LIVRE DEUXIEME
voir pas reçu? Et si ce sacrement fait exception, pourquoi le concHe continue-t-il à parler de tous à la fois? Ce sont là des critiques que tout le monde peut faire. Quand' nous admettrions ce décret, il nous semble que nous le trouverions encore singulièrement mal rédigé ; pliA nous tiendrions aux doctrines, plus nous serions fâchés d'en voir un exposé si fautif.— Beaucoup d'autres décrets sont dans ce cas. Nous en donnerons çà et là quelques exemples.
Il s'agissait enfin de décider comment les sacrements opèrent. Sont-ce des occasions de grâce ou des causes de grâce? En d'autres termes, ont-ils une vertu indépendante des sentiments de ceux qui les reçoivent?
Le bon sens dit que non ; l'Écriture aussi. Nous le montrerons plus tard pour chacun d'eux. Malheureusement, après ce qu'on avait déjà voté sur l'influence du Baptême, il n'était plus guère possible de s'en tenir au bon sens ni à l'Écriture. Si le Baptême opère un si merveilleux résultat sur l'enfant qui ne peut en avoir aucune idée ni l'accepter en aucune façon, il est en effet assez difficile d'admettre que les autres sacrements n'aient, par eux-mêmes, par le fait d'être reçus, opère operato, aucune influence quelconque. Si l'enfant est sauvé par une cérémonie à laquelle il n'a pris et n'a pu prendre aucune part, pourquoi le malade sans connaissance ne serait-il pas sauvé aussi par une cérémonie à laquelle il reste étranger? C'est wnsi qu'une erreur en appelle une
S8t HISTOIRE DU COMCILS Ofi TRENTE
autre. Ce qu'on avait prononcé pour le Baptême, il fdlul le répéter pour les sacrements en général. On les proclama donc cames de Grâce.
Maintenant, comment le sont-ils? — Autre question qu'on ne pouvait omettre. Alors s'émut entre les théologiens une des plus vives querelles dont le concile ^t encore été témoin. Les uns soutenaient que les sacrements sont des causes physiques et instrumentelles de la Grâce, ce qui revenait à dire, par exemple, que les bons effets de la communion dans une âme se lient au fait même de recevoir et d'avaler une hostie. Les autres, plus raisonnables, disaient qu'un effet spirituel ne peut tenir k une cause physique ; qu'ainsi, l'efiicace des sacrements vient de ce que Dieu s'est engagé à agir au-dedans toutes les fois que tel ou tel acte matériel aura lieu au dehors. Ceux-ci, non sans raison, on les accusait d'être luthériens ; ceux-là, les autres leur disaient qu'ils prêchaient une chose absurde ; — et nous, nous sommes forcés d'ajouter que cette chose absurde est ce qui concorde le mieux avec l'ensemble de la doctrine et des usages romains. Avec l'ensemble de la doctrine, disons-nous, car on ne voit pas à quoi peut conduire, si ce n'est h cela, le huitième canon ainsi conçu : (( Si quelqu'un dit que les sacrements ne confèrent pas la Grâce par euxmêmes, ex opère operaio,,, qu'il soit anathème^ » Avec l'ensemble des usages, disons-nous encore, car l'adoration de l'hostie, le caractère profondément sacré attribué au Chrême, mille cérémonies particulières usitées dans l'administration des sacrements, tout, enûn, nous auto-
* Si %ui9 dixerit per Ipsa (iov«s legis «acrament» ei^ ppere operato non conferri gratiam... anathcma sit.