‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 133 sur 138 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

briand *, a ouvert à ce juste les portes du monde ; un sacrement va les clore... Le sacrement libérateur rompt peu à peu les attaches du fidèle... Déjà il entend les concerts des séraphins... Déjà il est prêt à s'envoler vers les régions où Tinvite cette espérance divine, fille de la vertu et de la mort... Il meurt enfin, et Ton n*a point entendu son dernier soupir... tant ce chrétien a passé avec douceur. » —Mais quoi! ce chrétien, «ce juste » si plein de résignation et d'espérance, il aurait donc « passé )> moins tranquillement s'il n'eût reçu Ttnction, si vous lui aviez répété, non pas cinq fms la même formule, mais une seule de ces admirable? exhortations dont l'Évangile est plein? Allez, poète, allez! Les plus touchants tableaux du monde ne sauraient te^ nir lieu de la plus petite raison.

L'Extrême-Onction est souvent dangereuse, avonsnous dit en second lieu. C'est d^ abord parce qu'on se laisse très facilement aller à lui attribuer des vertus qu'elle n'a pas et qu'elle ne peut avoir. Dans un moment aussi solennel que l'agonie, l'esprit n'est guère en état de calculer la vraie portée d'un acte dont la signification est si peu nette, même dans les décrets et les traités où on prétend l'éclaircir. Au lieu d'aller au sens, on s'en tient au signe. On en fait une espèce de talisman ; le vulgaire ne demande plus si un homme est mort en chrétien, mais s'il a reçu l'Extrême-Onction ^ Et ce qui contribue encore à entretenir ces fausses idées,

* Génie (lu Chrisrianismef !'• partie.

2 C'est pour éviter ce danger que quelques Églises protestantes s'interdisent de donner la communion aux mourants. Précaution peut-être exagérée, imais qui part d*un principe qu'on ne saurait trop rappeler.

c'est qu'elle s'administre tous les jours à des malades plus ou moins incapables de penser, de voir, mènae de sentir. Dans tous le^ cas de ce genre, à moins de la regarder comme inutile, on est forcé de lui reconnaître une action entièrement indépendante des sentiments de celui qui la reçoit. Le corps est presque un cadavre, et voilà quelques gouttes d'huile qui, épanchées sur ces membres promis aux vers, vont influer sur le sort éternel de l'âme I

Au premier siècle, chez des hommes dont la vie n'était qu'une longue et laborieuse préparation à la mort, nous comprenons qu'on eût moins cette erreur à craindre ; mais puisque l'Extrême-Onction n'a été ni instituée par Jésus-Christ, ni recommandée après lui comme il eûi été naturel que le fût un sacrement institué à tout jamais, — elle a pu et dû disparaître chez ceux qui y ont vu plus de dangers que de bons résultats.

Tandis que l'une des congrégations du concile ékiborait les décrets dogmatiques, l'autre avait repris en détail quelques points relatifs à la juridiction épiscopale.

A chaque nouveau point surgissaient de nouveaux griefs, la plupart d'une légitimité si évidente, qu'il D'y avait nul moyen de ne rien céder. Ainsi , des évéqûes s'étant plaints qu'un prêtre suspendu ou interdit, même pour cause de mœurs et scandale notoire, eût la faculté de se faire réhabiliter par le pape, le légat permit de décider que ces réhabilitations n'auraient plus lieu ; il

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