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LIVRE DEUXIÈME

sur celle matière n'ont jamais été, à beaucoup près, jusque-là.

La discussion fut vive, et même, à quelques égards, assez savante, mais non du côté des évéques. Pallavicîni, précisément en cet endroit, s'efforce d'en faire des hommes d'une haute capacité théologique. 11 cite, comme particulièrement habiles, les trois légats, deux autres cardinaux, et les chefs d'ordres * ; le reste, il est réduit à dire, sans citer aucun nom, que c'était l'élite des évéques. Pourquoi Télite? Il n'y avait eu aucun choix; la plupart étaient et sont restés inconnus dans le monde théologique. Leurs hésitRtions, leur embarras dans une foule de cas, leur perpétuel recours aux théologiens de profession, toutes choses que Pallavicini ne cherche pas à nier, réfutent suffisamment son assertion.

Ce serait donc ici le lieu de signaler l'intervention de cette autre classe de membres, les théologiens, appelés au concile pour éclairer les questions, mais sans voter, ce privilège étant exclusivement réservé aux évéques, aux abbés mitres et aux chefs d'ordres. Dès les pre-* mières sessions, il y en avait déjà une trentaine ; leur nombre fut toujours à peu près égal à celui des mem* bres votants. Si nous n'étions las de rentrer encore dans la question de Finfaillibilité, au point de vue des formes, — nous serions tentés de nous demander si leur présence était dans l'esprit du système en vertu duquel le corps des évéques est seul infaillible; dans l'esprit, disons-nous, car, quant à la lettre, on nous répondrait qu'ils ne votaient pas. Un très*grand nombre de ques*

4 n y en avait alors huit au coDcile, dont cinq d'ordres Dieu* diants. Quand noua désignons lea membrea soua le nom général

d'évôqucs, les chefs d'ordres y sont compris.

lions leur furent, en fait, abandonnées ; beaucoup de votations eurent lieu sur la foi de leurs assertions. Les évêques faisaient sans doute très-bien de recueillir le plus de lumières possibles ; mais on ne comprend guère un tribunal qui reste incapable d'errer, tout en prononçant d'après des experts qui ne le sont pas.

Pourtant, dans la question des livres canoniques, le contraire allait arriver : la décision vint des évêques. Voyons si ce fut à l'honneur de la vérité et du concile.

Les théologiens étaient unanimes à reconnaître l'infériorité des livres que les protestants regardaient et regardent encore comme apocryphes *. Pouvaient-ils hésiter? Josèphe, Eusèbe, Origène, Athanase, Epiphane, Cyrille, Grégoire de Nazianze, Hilaire de Poitiers, Augustin 2, Jérôme surtout, celui de tous les Pères qui a le plus travaillé sur la Bible, nous en parlent comme d'un fait généralement reconnu ; et si, d'après ce qu'ils en disent, il peut encore y avoir discussion sur ce qu'ils ont pensé de tel ou tel de ces livres, il n'en est pas moins hors de doute qu'ils ont tous cru h l'inauthenticité de quelques-uns et à l'infériorité de tous.

* Tobie, Judith, Macchabées, etc.

2 Ce fut lui qui, aux conciles d'Hippono et de Carthage, fit recevoir ces livres dans le canon do la Bible, mais avec cette clause qu*on prendrait préalablement l'avis d'autres Églises. De plus, on ne les mettait pas sur le même rang que les canoniques; on décidait seulement qu'ils pourraient être lus et cités.

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Voilà donc où on en était; mais l'unanimité n'allait pas jusqu'à s'entendre sur le rang à leur assigner dans la Bible. Les uns voulaient qu'on se bornât à constater l'infériorité sans en préciser le degré ; les autres, qu'on les divisât en deux classes, dont l'une servirait d'intermédiaire entre les canoniques universellement admis et les apocryphes généralement réputés douteux. Un troisième parti demandait que l'on dressât simplement, sans explication, la liste de tous les livres ; un quatrième, enfin; une faible minorité parmi les théologiens, sans nier que les apocryphes eussent été jusque-là dans un rang plus ou moins inférieur, proposait d'en finir en les déclarant canoniques.

Le croirait-on? — Ce dernier avis l'emporta. C'était fouler aux pieds le témoignage de vingt Pères ; c'était nier le fait, surabondamment démontré, que les anciens Juifs n'ont pas cru à la canonicité de ces livres ; c'était braver l'opinion générale des catholiques, aussi bien que les récriminations des protestants; c'était passer pardessus les scrupules des théologiens mêmes du concile... N'importe ! N'était-on pas tout-puissants ? Et s'il avait plu aux évêques de mettre dans la Bible le Phédon de Platon ou la Logique d'Arislote, qu'est-ce qu'un catholique aurait à dire? — Ah! quand nous voyons ce qu'il en a coûté de sueurs et de sophismes, depuis trois siècles, pour soutenir cet insoutenable décret % il est bien

* Gc fut le sujet des dernières lettres échangées entre Leibnitz et Bossuet. Leur longue discussion s'était peu à peu concentrée sur le concile de Trente, et Leibnitz avait choisi ce décret, sinon comme le plus faux, du moins comme le plus clairement faux. Cent vingt-quatre arguments, ni plus ni moins, lui paraissaient en prouver la fiiusseté; et quand le concile, disait-il, n'aurait pas innové en décrétant la canonicité de ces livres, où trouver jus-

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permis de penser que les champions de Rome ont plus d'une fois maudit, dans leur cœur, le jour où Ton donna un si Imprudent démenti à un des faits les plus constants de toute Thistoire de l'Église. Mais ce qu'il y a de plus triste encore que Taveuglement de ces gens qui s'imaginaient pouvoir changer le passé comme ils enchaînaient Favenir, c'est l'impudent acharnement avec lequel on ose encore aujourd'hui répéter et publier que les protestants tronquent la Bible, et cela, pourquoi? Parce qu'ils se permettent de l'imprimer sans ces livres que Borne elle-même, jusqu'au concile de Trente, n'avait jamais déclarés canoniques.

