‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 128 sur 138 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

devient Tautorité du prêtre? Il ne m'a réellement pas absous ; il ne m'a ni délié ni lié. C'est une simple promesse que, si je remplis les conditions nécessaires, Dieu m'absoudra. Le premier venu ne pourrait-il pas m'en dire autant? Ne puis-je pas en dire autant, moimême, à tout pécheur qui me consultera sur l'état de son âme ?

Dans ce dernier cas, par conséquent, le prêtre n'est qu'un conseiller. Il vous aide à sonder votre âme ; il vous donne des directions, qui peuvent être excellentes, sur les moyens d'être absous ;. mais il ne vous absout pas. Force est donc, si l'on tient à lui laisser quelque chose, d'en revenir à l'autre alternative, c'està-dire de lui laisser trop, beaucoup trop, énormément trop; force est d'admettre qu'une fois absous au confessionnal, le plus scélérat des hommes est aussi absous devant Dieu.

Et cet incroyable système, que personne au monde, ce semble, n'oserait soutenir dans sa nudité, — c'est pourtant le seul où puisse conduire , en pratique, à moins qu'on ne s'arrête en chemin, l'usage de la Confession. Lisez le décret du concile : y est-il indiqué que l'absolution prononcée par le prêtre puisse ne pas être ratifiée dans le ciel ? Nullement. Le dire, de quelque manière qu'on s'y prît, c'eût été renverser tout l'échafaudage, te pénitent est prévenu, il est vrai, qu'il ne doit taire aucun péché, et qu'il est tenu d'accomplir la pénitence imposée; mais c'est précisément là ce qui l'autorise à croire qu'après une confession sincère et l'accomplissement exact de la pénitence , l'absolution est nécessairement valide. Emparez-vous maintenant de cette idée ; analysez-la, et voyez où vous arrivez.

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On demandait un jour h une Cemme pieuse, qui venait de se confesser, quelle peine le prêtre lui avait imposéa, — Cinq Pater et cinq Ave Mariai répondit-elle. y—, fit si vous ne les disiez pas? — Mes péchés ne seraieot pas pardonnes. — Et si vous les disiea mal, smas attention, avec ennui et dégoût ? — Ils ne seraient pa& jj^ donnés non plus. — Vous n'avez donc pas reçu Vabsolution ? — Certainement... mais il faut que je la gagne. -— Le prêtre ne vous a donc réellement rien donnée — Il m'a donné l'absolution. — Mais non, puisque von^ avez encore vos péchés, et que vous les aurea jusqu'à ce que la pénitence soit accomplie, et que vous les garderez si vous ne l'accomplissez pas bien. Encore un coup, que vous a donné le prêtre ? Ou une absolution définitive , que vous sentez bien n'avoir pas reçue ; ou une simple promesse d'absolution, que tout autre homme aurait pu vous donner. — Et la pauvre femme ^tait confondue de ne voir aucun milieu entr^ cet abaissement du prêtre au niveau des simples fidèles, et ce pouvoir exorbitant dont sa conscience lui défendait de le croire investi. Jusque-là, cependant, c'était entre ces deux extrêmes qu'elle avait trouvé ou cru trouver son repos ; c'est aussi dans ce mUieu nuageux que la plu* part des catholiques trouvent ou croient trouver le leur. L'absolution n'est, à leurs yeux, ni un pardon suprême, ni une simple prome&se ; mais aussi, ceux- que l'on amène à comprendre qu'elle doit nécessairement être l'un ou l'autre, ceux-là ne peuvent plus que rejeter la Confession.

Mais il y en a malheureusement beaucoup qui n'y regardent pas même d'assez près pour s'arrêter en chemin, pour rester dans ce milieu faux où il y aplacQ

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