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Après cela, nous montrât-on la transsubstantiation établie dès la fin du premier siècle ou dès le commencement du second , nous serions déjà en droit de nier qu'elle remonte aux Apôtres.
Or, il n'en est rien. Reconnaissons seulement que les idées de TÉglise sur la Gène tardèrent peu à se modifier. L'accroissement du nombre des chrétiens ne permettant plus de la prendre dans un repas en commun, il avait fallu lui donner des formes plus solennelles; avec ces formes nouvelles était venu un penchant à envisager aussi le fond sous un jour plus ou moins nouveau. Les réminiscences juives ou païennes, le mystère dont les chrétiens étaient souvent forcés de s'entourer, l'exaltation du danger, le besoin d'une protection céleste toujours plus présente et plus sensible, tout, enfin, avait concouru à rehausser l'Eucharistie en proportion des miracles de grâce qu'on en attendait tous les jours. Ce pain, ce vin, on ne pouvait plus se résoudre, en quelque sorte, à n'y plus voir que du pain et du vin ; on se serrait de plus en plus contre les passages de l'Écriture qui semblaient en faire autre chose ; on s'acheminait à grands pas vers la transsubstantiation; et pourtant, avant qu'on se hasardât à en faire un dogme, il allait s'écouler des siècles.
Pourquoi ce long enfantement? — C'est que, au sein de l'entraînement général, on était souvent ramené,
sans le vouloir, aux données plus précises de la Bible et de la raison. Ce que nous disions plus haut de TÉcriture, nous pouvons maintenant le dire des Pères : à tout ce qu'ils ont écrit de favorable, en apparence, an dogme de la présence réelle, nous pouvons opposer des choses qu'ils n'auraient manifestement pas dites s'ils y avaient cru.
Justin, dans sa seconde Apologie : n Au jour du dimanche, on s'assemble ; on lit les mémoires des apôtres et les écrits des prophètes. Quand le lecteur a fini, celui qui préside exhorte à imiter ces beaux exemples ; ensuite nous nous levons et prions en commun. Les prières finies, nous nous donnons le baiser de paix; puis on présente à celui qui préside du pain et une coupe d'eau et de vin. Il la prend, rend louange et gloire au Père de toutes choses, au nom de son Fils et du Saint-Esprit, lui rend grâce longuement de ces biens qu'il a daigné nous accorder. Le peuple acclame en disant : Amen ! Alors, ceux que nous appelons diacres donnent à chacun du pain et du vin mêlé d'eau qui ont été bénis, et ils en portent aux absents. » Il n'y a pas un de ces mots qui ne soit un embarras pour l'Église romaine. Ses docteurs ont beau se retrancher derrière quelques détails de ce que Justin ajoute sur le sens religieux de cette cérémonie ; ils ne feront croire à personne, et, disons-le nettement, ils ne peuvent croire eux-mêmes que ce soit là la messe.
Voici TertuUien * : <( Jésus-Christ ayant pris du pain
A Contre Marcion, liv. III. « Âcceptum paoem et distribatum discipulis corpus suum fecit dicendo hoc est corpus meum, id est figura corporis mei. » Duperron change id est en sciticet et fait dire à Tertallien : « Ceci, savoir la figure de mon corps, est
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et l'ayant distribué à ses disciples, le fit son corps en disant : a Ceci est mon corps, c'est-à dire la figure de mon corps. » Outre ces mots, remarquez ici, comme dans le récit des Évangélistes, la consécration mise après la distribution.
Voici Origène * : a Si Christ, comme le prétendent les Marcionites, n'avait ni chair ni sang, de quel corps et de quel sang ce pain* et ce vin étaient-ils donc les signes et les images? » Dans son commentaire sur saint Matthieu, il appelle le pain de l'Eucharistie « un corps figuratif. » A ce passage et à deux ou trois autres, on répond, avec Duperron, qu'Origène était un hérétique. Soit. Mais les hérésies d'Origène ont été soigneusement notées par Épiphane , par Augustin , par Jérôme , et nous ne voyons pas qu'ils aient dit un mot de celle-là.
Voici Ëphrem ' : « Prenant en ses mains du pain, il rend grâces et le rompt en figure de son cotys immaculé. })
Voici Macaire 3. « Du pain et du vin sont offerte, étant la figure de la chair et du sang de Jésus-Christ. Ceux qui participent à ce pain qui se voit mangent spirituellement la chair du Seigneur. »
Voici Théodoret \ « Le Seigneur a honoré cen^fm gnes visibles du nom de son corps et de son sang, non
mon corps. » Bellarmin va encore plus droit au but : il ôte id est figura corporis met. Wiseman, dans le récit de Justin, ôte la phrase où il est dit que ce sont les diacres qui distribuent la Cène. — Ces falsifications prouvent assez Timpossibilité où on se trouve de lutter contre de tels témoignages.
* Contre les Marcionites.
s Contre les scrutateurs de la nature du Christ.
» Homélie XXVII.
A 1*' Dialogue contre les Eutychiens.
