‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 129 sur 151 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

même. Par qui savons-nous, sinon par eux, et, en particulier, par un des plus dévoués champions de Rome, par Bellarmin , que c'est Paschase Ratbert , abbé de Corbie, au neuvième siècle, qui a le premier enseigné positivement la présence réelle? Par qui savons-nous, sinon par eux, que si sonopinion se trouva être déjà, ce qui est possible, celle de la majorité des docteurs, elle rencontra cependant des oppositions plus que suffisantes pour prouver que ce n'était point un dogme admis? Ratbert lui-même, dans une lettre à Frudegard, avoue que beaucoup l'accusent d'avoir exagéré le sens des paroles de Jésus-Christ. Dit-il, pour cela, que ce soient des hérétiques ? Les attaque-t-il au nom de l'Église? Nullement. L'eût-il fait, nous n'aurions qu'à citer les noms de ceux qui, de son vivant ou après lui, attaquèrent sa doctrine *, et nous demanderions si tant de personnages éminents, abbés, évêques, archevêques, eussent jamais songé à attaquer ce qu'on eût regardé comme sanctionné par l'Église. Ainsi, quelque date que l'on assigne aux premiers commencements de la transsubstantiation, il reste démontré qu'au neuvième et au dixième siècle on écrivait librement pour et contre. C'était une opinion, non un dogme. En 1059, sous Nicolas II, elle est adoptée à Rome, mais dans un concile particulier, et peu nettement. C'est en 1215, sous Innocent III, qu'elle est définitivement votée au concile de Latran, et prend le nom qu'on lui a donné depuis.

Toute opposition va cesser, sans doute? Non. Entre le concile de Latran et le concile de Trente, voici des

* Amalaire, archevêque de Trêves; Héribald, évèque d'Auxerre; Raban, archevêque do Mayence ; Walafrid, abbé de SaintrGaU ; Loup, abbé de Ferrières ; Bertram, moine de Corbie, etc.

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docteurs qui, tout en déclarant y croire, avouent qu'ils ne la voient pas dans i'Écrilure. C'est d'abord Dans Scott : il ne sait, dit-il ^, aucune déclaration scripturaire qui, par elle-même et sans la détermination de l'Église, puisse obliger à l'admettre. C'est le cardinal d'Ailly «. « Cette opinion, dit-il, que la substance du pain demeure toujours, ne répugne ni à la raison ni à l'autorité de l'Écriture. Elle est même plus facile à comprendre et plus rationnelle, si elle pouvait s'accorder avec la détermination de l'Église. » Voici Gabriel Biel, dans ses leçons sur la Messe : « On ne trouve point dans le canon de la Bible ^ de quelle manii^re le corps du Christ est là... Cela a été prouvé par l'autorité de l'Église et des saints, car cela ne peut se prouver par des raisons... Mais pourquoi l'Église et les saints ont-ils choisi de déterminer un sens si difficile, puisque les Écritures peuvent être exposées, sur cet article, d'une manière beaucoup plus facile à entendre?... L'Église l'a ainsi déterminé. » Voici encore, peu avant le concile de Trente, deux grands docteurs du même avis. L'un, c'est le cardinal Cajetan * : « Ce que l'Évangile n'a point expliqué d'une manière expresse, savoir le changement du pain au corps de Christ, nous l'avons reçu de l'Église. » L'autre, c'est l'évéque Fischer ^ : <( Il n'y a pas ici (dans le récit de l'institution de la Cène) un seul mot par lequel on puisse prouver la vraie présence du corps et du sang de Christ... On ne peut

A Commentaire sur )c 1. IV des Sentences.

2 Commentaire sur lel. IV des Sentences.

> Non invenitur in canone Biblia^.

* Question LXXV.

& Contre /a Captiv. de B€ibyU ch. x.

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