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c'est à lui, à lui seul, qu'on doit le concile, il s'empare du rôle actif, et, dans toutes les cours, ses ambassadeurs pressent vivement l'envoi des évêques. Paul nomme ses légats. Il y en aura encore trois, mais trois nouveaux. Ce sont les cardinaux del Monte, de Sainte- Croix et Polus. Ce dernier (Reginald Pool) est de la maison royale d'Angleterre. Quant aux deux autres, nous les verrons plus tard sur le trône pontifical. L'Europe commence enfin à croire que, cette fois, le concile ne s'en ira pas en fumée.
Et maintenant, avant d'aller plus loin, nous arrêterons-nous à résumer ? — Notre récit a été assez rapide pour que tout lecteur attentif ait pu en saisir l'ensemble et en tirer les conséquences. Défiances, intrigues, malentendus et querelles de tout genre, violences, bassesses, inextricable fouillis d'intérêts, de vues, de passions manifestement et grossièrement humaines, — voilà de quel chaos allait surgir le concile ; voilà sur quoi allait se dresser cette chaire d'où Dieu serait censé parler. En attendant, celui que Léon X avait dédaigneusement appelé « un bel esprit, » Dieu lui avait donné de voir sa doctrine enlacer l'Europe ; et ce concile que Luther demandait en 1517, qu'il aurait pu redouter en 1520, Luther allait emporter au tombeau l'assurance que la Réforme n'avait plus à s'en inquiéter. Tout le prestige était usé d'avance. Vingt-cinq ans de délais avaient surabondamment démontré : —
aO HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE
Aux uns, que Rome ne voulait pas le concile, ne ravaiit jamais sérieusement voulu, ne pouvait pas le vouloir ;
Aux autres, que les princes qui l'avaient le plus demandé s'en souciaient, au fond, très-peu;
Aux protestants, qu'il ne leur serait fait aucune coocession quelconque ;
Aux catholiques, qu'on amenderait les petits abus et qu'on garderait les grands ;
A tous, enfin, que ce ne serait pas le concile de l'Église, mais le concile du pape.
Et ceux, s'il y en avait encore, qui persistaient h en espérer quelque chose, croit-on qu'ils eussent alors osé promettre à ses décisions dogmatiques l'autorité qu'on leur a donnée depuis? Les ressorts humains de la machine avaient si longtemps et si lamentablement crié ! Us devaient tant crier encore ! L'autorité du concile de Trente n'a réellement commencé qu'après sa clôture. Nous lé prouverons, et sans peine ; mais c'est ce que nous tenons le plus à bien prouver.
Enfin, le grand jour approchait; l'Europe, avait les yeux sur l'humble ville que ce jour allait rendra à jamais fameuse.
Le 13 mars 15^5, deux des légats, les cardinaux Del Monte et de Sainte-Croix, arrivent à Trente. Ils sont munis de deux bulles papales, l'une, publique, qui leur confère simplement la présidence du concile ; l'autre, secrète, qui les autorise à le dissoudre si l'intérêt du
pape leur paraît l'exiger. Ce a'était pas chose nouvelle, Martin V en avait usé de même lors du concile de Pavie,
Une foule immense était accourue. Reçus en princes, les légats répondent en princes, mais en princes d'Église, à Tempressement des populations : trois ans d'indulgence h qui est venu les voir passer. Puis, il leur vient un scrupule. Toute indulg^^ce part du pape ; or, parmi les pouvoirs qui leur ont été conférés, on a omis celui d'en accorder. Ils ne pouvaient donc légitimement rien donner, pas même trois jours ; et ils ont donné trois ans. Que faire î Us écrivent k Rome, Le pape ne demanderait pas mieux que de confirmer ce que ses légats ont fait. Trois ans I Qu'est-ce que cela pour lui? Trente ou trois cents ne lui coûteraient pas davantage. Mais voilà qu'il lui prend, k lui aussi, un scrupule. Valider l'indulgence pour le temps qui reste h courir, c'est facile ; mais lui est*il possible de la déclarer varable pour le temps qu'elle a été nulle de plan droit? Dieu lui-même ne saurait changer le passé. Quoi qu'on fasse, il se sera toujours écoulé un certain temps pendant lequel les fidèles auront cru «^voir et n'auront pas eu. S'il en est mort quelquesuns dans cet intervalle, c'est donc avec un passer-po4 faux qu'ils sont partis pour l'autre vie? Embarras puéril, ce semble, mais extrêmement grave pour un casuiste romain. Aussi ne put-on s'en tirer. On l'éluda en envoyant aux légats un bref antidaté de plusieurs semaines, et qu'ils furent censés avoir apporté de Rome.— Pallavicini s'est donné beaucoup de peine pour arranger cette histoire. Il n'a réussi qu'à montrer qu'il la trouvait luimême assez étrange.