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pas en en ehangeam la naturtf mais en ajoutant la grâce à la nature, n
' Voici Ghrysostome S et ce passage est d'aatant plus remarquable contre la présence réelle, que les premiers mots semblent y conduire, a Avant que le pain soit consacré, il se nomme pain ; mais quand la grâce divine Fa sanctifié, par Tintervention du prêtre, alors il ne porte plus ce nom de pain : il devient digne dtêtre appelé le corps du Seigneur, quoique la nature du pam demeure en lui, »
Voici enfin Augustin. Celui de tous les Pères qui a fourni le plus d'armes aux partisans de la présence réelle, c'est aussi celui qui, lorsqu'il raisonne et parle sans figures, nous en fournit le plus contre cette même opinion. Écoutez-le dans un de ses traités * : Le Seigneur n'a point fait difficulté de dire : Ceci est mon corps, quand il donnait le signe de son corps. » Écoutez-le dans une épître » : Ce sacrifice (l'Eucharistie) est une action de grâces et une commémoration de la chair du Christ, qu'il a offerte pour nous. » Écoutez-le dans une autre éptlre * : « Si les sacrements n'avaient pas quelque ressemblance avec les choses dont ils sont sacrements, ils ne seraient pas sacrements. .Or, par suite
* Lettre à Césaire.
> Contre Âdtmante, ch. xn. Non dubitavit dicere hoc est corpus meum, cum daret signum corporis sui.
* Au diacre Pierre, sur la foi, (Ce lîrre est aussi attribué àFuïgence, disciple d'Augustin.) In isto sacrificio gratiarum actio atque cotnmemoratio est camis Christi, qnam pro nobis obtulit.
* A Bonirace. Si sacramenta quamdam similitudinem harum rerum quarum sacramenta sunt non habercnt, omninô sacrA' menta non essent. Ex hâc autem similitudine plcrumque etiam ipsarum nomina accipiunt.
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de cette ressemblance, Us prennent le plus souvent le nom dos choses elles mêmes, » Et que donne-t-il ensuite pour exemple? Le pain et le vin de FEucharistie. Écou* tez-le, enfin, dans celui de ses ouvrages où nous sommes le plus sûrs de trouver ce qu'il a véritablement pensé, sa Doctnne chrétienne: a Si un commandement défend une chose honteuse ou criminelle, ou bien commande une chose utile et bonne, ce commandement n'est pas figuré ; mais s'il commande une chose mauvaise ou défend une chose bonne, il ne faut pas le prendre k la lettre. » Et que donne-t-il pour exemple? Encore l'Eu* charistie. « Si vous ne mangez, dit le Sauveur, la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. 11 semble que, par ces paroles, il commande un crÙBe ; c'est donc une figure par laquelle il nous est recommandé de communiquer à la passion du Sauveur, en nous gravant dans la mémoire, d'une manière à la fois douce et utile, que son corps a été meurtri et crucifié pour nous *. » Que deviennent, après cela, — et nous sommes loin d'avoir cité tout ce qu'on a recueilli d'analogue dans les écrits de ce Père, — que deviennent les passages où Augustin, reproduisant sans commentaire la figure employée par Jésus-Christ, semble enseigner la présence réelle > ? Et quel triste
' Si prœceptiva locutio est aiit flagitium aut facinus vetans aut utilitatem aut beneflcentiam Jubeos, non eat figorata. Si autem flagitium aut faciniA yidetur jubere, aut utilitatem aut beneflcentiam vetare, figurata est. • Niai mandaca?eritis, inquit, carnem flUi bominis... etc. • Facinus Tel flagitium videtur ]u« bere; figura est ergo, precipiens passiooi dominic» oommunican* dum, et Buaviter atque utititer reooDdendum in memoriàquod pro nobis caro ejus crucifixa et Tulnerata ait. {De Heetr, CAr. UI, 16.)
* A Genève aussi, de cette manière, et dans TÉglise réfonnëe d*
courage n'a-t-il pas fallu aux Pères de Trente pour oser dire : « Tous nos ancêtres... Tont ainsi enseigné de la manière la plus ouverte... Et puisque ces paroles du Sauveur présentent ce sens propre et très-évident, suivant lequel elles ont été comprises par les Pères, c'est assurément un crime indigne que ces paroles, contre le sentiment universel de TÉglise, soient tordues par certains hommes chicaneurs et dépravés en feintes et imaginaires figures ; aussi TEglise a-t-elle toujours détesté comme sataniques ces explications imaginées par des hommes impies *, » — Ces lignes sont peut-être le plus audacieux de tous les défis jetés à l'histoire par les théologiens de Trente.
On aurait dû au moins, pour couronner l'œuvre, ranger nettement parmi les impies tous les historiens catholiques assez sincères pour raconter l'origine et les progrès de cette idée, qu'on croirait, d'après le décret, n'avoir eu d'autre commencement que celui du christianisme lui- France, on semblerait l'enseigner, car un des cantiques liturgiques renferme ces vers :
Sa chair sacrée est le seul aliment Qai donne k réme an vrai contentement.
Son divin Mng, qu'il offre poar breayage, Nous a des cieui mérité rhéritage..^ Mais qni pourrait ainsi manger et boire Le corps sacré, le sang du roi de gloire ?
C'est le chrétien qni. . . . etc.
* Ita enim majores nostri omnes;.. apertissimè professi suut' Quas verba... quum propriam illam et apertissimam significatiouem pras se ferant, secundum quam à Patribus iutellecta sunt, indignissimum sanè flagitium est ea à quibusdani contentiosis et pravis hominibus ad fictitios et imaginarios tropos conyertii contra universum Ecclesiœ sensum; que hœc ab impiis hominibus ezcogitata commenta, velut satanica detestata est, scmper agnoscens... etc.