‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 118 sur 138 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

communion fût alors ce que Rome en a fait. On citera bien quelques expressions plus ou moins calquées sur celles dont Jésus-Christ s'était servi; mais on sera obligé d'en citer d'autres qui, ne pouvant être prises qu'à la lettre, devront nécessairement l'emporter. Tout ce qu'on trouvera en faveur de la transsubstantiation, nous pourrons dire et montrer que ce sont des figures ; tout ce que nous trouverons de contraire, il n'y aura aucun moyen d'en détourner le sens. Bref, ce que Rome cite peut parfaitement avoir été dit par des hommes ne croyant pas à la transsubstantiation ; ce que nous lui opposons ne peut l'avoir été par des hommes qui y crussent. Que faire, par exemple, de ces passages où la Gène est appelée simplement : « La fraction du pain? » Que faire, en particulier, du fameux chapitre où saint Paul répète, non pas comme historien, mais positivement en vue de la pratique, le récit détaillé des Évangélistes? L'Eucharistie n'y est -elle pas formellement peinte comme un repas pris en commun ? L'apôtre se plaint de quelques abus introduits dans ce genre d'assemblées. Il rappelle, k cette occasion, l'institution de la Gène ; il veut que le repas soit plus fraternel, plus sérieux, plus chrétien ; il menace et condamne ceux qui y participeraient indignement; mais, quant au repas même, il ne dit pas un mot d'où l'on puisse conjecturer qu'il en trouvât l'usage extraordinaire ou mauvais. Avec la transsubstantiation, est-ce admissible? Bien plus, en tirant les conséquences du fait que la Gène a été instituée par Jésus-Ghrist et qu'il a appelé le pain son corps, que dit-il? G'était le moment, ou jamais, de dire positivement : « Ghrist est là ; c'est son corps ; c'est lui; » et c'eût été le plus fort comme le plus

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simple des motifs à domier eo recommandmt le respect. Au lieu de cela, que dit Tqiôtre? « Qme dkaooi donc séprmne soi-même, et qa*aiiist il mange de c€ pain et boive de cette coupe; car quiconque eo mange et en boit indignement, mange et boit sa condamnation, ne discernant point le corps du Seigneur. » Ces derniers mots, le Catéchisme Romain se hàle de les traduire par : « Ne discernant pas, sous le pain et le vin, le corps du Seigneur qui y est caché ^ » Et sa raison, la voici : « Que si, comme disent les hérétiques, il n'y avait à vénéra* dans ce sacrement que la mémoire et le signe de la passion du Christ, qu'était-il besoin d'exborter si fortement les fidèles à s'éprouver eux-mêmes? » Quoi l parce que le Christ ne serait pas là corporellement, il serait moins nécessaire de se bien préparer à la communion? Ces paroles de saint Paul, à y regarder de près, ne sont qu'un nouvel argument contre la présence réelle. En effet, ou le communiant y croit, ou il n'y croit pas. S'il y croit, qu'il s'éprouve ou non, il y croit ; s'il n'y croit pas , ce n'est pas en s' éprouvant qu'il arrivera à y croire. Dans les deux cas, il n'y aurait aucune liaison entre le conseil donné et la conséquence indiquée. Ce discernement du cojys du Seigneur ne peut donc être que la chose à laquelle on arrive en s'éprouvant, c'està-dire l'ensemble des bonnes dispositions à apporter, et le sentiment profond de la sainteté de l'acte.

' Corpus Domini, quod ia Eachftristii occuUè latot, ab alio ciborum génère uon distinguit.

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