‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 105 sur 138 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

sions. Commencer par riiivocation solennelle du Saint- Esprit chacune de ces journées que vont remplir tant de brigues, quelle insulte au Saint-Esprit et à Dieu I Proclajuer comme œuvre de Dieu le résultat de ces longues machinations, quelle insulte à la religion, à la conscience, au bon sens I Mais non : ils sont tellement familiarisés, ces hommes, avec ce qu'il y a de plus étrange, que ni leur raison ni leur conscience ne s'en offensent plus. Écoulez encore celui que nous retrouvons toujours sur la brèche, dès qu'il s'agit de défendre un paradoxe ou un abus. « Dieu lui-même, dit-il, en ne produisant qu'après tous les autres l'être le plus grand et le plus parfait qu'il ait mis sur la terre, a voulu nous apprendre que la lenteur, dans les œuvf es importantes, n'est pas une preuve qu elles soient moins le résultat de sa volonté, mais au contraire le cachet plus exprès de cette volonté même, » Ainsi, de quoi nous plaignonsnous? Plus un conclave a duré, plus il y a eu d'intrigues, — plus il y a de chances que l'élu est l'élu de Dieu.

L'histoire intime des conclaves serait donc un des livres les plus intéressants, mais aussi des plus affligeants, qui aient jamais été faits. Ce mot même de conclave^ qui signifierait fermé , fenné à clcf^ et qu'on cherche h justifier par un luxe inouï de portes et de sentinelles, — c'est déjà un mensonge. En dépit du se* cret juré et de ce triple rang de corps de garde, il est de notoriété publique que les lettres, les émissaires, passent et repassent à peu près sans aucune gêne. Ce pain, ce morceau de viande qu'on apporte pour tel ou tel cardinal, ouvrez-le, et vous y verrez peut-être le billet qui va décider l'élection. Tout cela se sait, sç voit.

Personne n'est trompé, mais tout le monde veut Fêtre, parce que tout le monde en a besoin pour tromper à son tour. Ici, du reste, comme partout ailleurs, nous savons distinguer entre les personnes et les choses. Le pape étant un souverain temporel, et surtout un souverain appelé à se mêler plus ou moins des affaires de tous les autres, il est naturel et inévitable que la politique ait part à son élection. Quand les cardinaux voudraient la bannir, ils ne le pourraient pas. Tant que la papauté sera ce qu'elle est, — et comment serait-elle jamais autre chose? — un conclave sera un spectacle affligeant pour tous les amis de la religion, à quelque communion qu'ils appartiennent. Peut-être n'y en a-t-il eu aucun où des cardinaux n'aient gémi d'un pareil état de choses ; mais il n'y en a guère eu non plus où la grande majorité n'ait accepté sans scrupule les conséquences de son rôle, et n'ait paru plus heureuse que peinée d'avoir à s'agiter des jours, des semaines, des mois, dans cette atmosphère d'intrigues. Des semaines, des mois ! Si c'était de l'histoire ancienne, le croirions-nous seulement? Se figure-t-on ce que quarante ou cinquante hommes, condamnés à rester enfermés ensemble jusqu'à ce qu'ils aient fait choix d'un d'entre eux, peuvent avoir à se dire, à calculer, à combiner, pendant cinquante, «oixante, soixante-dix jours ? — On s'y perd. C'est presque de l'héroïsme.

Ce fut donc pendant soixante et onze jours bien

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