en effet, comme on devait s'y attendre, qu'elle s$ considérait pt ne pouvait pas ne pas se considérer connue la seule assemblée légitime. Sans repousser absolument l'idée d'un retour à Trente, elle déclarait que le seul moyen de la faire revenir sur sa décision, c'était que les évéques de Trente commençassent par s'y soumettre et vinssent à Bologne , ou , du moins , se déclarassent prêts k y venir. Alors, inais alors seulement, on pourrait voir ce qu'il y avait de mieux et faire.

Cette réponse, en soi, n'avait rien que de raisonnable ; mais pour en être satisfait, il aurait fallu oublier qu'elle était dictée par le pape, que les prélats de Bologne n'avaient aucune envie de retourner à Trente, et que, en somme, il n'y avait à peu près aucun espoir d'y revoir le concile. Charles-Quint parut cependant accepter la question dans ces nouveaux termes ; mais ce fut, selon sa coutume, pour la trancher aussitôt dans son sens. Prenant donc directement à partie l'assemblée de Bologne, il ordonna aux deux agents qu'il avait dans cette ville , François Vargas et Martin Velasco , d'user sans

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