Il y avait donc eu foule à l'arrivée des légats ; mais on çiommençait à se demander où était le concile. A l'excepr
tion du cardinal Madruccî, évèque de Trente, arrivé avant les légats pour leur faire les honneurs de sa ville et de son palais, pas un évéque n'avait encore paru. Ils n'en firent pas moins préparer dans la cathédrale un local d'environ quatre cents places. Quoiqu'ils désirassent peu de les voir toutes remplies, une pareille solitude ne laissait pas que d'être embarrassante et de ressembler beaucoup à un affront. Le pape s'en préoccupait vivement. Il savait bien qu'un grand nombre d'évêques, surtout en Italie, avaient cru lui faire leur cour en ne se rendant pas à Trente; mais il sentait en même temps qu'on allait lui attribuer leur absence. Comment s'y prendre pour en amener assez, sans risquer d'en amener trop ?
Le 14 mars, personne encore; le 15, personne non plus, et l'ouverture est ajournée. Le 23, l'ambassadeur de Charles-Quint, Diego* de Mendoza, arrive à Trente, et demande qu'on veuille bien se hâter. Les légats délibèrent. Trois évêques étaient venus : faut-il ouvrir le concile? Mais un concile général, œcuménique, universel, avec trois évêques italiens ! Attendons encore quelques |ours... — Ces quelques jours allaient durer neuf mois.
Nous ne nous amuserons pas à répéter les plaisanteries qui coururent, lorsqu'on apprit à quoi venait d'aboutir, après vingt-cinq ans d'enfantement, cette solennelle convocation de la chrétienté. Catholiques et réfQrmés se rencontraient sur le terrain d'un bon vieux apologue dont le titre est déjà, sans doute, sur les lèvres de nos lecteurs, et auquel le nom du premier légat, Del Monte, ou De la Montagne, donnait un burlesque à-propos. Ne rions pas. Ceci est une histoire, non un pamphlet. Mais une observation très-sérieuse, c'est que.
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parmi tant de personnes à qui le concile de Trente n'est jamais apparu que comme une majestueuse et immense assemblée, il en est sûrement plus d'une à qui ces premiers détails feraient déjà soupçonner que l'imagination est entrée pour quelque chose dans ce qu'on leur en a dit. a Le concile de Trente, dit un de ses apologistes *, se composa de tout ce qu'avaient de plus illustre FAllemagne, l'Italie, la France, l'Espagne, la Hongrie, la Bohême, l'Angleterre, l'Irlande, le Portugal, la Pologne, la Suède, la Belgique, la Moravie, l'Ulyrie et la Grèce. » Nous verrons bientôt ce qui en fut. Quand l'tmagination va jusque-là, elle est bien près de mériter un autre nom.
Et puisque la question du nombre s'est trouvée sous notre plume, nous sera-t-il permis d'en dire un mot?
Nous n'irons pas jusqu'à prétendre qu'un concile ne puisse être appelé général s'il n'est composé, à la lettre, de tous les évêques de l'Église ; mais, de cette généralitélà à celle du concile de Trente, la distance allait être telle qu'on pourrait bien, sans chicane, se demander s'il n'y a donc rien à en conclure. Nous ne pensons pas, il est vrai, qu'une assemblée plus nombreuse eût voté bien différemment ; les décisions dogmatiques, en particulier, auraient probablement été les mêmes. Mais enfin, eussions-nous pour les résultats autant de sympathie que nous en avons peu, il y aurait toujours à voir si ces ré-
* I^ p. Biner, jésuite.
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^ultats peuvent être considérés comme légalemeiit et loyalement obtenus.
Dans toutes les assemblées délibérantes, la loi pu l'usage a fixé un minimum d'assistants. C'est la moitié, te tiers, tout au moins le quart du total des membres ; au* dessous, on ne peut voter. Dans les conciles, quoiqu'il n'eriste sur ce point aucune loi formelle, le bon seuis dit assez qu'il ne saurait n'en exister aucune. Si vous convoquez cent personnes et qu'il en vienne dix, ¥0U8 pouvez bien encore, à la rigueur, laisser h l'assemblée le nom quelle aurait pris pi elle eût été au complet ; mais il est clair que c'est une fiction. Or, à Trente, voici ce qui s'est passé. *
Trois convocations ont eu lieu : la première (15Z»5) sous Paul m, la seconde (1551) sous Jules III, la troisième (1562) sous Pie IV.
Dans celle-ci, le nombre des votants s'éleva, vers la fin, kdeux cent cinquante. C'était beaucoup; mais ce n'était encore qu'une faible minorité. L'Italie seule comptait plus de deux cent cinquante évêques,
Ce nombre, relativement si petit, était pourtant à peu près le quadruple de ce qu'il en était venu aux deux autres convocations. Le jour de l'ouverture, il n'y en avait que vingt-cinq. Plus tard, nous en trouvons soixante, soixante-dix au plus, mais rarement réunis; dans plusieurs sessions même, ils sont au-dessous de cinquante. Ce fut pourtant dans cette période que se réglèrent les points fondamentaux, Écriture, Tradition, Péché originel, Gr^ce, Sacrements, etc. « Quelle folie, disait un jour Paul IV, dans un accès de mauvaise humeur et de franchise, que d'avoir envoyé une soixantaine d' évêques, des moins habiles, dans une petite ville de montagne, pour