‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 77 sur 151 · LIVRE DEUXIÈMC · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈMC

ientir le feu. Quant à la translation, il persistait à ne pas y consentir, et le pape, par conséquent, à ne pas avoir Tair de la vouloir. Les légats la voulaient, nous Tavons vu ; sûrs que le pape la voudrait dès qu*elle serait possible, tous leurs efforts tendaient ^ préparer le consentement de rempereur. En attendant, h Trente, ils en combattaient hautement Tidée ; ils retenaient, ils menaçaient de l'indignation du pape ceux qui parlaient de s'en aller ; mais leurs sentiments étaient trop connus pour que ce ne fût pas tous les jours à recommencer. Ceux qui revenaient h la charge savaient bien à qui ils faisaient leur cour.

De là un mélange continuel des discussions les plus hétérogènes. Un jour, on s'assemblait pour un des articles les plus abstraits du décret sur la Grâce, et la séance était & peine ouverte qu'on recommençait à peser les cliances de la guerre, l'urgence de quitter la ville, les moyens de diminuer la cherté des denrées, etc. Un autre jour, l'esprit tout plein de ces préoccupations et de ces craintes, on se remettait bravement à peser les syllabes du chef-d'œuvre d'obsctirité qu'il fallait bien terminer une fois.

Il s'agissait enfin, et toujours en même temps, d'élaborer le décret sur la résidence. Nous avons dit à quelles difficultés il touchait. — Donnons quelques explications de plus.

Dès le quë^rième ou cinquième siècle, et peut-être même avant, l'usage s'était introduit d'ordonner des prêtres sans les attacher à aucune église. Ces prêtres ne recevaient aucun salaire ; ceux mêmes qui appartenaient nominalement à une église, mais sans y demeurer ou sans y remplir de fonctions, n'avaient aucune part aux

216 HISTOIRE DU concilj: de trente

revenus de leurs collègues actifs. Ces revenus étaient si bien regardés comme uniquement destinés à ceux qui les gagnaient, que les économies d'un prêtre ne lui appartenaient pas : elles rentraient, à sa mort, dans le fonds général. Il ne pouvait les léguer par testament, et on regardait comme une fraude d'en disposer, pour éluder la loi, sous forme de donation entre vifs *. Peu à peu, à mesure que l'Église s'enrichissait et que ses charges devenaient des dignités, dans le sens mondain de ce mot, les princes s'arrogèrent le droit de les donner en récompense de services rendus à l'État ou à eux. De là ce nom de bénéfices (bénéficia, faveurs) , sous lequel on finit par désigner toutes celles dont le revenu était au^ dessus d'un simple salaire proportionné au travail ; de là aussi la coutume de laisser le travail à un ministre inférieur, en lui payant strictement sa peine, et d'aller vivre ailleurs avec le reste. Du sixième au treizième siècle, les charges ecclésiastiques se multiplient à l'infini. Les dons faits aux églises étaient généralement convertis en fondations de places à pouvoir ; c'était, le plus souvent, le vœu exprès des donateurs. On aimait à emporter au tombeau l'assurance qu'il y aurait, à perj:étuité, un prêtre entretenu sur ce qu'on avait donné. En fondant des chapelles — et qui alors n'en fondait pas ? — on aurait cru ne faire que la moitié de l'œuvre si on n'avait laissé de quoi y mettre un ou plusieurs desservants. Dans la plupart des cathédrales, le nombre des chanoines allait fort au delà, nous ne pouvons pas dire des besoins, puisqu'on aurait pu s'en passer, mais de ce qu'on pouvait raisonnablement accorder aux né-»

* Voir Hupter, Institutions de C Église, 1. IV.

Page 1