‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 131 sur 151 · LIVRE TROISIÈME 3Ô · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME 3Ô

si peu dans le tableau des premiers temps de FÉglise.

Certes, un prêtre qui croit à la présence réelle peut se vanter de posséder le plus grand et le plus miraculeux des pouvoirs dont une créature, homme ou ange, ait jamais été revêtue. « Nous confessons que le prêtre est plus grand que Marie même, la mère de Dieu. Celleci n'a donné naissance au Christ qu'une seule fois ; mais le prêtre le crée quand il veut, et aussi souvent qu'il le veut. » Voilà ce qu'on lit dans une formule d'abjuration imposée, au commencement du siècle passé, à des paysans hongrois. Quoiqu'on ait contesté l'authenticité de cette pièce, les lignes ci-dessus, tout extraordinaires qu'elles sont pour des catholiques raisonnables, n'en sont pas moins, avec la présence réelle, rigoureusement vraies. Ce que Marie, bénie entre toutes les femmes; a regardé comme la plus glorieuse et la plus sainte des faveurs^ il y a par le monde trois ou quatre cent mille privilégiés pour qui c'est une affaire journalière et toute simple. Et quand on songe que le plus impur et le plus criminel des hommes peut, en quelques secondes, avec quelques mots dits à la hâte, opérer quand il veut ce prodige des prodiges, — la tête vous tourne, en vérité, en face d'un pareil abîme d'inconséquence et d'orgueil Tout ce que TÉgypte ou l'Inde ont imaginé de plus fabuleux pour élever leurs prêtres audessus de l'humanité, Rome l'a dépassé en enseignant la transsubstantiation. Si le nombre des prêtres et la fréquence des messes n'atténuait la valeur du miracle, et si, par exemple, un seul prêtre au monde était réputé l'opérer, ce prêtre serait presque un Dieu.

N'oublions pas, d'ailleurs, que ce piôuvoir miracu-^

leux, s'il existe, est nécessairement îlliinité. Tout le vin que contiendra une cave, tout le pain qui se trouverj^ chez un boulanger, le prêtre peut, d'un mot, en faire le corps et le sang de Jésus-Christ. « Il peut, dit le car^ dinal Tolet^ consacrer plusieurs corbeilles de pain et un tonneau de vin. » Llorente rapporte qu'un prêtre s'amusa un jour à consacrer, en passant, tout le pain exposé en vente dans un marché. Le prêtre fut puni, mais le pain n'en fut pas moins regardé comme transsubstantié. Personne n'osait y toucher. Des prêtres vinrent le prendre, et, pour s'en débarrasser, on le brûla. — Quand une doctrine mène droit à d'aussi énormes folies, c'est lui faire bien de l'honneur que de la combattre encore par des raisons.

Un prêtre qui croit à la présence réelle, disions-nous. Avons-nous voulu donner à entendre que tous n'y croient pas? — Quand Luther, fervent catholique alors, fit son voyage en Italie, rien ne le navra plus profondément que de voir des prêtres rire en secret de ce qu'ils faisaient en public. « Pain tu es, pain tu resteras 2, » disaient-ils, dans la messe, au lieu des paroles sacramentelles. Y a-t-il encore de ces prêtres? Nous l'ignorons, et nous n'avons pas à le chercher. Nous ne saurions même approuver qu'on dise, comme on l'a fait quelque» fois, qu'un prêtre ne peut pas croire à la Messe ; disons seulement, et nous resterons dans le vrai, que cela doit lui être plus difficile qu'à personne. Cette hostie que le peuple aperçoit de loin et toujours à travers un certain prestige, il la voit de près, lui, il la touche, il la rompt,

1 Consecrare, potest multos cophinos panis et viai dolium. -^ De instructione sacerdotum, > Panis 68, et panis remenabis.

Page 1