‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 10 sur 138 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

c'est à lui, à lui seul, qu'on doit le concile, il s'empare du rôle actif, et, dans toutes les cours, ses ambassadeurs pressent vivement l'envoi des évêques. Paul nomme ses légats. U y en aura encore trois, m^ trois nouveaux. Ce sont les cardinaux del Monte, de Sainte- Croix et Polus. Ce dernier (Reginald Pool) est de la msfeon royale d'Angleterre. Quaût aw deux autres, nous les verrons plus tard sur le trône pontifical. L'Europe commence enfin k croire que, cette fois, le concile ne s'en ira pas en fumée.

Et maintenant, avant d'aller plus loin^ nous arrêterons-nous à résumer? — Notre récit a été assez r^ide pour que tout lecteur attentif kit pu en saisir l'ensemble et en tirer les conséquences. Défiaqpes, intrigues, malentendus et querelles ée tout genre, violences, bassesse^*, inextricable fouillis d'intérêts, de vues, de passions manifestement et grossièrement humaines, — voilà de quel chaos allait surgir 1% concile; voilk sur quoi allait se dresser cette chaire d'dù Dieu serait censé' parler. En attendant, celui que Léon X avait dédaigneusement appelé « un bdb esprit, » Dieu lui avait donné de voir sa doctrine enlacer l'Europe ; et ce concile que Luther demandait en 1517, qu'il aurait pu redouter en 1520, Luther «liait emporter au tombeau l'assurance que la Réforme n'avait plus à s'en inquiéter. Tout le prestige était usé d'avance. Vingt-cinq ans de délais avaient surabon- . damment démontré : r-

dO HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE

Aux uns, cpie Rome ne voulait pas Le concile, m l'avait jamais sérieusement voulu, ne pouvait pas le vouloir; '

Aux autres, que les princes qui TaA^aient le plus demand^s'en souciaient, au fond, très-peu';

Aux protestants, qu'il ne leur serait fait aucune ooacession quelconque ;

Aux catholiques, qu'on amenderait les petite jabA et qu^Dn garderait les grands ;

A tous, enfin, que ce ne serait pas le concile de l^lifie, mais le concile du pape.

Et ceux, s'il y en avait encore, qui persistaient à en espérer quelque chose, croit-on qu'ils eussent alors os^ promettre à ses décisions dogmatiques l'autorité qu'on leur a donnée depuis? Les ressorts humains de la machine avaient si longtemps et si lamentablement crié ! Ils devaiasit tant crier encore ! L'autorité du cioncile de Trei^te n'a réellement commencé qu'après sa clôture. Nous le prouverons, et sans peine; mais c'est ce que nous lenonsle plus à bien prouver.

Enfin, ie grand jour approchait; l'Europe avait les yeux sur l'humble ville que ce jour allait i:^dre à jamais fameuse.

Le 13 mars 1545, deux des légats, les cardinaux Del Monte et de Sainte-Croix, arrivent à Trente. Ils sont munis de deux bulles papales, l'une, publique, qui leur confère simplement la présidence du concile; l'autre, secrète, qui les autorise à le dissoudre si l'intérêt du

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pape leur paraît l'exiger. Ce n'était pas chose nouvelle. M AFtin V en ns^ait usé de même lors du concile de Pavi^. Une foute immense était accourue. il|çus en princes, les légats répondeqjtpn princes, mais en princes d'^lise^ à Temm^essement des pqpulations : traU qm d'indulgeace Vqui est venu les voir passer. Puis, il leur vient iiQ scri^ule. Toute indulgence part du pape; or, parnii les pouvoirs qui leur ont été conférés, on a omis celi^ d'en acporder. Us ne pouvaient donc Jjégitin^eoiQnt ri^n donner, pas même trois jours ; et ils ont donné trois ans. QuiB faire? Ils écrivent à B»me. Le pape ne demanderait pas mieux gue de confirmer ce que s^s légats ont fait. Trois ans I Qu'est-dtque cela pour lui ? Triente pu trois cents ne lui coûteraient pas davantage. Mais voilà qu'il lui prjpd, à lâi aussi, un scrupule. Valider l'indulgence pour le ten^ps qui reste à courir, c'est facile $ mais lui est-il possible de la déclarer valable pour le temps qu'elle a été nulle de plein droit? Dieu lui-même ne saurait changer le passé. Quoi qu'on fasse, il se sera toujours écoulé un^certain temps pendant lequel les'fidèles aurpnt cru avpir et n'auront pas eu. S'il en est mort quelquesuns dans cet intervalle, c'est donc avec un passe-pnrt faux qu'ils sont partis pour l'autre vie? Ëm))arras puéril, ce semble, mais extrêmement grave pour un casuisteromain. Auss^ne putTon s'en tirer. On l'éluda en envoyant aux légats un bref antidaté de plusieurs semaines, et -, qu'ils furent cens& avoir apporté de Rome. — PaJlavicini s'est donné beaucoup de^peine pour arranger cette histoire. Il n'a réussi qu'à montrer qu'il la trouvait luimême assez étrange.

Il y avait donc eu foule à l'arrivée des légats ; mais on «iOmmençait à se dénuder où était le concile. À l'excep-

*tion du cardinal Madrucci, évêque de Trente, arrivé * avant les légats^ pour l^r Taire les honneurs de sa ville et de son palai», pas un évêque n'avait encore paru. Ik n'en Qrent pas moins p^parer dansi^a cathédrale un local d'environ quatre cents places. Quoiqu'ils dégcassent peu de les voir toutes remplies, une pareille sonfude ne laissait pas que d'être embarrassante el^e ressemblerbeaucoup à un affront. Le pape s'en préoccupait vivement. Il savait bien qu'un grand nombre d'évêques, surtout en Italie, avaient cru lui faire leur cour en ne se rendant pas à Trente; mais îî sentait en même temps qu'on allait lui attribuer leur absence. Comment s'y prendre pour en amener assez, sans risquer d'en amener trop ? ' ^

Le 1& mar», personne encore; le 15, persoN^e non plus, et l'ouverture est ajournée. Le 23, l'ambassadeur de Charles-Quint, Diego de Mendoza, arrive à Trente, et demande qu'on veuille bien se hâter. Les légats délibèrent. Trois évêques étaient venus : faut-il ouvrir le concile? Mais un concile général, œcuménique,. universel, avec trois évêques italiens ! Attendons encore quelques jours..: — Ces quelques jours allaient durer neuf mois. Nous ne nous amuserons pas à répéter les plaisanteries qui coururent, lorsqu'on apprit à quor venait d'aboutir, après vingt-cinq ans d'enfantement, cette solennelle convocation de la chrétienté. Catholiques et réformés se rencontraient sur le terrain d'un bon vieux- ■ apologue dont le titre est déjà^ sans doute, sur les lèvres de.nos lecteurs, et auquel le nom du premier légat, Del Monte, ou De la Montagne, donnait un burlesque à-propos. Ne rions pas. Ceci est une histoire, non un pamphlet. Mais une observation très-séiieuse, c'est que,

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