LIVRE DEUXIÈME
aient été institués par Jésus-Christ ; et c'est même par là que s'ouvrira le décret. « Si quis dixerit sacramenta non fuisse omnia a Christo institula... anathema sit. »
En dépit de Fanathème , il a bien fallu trouver un moyen d'adoucir un peu la fausseté patente du décret. Déjà, dans le serment des évêques , dressé par Pie IV aussitôt après la clôture du concile, le mot tous est omis. « Je reconnais qu'il y a sept sacrements , institués par Jésus-Christ. » Le sens est le même, mais l'assertion est déjà un peu moins formelle. Dès lors, on l'a généralement interprétée en disant que les sacrements ont bien tous été institués par Jésus-Christ , mais les uns immédiatement, c'est-à-dire de sa bouche, les autres médiatement, c'est-à-dire par les apôtres ou par l'Église, sous une inspiration venue de lui. Si ce n'est pas plus vrai, c'est assurément plus raisonnable; mais, ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas dans le décret, et que si le concile , prévoyant cette interprétation, avait voulu au contraire la proscrire, il n'aurait pu s'exprimer plus nettement qu'il ne l'a fait. Écoutez pourtant Bossuet : « L'institution divine des sacrements paraît dans l'Écriture, ou par les paroles expresses de Jésus-Christ qui les établit, ou par la grâce qui, selon la même Écriture, y est attachée, et qui marque nécessairement un ordre de Dieu « . » Après cela, si Claude et Jurieu avaient tort quand ils accusaient Bossuet d'avoir arrangé les décrets de Trente, il faut renoncer à dire que blanc et noir ne sont pas la même couleur. Pour en finir sur ce sujet, encore un mot , un seul , mais nous défions qu'on l'attaque : c'est qu'un lecteur qui ne connaîtrait encore rien de la
^ exposition de ia foi catholiguey ch, ix.
doctrine chrétienne , et qui la chercherait dans les décrets du concile, ne pourrait pas ne pas croire , sans aucune espèce d'hésitation, que tous les sacrements ont été positivement, clairement, directement institués par Jésus-Chrîst,--ce que Bossuet, ce que tous les docteurs catholiques, aujourd'hui, avouent être faux.
Comme on tenait surtout à n'exprimer que des décisions absolues, où l'autorité de la forme suppléât à celte du fond, on fut alssez embarras^, d'abord, sur la grande question de l'usage des sacrements , et , en particulier j de leur nécessité. Ce n'est pas que beaucoup d'évêques ne fessent déjà tout prêts k dire , sans s'inquiéter des raisons m des conséquences , que les sacrements sont nécessaires ; mais on répondait qu'il n'en est aucun qui le soit de la même manière que les autres. Le Baptême avait été déclaré indispensable au salut : quelque opinion qu'on eût de l'excellence des autres , c'était évidemment le seul dont on pût penser cela. Un enfant mort aussitôt après le Baptême, un chrétien vivant loin de toute église, dans une île déserte ou au milieu des païens, n'avaient jamais été regardés comme perdus, bien que six sacrements leur eussent manqué. D'un autre côté, les protestants n'avaient jamais prétendu que les sacrements qu'ils admettaient ne fussent pas nécessaires, en ce sens qu'il n'y eût aucun inconvénient à les abolir; ils soutenaient seulement que ce ne sont pas les canaux nécessaires^ indispensables, de la ftrâoe qui sauve. Mais
Luther avait dit : « Les sacremeots ne sont pas nmu^ saires; » c'était assex pour qu'on ge crût obligé de dé* clarer qu'ils le sont. Malgré les remontrances des théologiens les plus sensés, l'article passa. « Anathème à qui soutiendra que les sacrements ne sont pas nécessaires^ mais superflus <. » Pur jeu de mots. Entre indispensable et superflu, il y a un milieu, et c^est dans ce milieu que les protestants s'étaient coostaimuent tenus. Sur qui cm sur quoi tombait donc €et aiiathème? D'ailleurs, peuton logiquement ranger sous la mèMie épithète des efaases qui ne la preimentpas dans le même sens? Les sacr^B^ts sont nécessaires, dit le décret. Mais nécessaire avec la Baptême, et nécessaire avec la Gène ou le Mariage, ce sont, en réalité, deux mots différents. Le décret ajoute que « tous ne mmc pas nécessaires à tous les hemmes * ; n éclaircissement qui n'est qu'une obscurité et plus. Bi nécessaire, dans cette partie de la phrase, «ignifie i^dispensable , il n'aurait pas faHu dire que « tc^is ae so^ pas nécessaires à tous, » mais qu'un seul, le Baptême , est universellement nécessaire. Si c'est autre chose^i»' tti^ dispensable, le Baptême devait encore étrenientiooi^é k pai't, et l'assertioci -que n tous ne sont pas nécessaires h tous, » ne pouvait porter que sur les six autres,— Pom* se débarrasser de ces inexactitudes, m a pris le parti de ccmsidérer ce décret comme enseignant simpl^nent qu' « il est nécessaire qu'il y ait des sacH'ements. » A la rigueur, ce n'est pas en o[^osition avec le texte ; mais plus cette dernière proposition ei^ simple, plus il (aut convenir que le texte est eœbrouiOé. Cette propi^tiou
* Si quis dixerit sacranienta non esse ad salutom necessaria, scd superflua... anathema sit.
> Licet omnia singulis tiecetsariâ^Km «iat.
même est-elle bien claire? Elle peut encore avoir deux sens. Voulez-vous dire qu'il est bon , utile , excellent , qu'il y ait des sacrements? Les protestants n'ont jamais dit le contraire. Voulez-vous dire qu'il les fallait absolument? Alors, qu'en savez-vous? Qui vous dit que Dieu n'eût pas pu sauver par de tout autres moyens? Et que faites-vous de tant de passages de l'Écriture où le salut est promis soit k la foi, soit aux œuvres émanant de la foi, sans aucune mention des sacrements ? Dans l'hypothèse de leur nécessité absolue , l'omission est inexplicable. Pour augmenter encore le vague, on ajouta une vieille distinction scolastique entre la nécessité du fait et la nécessité de rintenlion*. Ainsi, par exemple, l'Extrême- Onction sera réputée nécessaire, non en ce sens qu'il faille absolument l'avoir reçue pour mourir en état de grâce, mais en ce sens qu'il faut l'avoir désirée. Et si des gens sont morts en état de Grâce sans l'avoir désirée, sans y avoir pensé, sans en avoir seulement jamais entendu parler, c'est qu'ils étaient dans des dispositions telles qu'ils l'auraient désirée s'ils l'avaient connue et qu'ils y eussent pensé. — Réduite à de telles proportions, la nécessité des sacrements finit par devenir quelque chose de tout à fait raisonnable ; mais il n'en est que plus déraisonnable, alors, d'avoir appelé nécessaire ce qui est si loin de l'être. C'est d'ailleurs encore en contradiction avec la nécessité absolue du Baptême. Les enfants qui n'ont pas le bonheur de le recevoir le désireraient très-certainement s'ils le connaissaient. Si donc cette dernière restriction est fondée, pourquoi les exclure du ciel pour le seul fait de ne l'a-
* Si quis dixerit sine eis aut eorum voio,,.