LIVRE TROISIÈME
n'y eût vu ; mais, avec la lettre, calme et polie d'un bout à l'autre, on pouvait ne pas avoir Tair de s'offenser : avec la protestation , aussi claire que vive, et rendue plus vive encore par le ton incisif de Tambas* sadeur, comment dissimuler? On fit comme jadis Paul III avec l'ambassadeur Mendoza, On déclara que, rien ne garantissant l'authenticité du commentaire injurieux ajouté par Amyot, on ne s'y arrêterait pas ; qu'on s'en tiendrait à la lettre, seule authentique.
Les paroles d' Amyot ne tardèrent cependant pas à recevoir en France la confirmation la plus éclatante, et, de tout temps, la plus sensible aux papes. Un édit du roi défendit d'envoyer k Rome aucune somme, pour quelque raison que ce fût. La vérification en parlement donna lieu aux discours les plus hardis ; une assemblée de protestants ne se fût pas exprimée avec plus de sévérité sur les extorsions de la cour de Rome. « Qui nous empêchera, dit le procureur général, de nous passer des dispenses du pape? Peuvent-elles quelque chose pour rassurer la conscience? Non-seulement elles ne justifient pas les choses devant Dieu, mais il y a longtemps qu'elles ne servent même plus à les colorer aux yeux des hommes. ))•— Les gens qu'on brûlait n'en disaient pas plus.
Celait donc dans ce tourbillon qu'on allait enfin se mettre à dogmatiser sur l'Eucharistie.
Immédiatement après la douzième session, ou s'était
occupé de réunir les articles que les théologiens auraient k examiner. La transsubstantiation se trouva naturellement en première ligne, comme fondement du dogme romain dans ces matières. Il y avait neuf autres articles, dont un seul réellement important, celui de la communion sous les deux espèces.
Un mot d'abord sur ce dernier.
Il y avait peut-être quelque exagération dans l'importance que les protestants y avaient mise. Plus vous spiritualiserez la sainte Cène, plus il vous sera aisé, ce semble, d'être accommodant ^quant à la manière de la recevoir. — Le contraire était arrivé. Partout où avait paru la Réforme, il n'y avait pas de question plus palpitante que celle de la coupe à rendre au peuple.
C'est qu'il n'y avait non plus pas de question où la lettre de l'Écriture eût été plus audacieusement violée par l'Église de Rome. Malgré deux passages des Actes où le pain est mentionné sans le vin *, il est clair qu'après avoir lu dans les Évangiles et dans saint Paul le récit détaillé de l'institution de la Cène 2, on ne supposerait pas que personne ait jamais songé h supprimer un des deux éléments. Les protestants, il est vrai, ne regardent pas le vin comme indispensable à la validité de l'acte. Nulle part ils n'ont refusé la Cène aux personnes qui ne peuvent absolument pas en boire ; leur synode de Poitiers, en 1560, l'a déclarée Nulle part non plus ils n'ont prétendu qu'un pays sans vin ,
* Ch. II et XX. — La Cène, dans ces deux passages, est appelée la fraction du pain; mais il n'en est question là qu'incidemment, sans aucun détail, et, partout où il y a des détails, le vin y est.
2 Matthieu xxvi. — Marc, xiv. — Luc, xxii. — 1 Corinth. xi.
5 Discipline. Ch. xii, art. 7.