LIVRE TROISIÈME S
donc prouver eela par aucune Écriture. » Et quoique h concile ait affecté, au contraire, de s'appuyer sur TÉcriture seule, quoiqu'il ait déciaré clair, évident, incontestable, le sens donné par lui mx mots ceei est num corps, — voici le cardinal Bellarmin qui, quarante ans après, en revient à peu près à la même thèse : Pour lui, dit-il S il croit, comme le concile, que la trans-* substantiation peut être prouvée par TÉcriture ; mais on peut cependant douter qu'il en soit ainsi, puisque des hommes très savants et très ingénieux ont été d'un avis contraire.
Que demander de plus que ces aveux ? Que trouver de plus positif à l'appui de ce que nous avons dit, au point de vue scripturaire, contre la transsubstantiation? Dites, si vous voulez, que ces auteurs ont eu tort de ne pas la voir clairement dans l'Écriture : mais s'ils ont pu, quoique bons catholiques, avouer qu'ils ne l'y voyaient pas, cela seul prouvera UHijours qu'elle est bien loin d'y être clairement ; et nous demanderons alors s'il est admissible qu'un dogme qui allait être au culte ce que l'existence de Dieu est à la foi, c'est-à-dire le centre et le fondement de tout, n'eût pas été nettement énoncé, nettement rappelé, en un seul endroit des Saints- Livres.
Maintenant donc, tout ce que nous venons d'en dire, nous le répéterions, si nous voulions, d^ tou^ 1^
« De i'Ettch, l m, ch. 25.
dogmes et de toutes les pratiques dont elle est devenue la source.
Nous demanderions d'abord, — non pas si la Messe est dans l'Écriture, car ce serait, après toutes nos objections, presque une plaisanterie, — mais si la Gène y joue un rôle qu'on puisse, en aucune façon, comparer au rôle actuel de la Messe.
La Messe est devenue, dans l'Église catholique, le résumé, le centre, et, pour l'immense majorité des fidèles, le tout du culte, le tout de la religion, fou peu s'en faut. De même que le Christ est réputé incarné dans l'hostie, le christianisme est, en quelque sorte, incarné dans la Messe ; si l'Église ne l'a pas dit nettement, il n'en est pas moins vrai que tout, chez elle, concourt à établir cette manière de voir. La Messe, toujours et partout la Messe ; la Messe à tout propos, la Messe dans tous les buts. De Rome au dernier hameau, pas un temple où l'ensemble et où les détails de l'édifice, où tout, enfin, n'annonce la Messe, ne soit fait pour la Messe.
Aussi la Messe est-elle la première chose qu'un catholique, s'il commence à ouvrir les yeux, s'étonne de ne pas trouver dans les récits apostoliques du Nouveau- Testament. Il l'y verrait à chaque page qu'il n'en serait pas surpris, après le rôle qu'il lui voit jouer dans l'Église ; mais ne l'y voir nulle part, c'est un vide qui le confond. En vain essaiera-t-on, après cela, de la lui montrer en germe dans le récit de la Cène, dans quelques passages isolés ; s'il est encore trop peu instruit pour répliquer par l'histoire et par la théologie, il le sera toujours assez pour se dire que ce qui occupe tant de place dans le catholicisme ne devrait pas en occuper