LIVRE DEUXIÈME
positivement sa conduite partout où il règne, — le pourrait-il? Dépendrait-il de lui de renier les lois où il a prêché le contraire, et cela, non pas temporairement, mais en vertu de principes qu'il déclarait immuables, éternels? En fait de promesses, qui croirons-nous? La Gazette de France y ou le concile de Trente? Un abbé quelconque, prêchant une liberté sans bornes, ou le pape Grégoire XVI appelant la liberté de conscience «( une maxime absurde, un délire *, » et la liberté de la presse « une liberté monstrueuse, qu'on ne saurait assez détester, assez exsécrer^? «Oublierons-nous qu'en 180/», un des premiers motifs du refus que faisait le pape de venir sacrer Napoléon, c'était que le serment du sacre mentionnait la liberté des cultes? Oublierons-nous qu'en 1832, le fameux cardinal Pacca, premier ministre du pape, écrivait : « Si, dans certaines circonstances, la' prudence exige de les tolérer (la liberté des cultes et la liberté de la presse), comme on tolère un moindre mal, de telles doctrines ne sauraient jamais être présentées par un catholique comme un bien, oa comme une chose désirable? )) Voilà qui est franc, au moins; et ce qui ne l'est guère, par conséquent, c'est qu'en présence de déclarations semblables il se fasse encore des livres, des prédications, des journaux, où le nom du catholicisme se mêle aux plus larges idées de tolérance et d'émancipation.
Déflons-nous de ce prétendu catholicisme, qui n'est ni celui des conciles ni celui des papes, et qui ne pourrait régner deux jours sans redevenir forcément ce que
* Lettre encyclique de 1832.
' Libertas iila leterrima, ac nunquam satis exsecranda ac dete$^ tiOfilis.
le catholicisme a toujours été, ce qu'il est partout où il le peut, ce qu^l déclare, quand i\ l'ose, vouloir être J^ toujours. Mais comment seraient-ils si scrupuleux daps leurs promesses, ces hompies qui le sont ^ peu même, en parlant du passé? Il n'y a pas longteipp.s qu'U a ét^ dit à Paris, en chaire, à Npjre-Dame, devant des mil: iiers d'auditeurs, que l'Église romaine n'a jamais eii recours à la violence, ni pour s'étendre ni pour sp pq^server. Il n'y a pas longteirips qu'un concile provincial, celui de Tours, a osé 4op,R^ï* ^ 9^^^^ assertion la fonn^ d'un décret, enjoignant aux profpssejirs d'hi§toire de Ifi développer dans leurs leçons. Il n'y a pas longtemps qu'une brochure catholique, publiée à Genève, contenait ces mots : « L'inquisition ne força jamais personne à embrasser le call^QlicisI»e... L'inquis^tlop n'a jamais puni que les révolutionnaires en armes... Jamais elle ne pénétra dans le for ^e la conscience pour dire aux gens : Oue croyez-vous? » —Réfuter sérieusement de pareille^ assertions, ce serait presque aussi élrapge que de les avoir écrites; mais ce^ ^^-ave^ti^sempnts 4^ passé sopt ce qui peut le mieux doQner aux ffloii^s défiants, pouj peu qu'ils ne soient pa^ incurablement aveugles, la mesure de ce que valent les engagements pris pour l'avenir, p y a çl'aille^s une autre ^bèse qui, pour dénotef moins dp u^auvaise foi, n'en est ni moins fausse ai n^pins étrange. Ce qu'on reprochait le plus au catholicisme, ce que tous les bomin^s de bonpe fpi, même très catholiques par leurs croyances, avaient fini paf lui reprocher aussi, savoir son intolérance, son despotisipe, ses épouvantables persécutions d'une époque qui n'est pas loin, — voilà qu'on s'est mis à l'attribuer, non k lui, mais, au contraire, à son affaiblissement. C'est la thèse actuelle
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des catholiques soi-disant libérî^ux; p-étsi^t, en particulier, celle que Lîiipennais et ses disciples développaiep^ daps leur journçil l'Avçt^ir, quand Rpmp le^r fer^a Jft bouche. Trois ans plus tard, 4?ms ses Affaires de Rome^ Lamennais y revient encore. Profondément détaché, pon^me la suite 1'^ prouvé, «flnrseiilement de |a di5C\pline romaine, mais du catholicisme, il ne peut se résoudre à ahandonaer sqij ç^flpien sqplijsine. Si le pî^pe, dans cette fameuse Encyç^q\^e ^e ^83.2, ^ cpndf^jpn^ pfl bloc et la liberté poHUqvte. et la liberté civile, et la liberté çles çulies, et \^ WHxi^ de \^ pxesse, — Vl^^Hf »e veut voir là (c qu'vtfl t^ste dépérisseweflt de Ve^prit catholique. )) Dqnc, n'est-pe pas?-T écriviops-nous en 19^6t — si Çe^prU CQjtho{ique ^^it dî^p^ tW^^ S^ Î^TCe, si le (gjpe et sa cour n'étaient sous le joug de l'Autriche, il n'aurait rien de plus pressé que de do,oner ^ sçm peuple toutes les liberté^ qu'il çïxsécr^it efl ^832 ? —Vous ne le croyez, au fond, pa^ plus que nou^, et, sous, cette forfl[\e, vous n'oseriez l'aiEnner^ mais, coi^ime vo\^s ne poviYpz çonger à faire accepter des homines du jour ni vptre ps^pç^uté telle qu'elle est» ^t vptre catl^plicisme tel qu'il a" toujours ét^, il faut bien trouyer un mpyep d'assoc\er tout cela, tant bieft que mç^l, a\^x idées et au}^ Instincts d^ l'époque. Ainsi, parmi ces hommes que notre premier mouvement serait d'accuser de mensonge, il y en a de sincères. Attachés à la fois au passé et au présent, aux croyances de leur église et aux idées libérales de leur temps, ils ne peuvent se résigner, en dépit des actes les p^^st clairs, et des; décl?n^tions legplus formelles.» ^ croire \ uu pareil abîme entre Rome ç.\ le siècle, flsi vçjieftt dani^ l'aveoir la papauté, mieux informée, teudant U içiain k tout ce qu'il y a de raisonnable et de bo^ d^fts \es idée^
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qu'elle a abhorrées jusqu'ici; mais comme ils n'oseraient la montrer se contredisant, ce ne sera, selon eux, qu'un retour aux vrais et éternels principes du catholicisme et de l'Église. Consolante fiction... qui n'a été nulle part plus mal reçue qu'à Rome, ni plus vivement repoussée que par le pouvoir qui devait, disait-on, la réaliser.
