LIVRE PREMIER
Tempereur, du roi de France, de plusieurs autres souverains, des légats aussi ; mais quant à ces derniers, ce sont leurs noms et leurs prénoms qui en fourniront la matière. Voilà le cardinal del Mante ^ « portant son cœur et ses yeux vers la montagne qui est Christ ; » voilà son collègue de Sainte-Croix, « Polit ien *, et depuis longtemps appliqué à la réforme de la politique chez les chrétiens ; » voilà le vertueux Polus, « Anglais de naissance, mais qu'il faudrait appeler Angélus plutôt que Anglus, » Enfin, puisque le concile est ouvert, que tous ceux qui en ont le droit se hâtent de s'y rendre, comme dans le cheval de Troie. Ce dernier trait d'éloquence avait sans doute un sens profond qui nous échappe, et que nous ne prendrons pas, comme Pallavicini, la peine de chercher. Seulement, à la lecture de ce singulier fatras, nous nous disions qu'un homme de goût doit avoir de grands efforts à faire pour agréer au nombre des arbitres suprêmes de sa foi celui qui lut capable de penser, d'écrire ainsi, et qui exerça cepen- ^ dant sur ses collègues une très-grande influence 2. En vain nous dirait-on : a C'était le goût, c'était l'éloquence du temps. Luther a fait pis quelquefois. » — Pas en chaire, pourrions-nous faire observer. Et quand cela serait, qu'importe ? Entre les jeux de mots de Luther, faillible, et ceux qu'il nous faudra entendre dans une assemblée infaillible, il ne saurait y avoir parité. Lu-
* Politianus^ né à Polizio, en Sicile.
2 a C'était lui qui, sur ce théâtre de la chrétienté, avait comme levé la toile en prononçant le discours d'ouverture, et depuis, toujours employé dans les délibérations les plus graves, il n'était pas un membre ordinaire : c'était le bras droit de ce corps. » Pallav. 1. VIII.
7a HISTOIRE DB CONCILB DE TRENTE
ther, par lui-même, n'est rieiï. Quand voua acceptet ses croyances, c'est que, examen fait, vous les trouvez acceptables. S'il y en a de grossièrement assaisonnée», tant pis ; mais cela ne prouve ni pour ni contre. Avec l'infaillibilité, tout devient grave. Celui qui vous dit : Crois ! — la plus petite aberration d'esprit, sur quelque objet que ce soit, est un argument contre le pouvoir qu'il s'arroge* Celui qui prétend bâtir pour l'éternité, — toute imperfection dans les matériaux compromet plus ou moins soti ceuvre.
L'ajournement au 7 janvier avait déplu à la plupart des évêques. Après une si longue attente, ils trouvaient singulier qu'on n'eût pas même songé à faire un plan, à préparer des questions. On leur proposait, h la vérité, de commencer par un décret sur la conduite privée des membres du concile. Ils trouvaient l'idée bonne; mais ils trouvaient aussi que c'était bien peu pour un mois, d'autant plus qu'ils ne voyaient pas k quoi l'on se mettrait ensuite. Le décret fut cependant fait avec entrain. Il est rempli d'excellentes prescriptions, d'excellents conseils; et nous pouvons dès à préient ajouter que, dans ce qui tenait aux mœurs, il fut religieusement observé. La Réformation commençait h porter ses fruits. Les scandaleuse* débauches du concile de Constance n'étaient déjà plus ni permises, ni possibles ; Une faible partie de ce qu'on avait toléré alors eût suffi pour déconsidérer, pour dissoudre l'assemblée.
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Les prélats n'eurent donc aucune peine à s'entendre sur la teneur du décret ç mais il s'agissait de le publier, et là eommençait l'embarras. Celui de la première ses» «ion avait été rédigé sous fiorme de procès-verbal : a V0U4 platt-il de déelarer ouvert... le saint coacile général de Trente 1mm X quoi les prélats ont répondu : Oui *. »> On avait ainsi évité toute explication sur 1^ nature et les droitu de l'assemblée , en particulier sur sa position à l'égard du pape. Il fallait maintenant un décret en forme, an préambule. Au nom de qui parler? Au nom de qui publier le décret? Au nom du concile seul , au nom du pape, au nom du pape et du concile, ou du concile et du pape, car Tordre même, en cas qu'on mit les deux, était une grave affaire? Quelque forme qu'oq . adoptÂt, c^était toujours trancher, dans un sens ou dans un au^e, une question qu'on sentait ne pouvoir être tranchée sans tuer le concile. La supériorité de cette assemblée sur le pape, — Paul avait dit qu'il mourrait plutôt que de la laisser proclamer. La supériorité du pape, — on savait qu'en la décrétant on s'attirait d'Allemagne et de France les plus dangereuses protestations. Trois wèçte» o«t P4s^, et h q\mtm est encore indécise. Q^ que vons p^|^v^? Ur^ ^n tête d? toutes les constitutions politiques, même les plus incomplètes, «avoir, d'où émane V autorité, -r- voiJà une église infaillible qui n'a jamais pu réussir & le mettre en tète de la sienne. Elle qui ^ si hardiment tranché tant de points mystérieux, inutiles, elle au nom $le qui l^nt dô gens ont été brûlés pour avoir voulu rester libres dans des ju}3ères, — - la voilà laissant les opinions libres, sur (juoi?
* Placetnevobis?... Responderunt : Placet.
Sur la question où il eût été le plus naturel, le plus nécessaire, qu'elle prononçât nettement *. On serait curieux de savoir ce que répondrait un docteur romain à un bon paysan de son Église, qui, ayant par hasard appris ces détails, viendrait naïvement lui dire : « Au lieu de tant chercher comment tourner son décret, pourquoi ne commençait-il pas par décider une bonne fois la question, ce concile à qui on venait de dire que Dieu parlerait par sa bouche ? » Ah ! pauvre paysan, c'est que dire et croire sont deux. Se dir^ infaillible, s'en donner l'air, c'est facile , tant qu'il ne s'agit que de condamner et qu'on est sûr d'être d'accord ; mais se croire infaillible, agir sérieusement comme tel, quand on sent qu'on ne peut parler sans soulever, au sein même de son Église, des luttes qui la dissoudraient, — c'est autre chose, et les plus hardis reculent. — Mais nous aurons aussi à revenir là-dessus.
xxvn
Le papey avsdt songé. Une commission de cardinaux, récemment créée par lui pour diriger, de Rome, les opé-
< « Que faut-il penser de cette fameuse session où le ConcUium de Constance se déclare supérieur au pape? La réponse est aisée : l'assemblée déraisonna... De beaux génies des siècles suivants n*ont pas mieux raisonné. » De Maistre. Du pape.
Ces beaux génies qui ont déraisonné^ c'est Bossuet, Amauld, Pascal...
« Et si certaines gens persistent, poursuit l'auteur, nous, aa lieu de rire seulement de cette session, nous rirons de cette session et de ceux qui refusent d'en rire, »
Unité! unité!...