LIVRE DEUXIÈME
rise h penser, bien qu'on ait quelquefois essayé de te nier, que TÉglise romaine accorde ou permet d'accorder à des choses toutes matérielles une certaine action di* recte sur Tâme du chrétien.
Quoi qu'il en soit, la querelle fut si vive que les légats s^ plaignirent aux chefs d'ordre du peu de modération de leurs religieux ; ils écrivirent même au pape qu'il fallait chercher un moyen de les réprimer. Mais comment? On ne pouvait se passer des théologiens de pro* fession ; et il n'était pas étonnant qu'à force de se voir indispensables, ils s'abandonnassent de temps en t^oops à se croire un concile.
Après diverses discussions plus Ou moins futiles, on passa à se demander jusqu'à quel point l'intention du j^rêtre est nécessaire k là validité du sacrement administré pai" lui. « Là plus petite erreur^ même involontaire, avait dît un pape*, entraîne la nullité de l'acte entier. » Le concile de Florence s'était prononcé danJî le même sens, et cette décision était un lien qu'on n'osait rompre; mais on s'effrayait des conséquences. Elles étaient effrayantes, en efltet. QU*tifl prêtre incrédule ou distrait vienne à baptiser un enfant sans avoir Sérîeusetflem l'idée éf^ le baptiser, et l'eufant, s'il tnetittj est perdu { qu'un évêtjue ordonne un prêtre sans aVOîl* ftetuêHêmfent et formélletneui, païf distraction ou pout-
* Innocent III, ép. ix.
2/kO HISTOIRE ]>C CONCILE DE TRE?(TE
tonte autre cause, celle de lui conférer la prêtrise, et voilà un prêtre qui n'est pas prêtre, et les gens qu'il baptisera, qu'il mariera ou absoudra, ne seront ni baptisés, ni mariés, ni absous. Le pape même pourra, sans s'en douter, avoir été ordonné de la sorte, et comme c'est de lui que tout découle, tous les évêques de l'Église pourront se trouver à la fois de faux évêques, tous les prêtres de faux prêtres, sans qu'il y ait aucun moyen de renouer la chaîne.
Toutes ces suppositions, que Gatharin développa avec beaucoup de chaleur, — Pallavicini commence par les traiter de « merveilleuses tragédies ; » reproduites par Sarpi, ce ne sont plus, toujours selon lui, que de u spécieuses fourberies. » Ce sont des arguments, dit-il, qui n'ont rien de nouveau. N'avaient-ils pas été cent fois rebattus après le décret de Florence? Il se moque de Gatharin, « peignant en termes attendrissants l'anxiété d'un père qui, ayant un enfant à l'agonie, se dirait que le pauvre enfant n'est peut-être pas baptisé et va être exclu du ciel. » Et cette anxiété, pourtant, l'historien finit par avouer qu'elle est parfaitement fondée. « Au reste, dit-il*, que personne en particulier, après toutes les recherches possibles, ne puisse parvenir à avoir une certitude parfaite de son baptême, ce n'est pas une chose qui répugne... Personne ne peut se plaindre qu'il souffre ce mal sans l'avoir mérité... Dieu, par une bonté purement arbitraire, délivre l'un sans délivrer l'autre. » Fort bien ; mais nous voilà alors dans la prédestination, tant reprochée à Calvin ; et tandis que Calvin la fait au moins dépendre uniquement de la volonté
« Liv. IX, ch. VI.