LIVRE PREMIER
gez un OU deux mois , et vous avez là une des idées contre lesquelles le catholicisme actuel s'indigne le plus*, celle de la perfectibilité dans les croyances. Venue de Dieu, la révélation, en soi, est parfaite; livrée à l'homme , elle est nécessairement perfectible , en ce sens que des études et des méditations postérieures peuvent toujours modifier la manière dont elle sera entendue , soit dans ses détails, soit dans son ensemble. Cette mobilité tant reprochée au protestantisme, — Augustin l'accepté comme une des nécessités de l'esprit humain ; et tandis que nous voyons quelquefois des protestants même s'en plaindre, se jeter, de dépit, ou dans l'incrédulité, ou dans le catholicisme , — Tévéque du cinquième siècle en parle sans un mot de regret. En vain chercherez-vous, par d'autres passages du même Père, à limiter l'inquiétante largeur de celui-là. Jamais vous ne le rétrécirez assez pour qu'Augustin ait pu être catholique en l'écrivant. Il paraît admettre , il est vrai, qu'en traversant cette série d'épreuves 2, la vérité sera de plus en plus complète et pure, tandis que, selon nous, elle l'a souvent été de moins en moins ; mais peu importe : si c'est ainsi qu'il croyait à l'infaillibilité de l'Église , il n'y croyait pas , et il était tout aussi loin que nous d'admettre, comme Bossuet, que le dogme romain ait eu d'abord sa perfection.
posterioribus emendari, cum aliquo experimenlo rerum aperitur quod ciausum erat, et cognoscUur quod latebat ? » Ibid.
^ Voir Lamennais, préface du deuxième volume de VEssai sur f indifférence.
2 Remarquez, soit dit en passant, Tabsence du pape. Si Augustin lui avait accordé, nous ne dirons pas l'infaillibilité, mais même une simple suprématie doctrinale, comment comprendre qu'il i n'en eût rien dit là?
Chose étonnante I Au moment d'ouvrir ce concile à la suite duquel devait prévaloir Tidée d'une infaillibilité immuable, c'était plutôt dans le sens d'Augustin que les légats avaient rédigé leur exhortation *. Cette pièce, k part quelques formes , respirait un christianisme élevé, trop élevé, comme nous le montrerions sans peine, pour rester rigoureusement catholique. Après un effrayant tableau de la corruption du clergé, premier auteur, selon eux, de tou^ les maux de TÉglise, les légats déclaraient que la première chose à faire , c'était de se repentir et de s'humilier. « Sans ce profond sentiment de nos fautes, ajoutaient-ils, c'est en vain que nous entrons au concile , en vain que nous avons invoqué le Saint-Esprit. Nous ne pouvons le recevoir. » — Rien de plus sage; mais à quoi donc pensaient-ils? Si l'assistance du Saint-Esprit, si l'infaillibilité dépend en quoi que ce soit des dispositions religieuses et morales de ceux qui vont être les organes de l'Église , à quel concile, à quel pape se fier? Un pape notoirement immoral, — on sera en droit de lui refuser toute autcarité dogmatique. Un concile, — comment les fidèles s'y prendront-ils pour savoir si une assemblée de deux ou trois cents évoques a présenté, en somme, assez de bonnes
^ L'exhortation, selon Pallavicini, ne fût pas lue dans cette séance. Nos observations ne portant que aur le fond, la date im* . porte peu.