LIVRE TROISIEME
délai des pouvoirs dont il les avait investis , mais que personne ne connaissait encore. En conséquence, le 16 janvier 1 5/^8, ils demandent audience. On délibère, et rassemblée s'en remet au cardinal Del Monte, seul légat présent, car son collègue était à Rome. Del Monte les fait introduire, et ils présentent leur mandat. « Contraint de protester, pour le bien de la religion et de l'Église, contre certains hommes qui se- disent légats apostoliques, et contre une certaine assemblée qui s'intitule concile, l'empereur a nommé et nomme, pour agir en son nonj, les deux personnages }ci présents*. » Et non contents de cette introduction insultante, les envoyés demandent qu'on laisse entrer cinq témoins et deux notaires, qu'ils ont amenés avec eux pour dresser l'acte de leur protestation. On délibère ; on vote de les renvoyer au surlendemain. Ils insistent, et, après quelques pourparlers, on cède. Seulement, avant de leur accorder la parole, on leur signifie un acte portant qu'on n^ serait point tenu de les entendre, puisque ce n'est pas au concile que l'empereur les adresse, mais k une certaine assemblée illégitime, qui n'est sûrement pas celle de Bologne. Alors Vargas, avant d'en venir encore à la protestation, exhorta vivement ce qu'il appelait toujours V assemblée à bien peser ce qu'elle allait dire et faire. Et comme II s'écriait : a Nous sommes ici, nous, procureurs légitimes de l'empereur !» — « Moi aussi, dit le cardinal, je suis ici vrai légat d'un vrai et indubitable pontife, et c'est ici un concile légitime , légitimement transféré, pour la gloire de Dieu et pour le bien de l'Église. » La gloire de Dieu y le bien de V Église,
* Tous cei derniers détails sont tirés de PalUvicini.
grands mots dont il y avait trente ans qu'on ne se payait plus ; mais, malgré cela, Del Monte avait incontestablement le beau rôle. Ces légats devenus illégitimes pour avoir usé de pouvoirs d'une légitimité patente, ce concile cessant d'être un concile parce qu'il avait prononcé contre l'avis de quatorze de ses membres, — tout cela sentait plus la brutalité du soldat que la dignité du prince.
Plus raisonnée et plus calme, la protestation écrite, que lut ensuite Velasco, n'était guère plus logique. Après un long tableau de tout ce que Charles-Quint avait fait pour préparer et faciliter le concile, la translation était déclarée déraisonnable, précipitée, nulle; l'avis de l'assemblée, en vertu duquel elle avait eu lieu, était appelé trompeur, vain, captieux, digne cent fois d'être rejeté par le pape. Comment donc le pape osaitil, ajoutait-on, donner lui-même à cette coupable scission le nom de translation, à cette assemblée illégitime le nom de concile général ? L'empereur déclarait enfin aux évêques qu'il mettait dès lors sur leur compte tous les maux à venir, et qu'il allait aviser aux moyens d'en garantir ses états.
La réponse orale fut vive ; la réponse écrite, fort douce. On la publia quatre jours après. Elle n'avait qu'une phrase : « Les choses alléguées étant manifestement en désaccord avec l'intention pieuse et catholique du très-invincible empereur, le saint concile est convaincu qu'elles ont été dites, ou sans mandat de sa part, ou sur un faux exposé à lui fait. »