Il en a donc été de ce décret comme du décret sur la Tradition. A peine ftiit, on s'y est appuyé comme s'il avait eu mille ans, comme si ses racines descendaient Jusqu'aux premiers Jours de l'Église. « De même, avait dit saint Jérôme S que l'Église lit les livres de Judith, de Tobie et des Macchabées, sans toutefois les recevoir au nombre des Écritures canoniques ^ ceux de la Sapience et de l'Ecclésiastique peuvent aussi être lus pour l'édification du peuple, mais non pour prouver ni autoriser aucun article de foi. » Eh bien, il y a des Bibles latines où le décret de 1546 est imprimé en tête du livre, et la dissertation de saint Jérôme un peu plus loin. A quelques pages de distance, vous apprenez de saint Jérôme qu'il y a des apocryphes, et, de par le concile, qu'il n'y en a point. (( Je croyais que le cœur était à gauche, » dit un

que^là aucune trace de Tanathëme par lequel il avait osé sanctionner cette insoutenable décision? — Sur ce dernier article, Bossuet ne répondit pas ; sur les autres, qu*on voie ce quMl a répondu, et qu*on essaie d'en tirer une seule raison valable* * Préface sur les livres de Salomon.

personnage de comédie^ étonné de l'entendre mettra du côté droit. « Oui, jadis, répond le médecin ; mais nous avons changé tout cela. » Nous avons honte, en vérité, qu'une réminiscence de Molière nous vienne à propos de la Bible ; mais h qui la faute ? Il serait tout aussi facile de changer la place du cœur que d'empêcher saint Jérôme, ses devanciers, ses successeurs, toute l'Église, enfin, pendant des siècles, d'avoir laissé dans un rang inférieur ces livres que le concile de Trente a mis le premier au ran^ des autres.

{testait i décider #n quelle langue les livres de la Bible, désormais tous égaux en autorité, seraient repu* tés inspirés et infaillibles. Encore un point où la déci*^ sion du concile allait être en opposition avec les données les plus claires de la science, de l'histoire et du bon sens.

Au fond, ce n'était pas même une chose qu'o» pût raisonnablement mettre en question. -^Inspiré ou nou, un homme écrit. Est-ce en hébreu? C'est donc dans l'hé-^ breu , dans l'hébreu seul , que vous êtes sûr d'avoir sa pensée, toute sa pensée, rien que sa pensée. Est-ce en grec? C'est dans le grec. Après cela, que vous vous servies d'une traduction , rien de plus naturel si vous n'entendez pas ces langues ; si vous les entendez, comment vous empéchera-t^^on d'aller au texte original 7 Le seul moyen serait de vous prouver que la traduction est d'une exactitude parfaite, absolue, Mais, s'il s'agit d'un

livre inspiré, ce n'est qu'en égalant le traducteur à l'auteur, en le déclarant inspiré aussi, qu'on peut égaler la traduction h Toriginal.

Or, le principal auteur de la Vulgate*, saint Jérôme, n'a jamais dit un mot d'où l'on puisse conjecturer qu'il se crût aidé, dans sa traduction , par quelque secours supérieur. L'eût-il affirmé, nous en appellerions aux fautes nombreuses qui, comme nous le verrons bientôt, ont été corrigées dans ce travail , si imparfait encore. Ce travail est-il au moins tout de lui ? Non. Plusieurs parties sont d'une version plus ancienne 2, faite on ne sait par qui, et qu'il était loin de trouver bonne, car ce fut pour la remplacer qu'il entreprit la sienne. Malgré la supériorité de celle-ci : a Ceux qui parlent la langue latine, dit Augustin, ont besoin, pour l'intelligence des Écritures, de connaître deux autres langues , l'hébreu et le grec, afin d'avoir recours aux exemplaires anciens, quand la variété des interprètes latins produit quelque doute 5. » Ainsi, malgré son estime pour, saint Jérôme, il le confond parmi « les interprètes latins, » dont la variété , dit-il, produit des doutes qu'on ne pourra lever qu'en allant aux originaux. Un siècle et demi après lui, deux versions seulement sont en usage, celle de Jérôme, qui a pris le nom de Nouvelle^ et V Italique ou Ancienne. Grégoire le Grand , dans son commentaire sur Job, dit qu'il préfère la nouvelle comme plus conforme à l'hébreu, mais qu'il cite indifféremment l'une ou l'autre; c'est, ajoute-t-il, l'usage des papes et de leurs docteurs.

* Editio mlgata^ édition généralement répandue. De là le nom de VuUjate^ donné à la Bible latine en usage dans TËglise romaine, s Italica velus, 5 Doctrine chrétienne^ 1. !!♦

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