‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 117 sur 151 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

des choses auxquelles ils ne pouvaient ni ne voulaient se soumettre. Aussi, en diète, quand l'empereur leur annonça la reprise du concile, il n'y eut chez eux qu'une voix pour dire que l'on devait, avant tout, déclarer nul ce qui s'était fait jusque-là à Trente. Au grand déplaisir du pape, Charles ne reçut pas cette ouverture avec l'indignation qu'un vrai catholique eut exprimée. Il répondit aux protestants que ce serait au concile à examiner la question ; le pape ne put obtenir de lui qu'il se déclarât nettement pour le maintien de ce qui avait été fait. Et comme il n'était pas douteux que l'assemblée, si elle délibérait dans les mêmes conditions que précédemment, ne s'empressât de tout ratifier, les protestants demandèrent, comme jadis, que leurs théologiens y fussent admis, que le pape n'y présidât ni directement ni indirectement, qu'il commençât, enfin, par délier tous les évêques de leur serment de fidélité envers lui; conditions toujours renouvelées, toujours inacceptables, mais que l'empereur ne repoussa pas non plus avec autant de chaleur que le pape l'eût désiré,

Jules prit le parti que nous avons toujours vu prendre aux papes dans les occasions de ce genre : il passa outre. Dans la bulle de convocation (novembre 1550), il suppose admis et incontesté que le nouveau concile sera la continuation de l'ancien * ; en même temps, il part du fait qu'un concile général tenu en dehors de son autorité ne serait pas un concile 2. L'empereur avait demandé qu'on lui communiquât cette pièce avant de la

* Decernimus et declaramus... ipsius concilii continuationi et prosecptioni... incumbere velint.

' Nos ad quos spectat generalia concilia indicere et dirigere.

rendre publique. Le pape la lui envoya, mais d^tée et scellée ; il ne voulait pas avoir Tair de le consulter sur la rédaction. Charlçs essaya inutilement de la lui faire changer. Il répondait, avec beaucoup de raison, qu'une bulle où il n'y aurait plus rien qui pût effaroucher les protestants, serait nécessairement un mensonge. L'ami)assadeur demanda qu'on changeât au moins la phrase où il était dit que le pape devait non-seulement présider le concile, mais le diriger , assertion que les catholiques mômes pouvaient trouver exagérée. Jules répondit nettement que si certains catholiques avaient oublié cette vérité, il ne faisait, lui, que son devoir en la leur rappelant ; et pour couper court à ces instances, il ordonna la publication de la bulle.

Elle fut donc lue dans la diète, et produisit immédiatement l'effet qu'on avait craint. Les catholiques conséquents et sincères furent bion aises de la franchise du pape ; mais tout le parti de l'empereur la trouva itnprudente et intempestive. Les protestants, de leur côté, répétèrent pour la centième fois que ce n'était point là le concile auquel ils avaient promis de se soumettre. L'empereur intervint encore ; il promit solennellement, aux uns comme aux autres, que tout se passerait à la satisfaction de l'Allemagne. Mais on voulut autre chose que des paroles. Il fut forcé de préciser ses promesses, de permettre qu'on en prît acte ; aussi le décret de la diète (13 février 1551) fut-il, presque de point en point, la contre-partie de la bulle qu'il élait censé reproduire. Le pape avait parlé de la continuation du concile ; l'empereur déclarait, par l'organe de la diète, que tout le monde serait libre d'y proposer, suivant sa conscience, ce qu'il croirait utile au bien de l'Église. On pourrait

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