Voilà, disons-nous, ce que nous écrivions en 18/|6. Dans une note écrite à la mort de Grégoire XVI et tandis que tout retentissait des louanges de Pie IX, nous demandions si le nouveau pape nous ferait modifier ces réflexions, et nous disions : « Qu'il le veuille, c'est possible ; qu'il le puisse, nous ne le pensons pas. » — Les événements ont montré si nous avions tort de croire peu à la possibilité d'une alliance entre le pouvoir papal et les libertés modernes. Et si Pie IX, en politique, a fait au moins quelques tentatives louables, il n'a été, en religion, que le continuateur des autres papes, le scrupuleux héritier de leur horreur pour la Bible. Son enj:;ycliquede 1849 appelle « ennemis de l'Eglise et de la société humaine » ceux qui « ne rougissent pas de la répandre. )) Les évêques doivent inviter les fidèles « à fuir avec horreur cette lecture empoisonnée. »
Nous voilà, ce semble, bien loin de Trente; mais nous n'en sommes réellement pas sortis. Ce ne serait pas faire l'histoire d'une loi, que de ne pas la suivre dan§ les effets qu'elle a eus..
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Les principes votés, il s'agissait de voir sous quelle forme on les rédigerait.
Or, il était d'usage que les décrets des conciles fussent ou ne fussent pas accompagnés d'anathèmes, selon que l'infraction était réputée hérésie ou simple désobéissance. L'anathème est comme le sceau auquel les fidèles reconnaissent qu'un article est de foi, et qu'il y aura crime à le nier ou à le mettre en doute.
Il y aurait, avant tout, plus d'une remarque à faire sur cette manière de sceller et de sanctionner tout ce qu'on prétend être de foi.
Que signifie une malédiction attachée à l'admission ou à la non-admission d'un dogme? — Quand il s'agit d'un acte, à la bonne heure. « Maudit soit qui aura frappé son père. Maudit soit qui aura sciemment fait pécher son frère. » Encore ne faudrait-il pas en abuser; ce serait bientôt peu chrétien. Mais une idée, un dogme, comme il n'est pas directement en notre pouvoir d'y croire ou de n'y pas croire, il ne peut y avoir de coupable, dans ces affaires, que la négligence qu'on aura mise à s'instruire. Or, dans l'Eglise romaine, il n'y a pas lieu à être négligent : tout ce que vous avez à croire, on vous le présente, on vous l'impose. Quand donc on vous anathématise pour ne pas croire, c'est bien sur la non-acceptation d'une idée, c'est-à-dire sur un fait indépendant de votre volonté, que tombe la malédiction. « Croyez ceci, vous dit-on. — En mon âme et conscience, répondez-vous, je ne le puis. — Eh bien, soyez maudit ! » — Voilà l'exacte traduction de tout décret de foi accompagné d'anathème. Ou c'est cela, ou ce n'est rien, rien qu'un grand mot pour épouvanter les simples.
Ce mot, Rome l'entendait et l'avait toujours fait en-
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leiidre clans le plus effrayant des seps dont il est susceptible. Anathème, chez les Grecs, signifiait originairement dépose dans un temple ^ consacré à un diçt^; plus tard, ce fui consacré aux dieux infernatix, et, par conséquent, maudit. En passant dans le christianisme, ce dernier sens sp trouva encore î^ggravé par l'idée d'un enfer bien plus terrible que celui des païens. Être anathëme, c'était être damné, et damné pour l'éternité.
Dir^-t-on qije sain^ Paul a employé cette expression? En effet : « Si quelqu'un annonce un autre Evangile, qu'il soit anathème K » Mais outre que cette formule, pncpre toute païenne, ne pouvait avoir sous ^a plume un gens bien précis, r- autre chose est de maudire, en général, celui qui f^nnpnpe un autre Évangile^ ou d'attacher cette effrayante sanction à chacun des points de détail dont on prétendra que se compose la foi. Puis, ce qu'a fait un apôtre dirigé par le Saint-Esprit , l'Église a-t-elle nécessairement le droit de |e faire? Toute objection contre sou infaillibilité,— et nous avons vu s'il y en a peu, — est une objection au droit d'anathème.
Au moment d'exercer ce droit redoutable, le concile ioTÎt* J"" '* ""^ "^^ ^^«t en pleine possession ; mais ZeT'P"""'' ^^'^" ^^«^it de faire ^ étaient de nature assez diverse pour qu'on se demandât sHl convenait
* Ép. aux Galates, i, g
? '^m^m. ^^opry^a,,^ vmg^te, U^^x^ri des Jâpritures.