‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 89 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

femmes, de quelque secte et profession qu'ils puissent être, juifs, païens ou hérétiques. » Gomment des juifs et des païens peuvent avoir, en quelque degré que ce soit, l'intention de faire, en baptisant, ce que fait l'Église, — ce n'est pas facile à comprendre ; et l'on pourrait bien voir là encore une preuve de l'abandon du décret sur la nécessité de l'intention. Puis, n'admirez-vous pas cette gradation? Juifs, païens... hérétiques. Ainsi, ministre protestant, vous êtes moins apte à baptiser qu'un rabbin ou qu'un brahme.

Ce décret, en définitive, n'a fait que livrer la chose au caprice des évéques, souvent des simples curés. Quand il s'agit d'attirer au catholicisme un protestant peu disposé à se donner en spectacle, on se garderait bien de lui proposer un second baptême ; quand on veut faire de l'éclat, et que le converti s'y prête ou ne peut s'y refuser, c'est par là qu'on commence. Mais comme le Baptême, selon un autre article du décret, imprime à l'âme un caractère indélébile, et ne pourrait, sans sacrilège, être reçu deux fois : — « Si tu es baptisé, dit le prêtre dans ces cas-là, je ne te baptise point ; si tu ne l'es pas, je te baptise. »

Il s'agissait enfin de faire en sorte qu'en reconnaissant la validité du Baptême des hérétiques, on ne parût pas avouer l'inutilité des cérémonies accessoires * dont ils avaient débarrassé l'administration de ce sacrement. Il fut donc déclaré que, sauf impossibilité majeure, le prêtre ne pourrait omettre, dans aucun sacrement, aucun des rites approuvés par l'Église. On eut la pru-

^ Exorcisme pour chasser le démon, sel mis dans la bouche, signes de croix sur le front, les yeux, les épaules, salive aux narines et aux oreilles, cjjrêpie syr le sommet de la tète, etc.

dence de ne rien dire sar leur ancienneté et leur «po$« tolicité ; mais les docteurs sont restés libres de les faire remonter aussi haut que bon leur semble , et TÉglise n'a jamais condamné, que nous sachions, ceux qui les ont hardiment attribués aux Apôtres. « Quoique Teau naturelle sufiîse, dit le Catéchisme Romain, on a toujours observé dans TÉglise, coufo^nnément à la tr^ dition des Apôtres, que, lorsque le Baptême est administré solennellement, on y joint le Saint-^^lbrèwe. » --^ Voilà le Chrême remontant aux Apôtres. Ne ooiis récri(ms pas trop ; tout à Tbeure nous Talions vîtr remonter à Jésus-Christ.

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Il y avait donc eu, en somme, dans le décret sur k B{4)tème, certaines concessions; sur la Confirmatioi), dont on allait s'occuper, on ne pouvait rien céder. Les ensiBÂgnements où l'Église est le plus en dehors du christianisme apostolique sont, en général, ceux où . elle est le moins disposée k faire des concessions, et où, d'ailleurs, elle peut le moins en faire, car dès qu'elle aurait fléchi sur un détail, il n'y aurait plus de raison pour qu'elle ne fléchît pas sur d'autres. Ici, ce n'était même pas sur des détails qu'on l'avait attaquée : c'était le sacrement même qu'on niait, et il n'y avait pas de milieu ^tre l'abandonner et le soutenir.

Si la Confirmation, en soi, n'a rien de mauvais ni d'absurde, c'est pourtant un des points sur lesquels il est le plus difficile de s'arranger avec, la Bible, et même

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avec la Tradition ; avec la Bible, car elle n*en dit rien *; ave^ la Tradition, car elle a dit longtemps tout autre (îhose. Les premiers Pères parlent d'une céi*émonie où les jeunes chrétiens admis à la Cène venaient préalû-blentent se déclarer enfants de l'Église, et confirmer J)tl* bli(iuement les promesses qu'ils avaient faites m qu'on avait faites pour eux ; C'était dotic ce qui a liêU, dans la plupart des églises protestantes, sous le nom de Réception des eatéckutneHes. Le r61e du prêtre se bornait à interroger les néophytes, à recevoir leurs promesses, à leur adresser une exhortation, à prier sorlenneHertient pour eux. Comme il était naturel, vu la circonstance, que cette prière eût particirfîèrement pour but de leul* d)tenir la grâce d'être fermes dans leur foi, on attacha peu à peu à cet acte une certaine importance sacramenteBe. Puis vint, on ne sait à quelle époque, Fusage d'une certaine onction : c'était comme un second baptême, ou, si l'on veut, un complément du premier. Mais à mesure que le Baptême prenait une signification plus fermette et plus complète, la Confirmation devait tendre à s'en séparer ; portion de sacrement, elle devint un sacrement distinct. Alors, le mot et la chose changèrent. Le mot, car au lieu d'indiquer une cérémonie où l'on confirmait certains vœux, il ne désigna plus que celle où Ton confirmait les jeunes chrétiens dans leur résolution

' Le Catéchisme Romain n'oasaie mârae p^ d'établir la Coafir«mation par l'Écriture; il se contente de citer deux passages que deux Pères, dit-il, ont appliqués & ce sacrement. L'un, cité par* saint Ambroise, est celui-ci : « N'attristez pas le Saint-Esprit, dont TOUS avez été marqués comn^e d'un sceau, m L'autre, cité par saint Augustin, est : « L'amour de Dieu a été répand^i dans xm coeurs, par le Saint-Esprit qui nous a été donné, m — Citer cela, ou avouer qu'on n'a riert * citer, e'est tout ur^.

d'être chrétiens ; la chose aussi, l;ar Taccessoire devint le principal, Tusage de prononcer certains vœux, certaines déclarations de foi, tomba, et il ne resta que Fonction. Nous ne savons non plus à quelle époque elle commença d'avoir lieu après l'admission à la Cène; mais cela seul supposait un changement total dans la nature et le sens de cette cérémonie.

C'est donc l'onction, accompagnée d'une certaine formule, qui constitue aujourd'hui la Confirmation. Sous cette forme, il est clair qu'on ne saurait soutenir que les premiers chrétiens en aient fait un sacrement, puisqu'ils n'en avaient aucune idée. Aussi, au sein même du concile, plus d'un scrupule se fit jour. Quelques membres allèrent jusqu'à rappeler timidement l'ancienne cérémonie de la Confirmation des vœux. «^On opposa, dit Sarpi, que puisque cela ne se pratiquait plus, on devait croire que cela ne s'était jamais pratiqué, vu que l'Église n'eût jamais aboli tine cérémonie si utile, » Irréfutable argument, comme on voit. Puis, si on la trouvait utile, pourquoi ne pas la rétablir, même en gardant la Confirmation par l'onction? Mais on avait déjà' voté précisément le contraire. « Si quelqu'un, est-il dit dans un des canons sur le Baptême, prétend que les enfants parvenus à l'âge de raison doivent être appelés à confirmer les vœux faits en leur nom par leurs parrains... qu'il soit anathème. » Anathème aussi à qui prétendra que la privation des sacrements doive être la seule peine de ceux qui refuseraient de sanctionner ce que leurs parrains ont promis pour eux. Quel sera donc leur châtiment? Le décret n'en dit rien. C'est une sentence en blanc, que l'inquisition se chargea de remplir. Ainsi, quand l'Église romaine laisse en paix ceux qui

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