LIVRE PREMIER
dispositions individuelles, pour que Dieu, qui seul voit les cœurs, ait dirigé lui-même les décisions de la rnsgo* rite?
Personne n'en fit la remarque» L'exhortation fut ex- .trêmement louée, et elle le méritait. Nous aurons çà et là plus d'un exemple de ces retours passagers au bon "sens et à l'Évangile. Retours involontaires, illogiques..» Que voulez-vous? Quand on part de principes faux, ce n'est qu'en raisonnant mal qu'oq a quelque chance d'être raisonned)le.
L'évêque de Bitonte, dans son sermon, avait raisonné beaucoup mieux, beaucoup plus logiquement, du moins. <( Le moment est venu, avait-il dit ; il faut que Dieu parle, et il parlera» » Puis , comme les légats, il avait exhorté tous les évêques à se repentir, à s'humilier. (( Mais, avait-il ajouté, quand vous resteriez dans Tim^ pénitence , n'allez pas vous imaginer qu'il dépendît de vous de fermer par là la bouche à Dieu. Bon gré, mal gré , le Saint-Esprit saura bien ouvrir la vôtre et s'en servir. » En d'autres termes : Si vos cœurs sont purs, tant mieux ; s'ils ne le sont pas, la voix du concile n'en sera pas moins la voix de Dieu. — C'était absurde. Disons mieux : c'était impie. Était-ce anti- catholique? Au contraire. Écoutez Pallavicini: « Si on ne peut attendre l'illumination du Saint-Esprit que dans un concile d'hommes sanctifiés intérieurement, cette sainteté étant invisible et incertaine, leur autorité et leurs décisions demeurent pareillement incertaines *. » Le sermon de Cornelio Musso n'était donc, après tout, que l'expression franche du système en vertu duquel on allait fixer
* L. V, ch. xviii.
et commander la foi. — On en fut pourtant généralement choqué.
On ne le fut pas moins des idées ultramontaines que l'auteur y avait semées, avec accompagnement de concetti et de bizarreries de tout genre. A Rome même, on lui sut assez mauvais gré de cette lourde et intempestive franchise. Dans une apostrophe aux montagnes des environs de Trente, il invitait les rochers, les bois, les torrents, à faire entendre à l'univers que tout devait se soumettre au concile; faute de quoi, ajoutait-il, a on pourra dire avec raison que la lumière du pape est venue dans le monde * , et que le monde a préféré les ténèbres à la lumière. » C'était avouer nettement, et, de plus, ridiculement, qu'on entendait n'avoir à Trente qu'une commission consultative, un astre opaque éclairé des rayons de Rome. Pallavicini ne voit pas, dit-il, pourquoi l'on s'est tant indigné de cette expression , lumen papcB. Ne sait-on pas que papa, en latin, est tout simplement une exclamation signifiant hélas ? Quoi de plus naturel, dès-lors, que d'avoir dit : « La lumière, hélas!... est venue dans le monde, et le monde..., etc.? — Que nos lecteurs prononcent sur la justesse de cet éclaircissement. Dussent-ils l'accepter, il n'en restera pas moins, et Pallavicini l'avoue , un détestable jeu de mots. Il y en avait bien d'autres. (( Ouvrir les portes du concile, c'est ouvrir les portes du ciel, d'où doit descendre l'eau vive qui remplira la terre de la science du Seigneur. » Jésus-Christ y assistera. Comment refuserait-il cette faveur h saint Vigile, le vigilant patron de cette ville bénie? Ailleurs, grand éloge du pape, de
* Lumen papie vcnit in mundum, ^ ; . ..