LIVRE TROISIÈME
devient l'autorité du prêtre ? Il ne m'a réellement pas absous ; il ne m'a ni délié ni lié. C'est une simple promesse que, si je remplis les conditions nécessaires, Dieu m'absoudra. Le premier venu ne pourrait-il pas m'en dire autant? Ne puis-je pas en dire autant, moimôme, à tout pécheur qui me consultera sur l'état de son âme?
Dans ce dernier cas, par conséquent, le prêtre n'est qu'un conseiller. Il vous aide à sonder votre âme; il vous donne des directions , qui peuvent être excellentes, sur les moyens d'être absous ; mais il ne vous absout pas. Force est donc, si l'on tient à lui laisser quelque chose, d'en revenir à l'autre alternative, c'està-dire de lui laisser trop, beaucoup trop, énormément trop ; force est d'admettre qu'une fois absous au confessionnal, le plus scélérat des hommes est aussi absous devant Dieu.
Et cet incroyable système, que personne au monde, ce semble, n'oserait soutenir dans sa nudité, — c'est pourtant le seul où puisse conduire, en pratique, à moins qu'on ne s'arrête en chemin, l'usage de la Confession. Lisez le décret du concile : y est-il indiqué que l'absolution prononcée par le prêtre puisse ne pas être ratifiée dans le ciel ? Nullement. Le dire, de quelque manière qu'on s'y prît, c'eût été renverser tout l'échafaudage. Le pénitent est prévenu, il est vrai, qu'il ne doit taire aucun péché, et qu'il est tenu d'accomplir la pénitence imposée; mais c'est précisément là ce qui l'autorise à croire qu'après une confession sincère et l'accomplissement exact de la pénitence , l'absolution est nécessairement valide. Emparez-vous maintenant de cette idée ; analysez-la, et voyez où vous arrivez.
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On demandait un jour à une femme pieuseï qui venait de se confesser, quelle peine le prêtre lui avait imposée.
— Cinq Pater et cinq Ave Maria, répondit-elle. — Et si vous ne les disiez pas? — Mes péchés ne seraient pas pardonnes. — Et si vous les disiez mal, sans atten* tion, avec ennui et dégoût? — Ils ne seraient pas pardonnés non plus. — Vous n'avez donc pas reçu l'absolution ? — Certainement... mais il faut que je la gagne.
— Le prêtre ne vous a donc réellement rien donné? — Il m'a donné l'absolution. — Mais non, puisque vou» avez encore vos péchés, et que vous les aurez jusqu'à ce que la pénitence soit accomplie, et que vous tes gwderez si vous ne l'accomplissez pas bien. Encore un coup, que vous a donné le prêtre ? Ou une absolution définitive , que vous sentez bien n'avoir pas reçue ; ou une simple promesse d'absolution, que tout autre homme aurait pu vous donner. — Et la pauvre femme était confondue de ne voir aucun milieu entre cet abaissement du prêtre au niveau des' simples fidèles, et ce pouvoir exorbitant dont sa conscience lui défendait de le croire investi. Jusque-là, cependant, c'était entre ces deux extrêmes qu'elle avait trouvé ou cru trouver son repos ; c'est aussi dans ce milieu nuageux que la plupart des catholiques trouvent ou croient trouva le leur. L'absolution n'est, à leurs yeux, ni un pardon suprême, ni une simple promesse; mais aussi, ceux que l'on amène à comprendre qu'elle doit nécessairement être l'un ou l'autre, ceux-là ne peuvent plus que rejeter la Confession.
Mais il y en a malheureusement beaucoup qui n'y regardent pas même d'assez près pour s'arrêter en chemin, pour rester dans ce milieu faux oii il y a place