LIVRE TROISIÈME /^Ol
exigea seulement que le pape ne fût pas nommé dans le décret. Selon Sarpi, c'était pour qu'il restât libre de ne pas l'observer ; mais comme ce genre de dispenses n'émanait que de lui , l'omission de son nom ne pouvait avoir cet effet. On voulait donc seulement éviter de lui adresser trop directement ce qu'on sentait être un grave^ reproche. La même précaution fut prise dans un autre décret , relatif aux dispenses dites conservatoires. Un ■homme accusé devant l'évoque pouvait acheter à Rome la permission de se choisir un juge, et ce juge, le plus souvent, ne jugeait pas ; il se bornait à protéger l'accusé contre la justice épiscopale. On défendit la chose ; mais les universités, les collèges, les hôpitaux et les couvents, furent laissés en dehors de la défense , ce qui en réduisait considérablement l'application. Il est vrai qu'on n'aurait guère pu toucher aux antiques privilèges de ces corporations ; les papes eux-mêmes ne l'osaient pas,^ et ces privilèges, d'ailleurs, avaient souvent sauvegardé des libertés nécessaires. Partout le mal se trouvait lié à ce qui avait commencé par être un bien, et le concile était dans la position du chirurgien qu'arrêterait sans cesse , au milieu d'une opération , ou la résistance du patient, ou la crainte d'attaquer une partie saine.
On eut cependant le courage de reprendre, pour en préciser le sens et y ajouter des dispositions plus sévères, deux décrets de la sixième et de la septième session. Dans celle-ci, nous avons vu ce que le concile avait fait pour restreindre, autant qu'il était en lui , les unions de bénéfices; on ajouta que l'union ne pourrait avoir lieu, dans aucun cas, entre des bénéfices de diocèses différents. Dans la sixième, il avait été défendu qu'un évéque ordonnât des prêtres dans le diocèse d'un
autre 7 mais les évèques ambulants * en avaient été quittes pour s'établir dans les monastères, et là, en dépit du diocésain, ils ordonnaient qui ils voulaient, c'està-dire, le plus souvent, tout ce qu'il y avait de plus indigne du sacerdoce % Le pape levait un tiibut sur ces ordinations. On les défendit ; mais la facilité avec laiPielle Rome avait toléré, en la régularisant à son profit, une telle violation d'un décret tout récent , montrait assez le peu de bonne foi qu'on devait attendre d'elle dans l'exécution de tous ceux qui ne lui conviendraient pas. (( Quant aux décrets disciplinaires publiés dans cette session , écrivait l'évêque d'Astorga au cardinal Granvelle , ministre de l'empereur, ils ne sont pas ce qu'il faudrait pour faire cesser les scandales. Noos faisons ici, non ce que nous voulons, mais ce qu'on veut bien nous laisser faire. » — « Belle réformation ! » s'écria un jour l'évêque de Verdun ; et le légat lui dit qu'il était un impertinent, un étourdi, un jeune homme. « Pour moi, écrivait Vargas, de tous ces décrets de réfonnation, je n'ai qu'un mot à en dire : ils sont inutiles ; ils sont malheureux pour nous; mais la cour de Rome saura bien y trouver ses avantages. » — En effet, on disait déjà par toute l'Europe que le seul résultat des efforts de l'assemblée pour rendre les dispenses plus rares, avait été d'en faire monter le prix. Et c'était vrai. La chancellerie papale s'appuyait ouvertement des défenses du concile, pour faire payer plus cher les violations qu'elle autorisait.
« Ferè vagabundi. ÎI« canon,
2 Minus idonei, et rudes, ac ignarî, ei qui à sao episcôpo tariquam inhabiles et indigni rejecti fuerant. II* canon.
LIVRÉ tftOISIÈME /fOa
La session (quatorzième) eutlieuIe25noTemhrel5M. Il ne s'y passa rien d'important. Les décrets dograati* ques (Pénitence et Extrême-Onction) furent votés d'emblée ; les arrêtés de discipline donnèrent lieu de répéter qu'on ne s'en contentait qu'en attendant , et qu'il y avait encore beaucoup à faire. On sut, le lendemain, que le légat avait défendu d'imprimer les actes de cette session ; mais il arriva ce qu'il aurait dû prévoir, c'està-dire qu'on en envoya partout des copies, et qu'ils furent imprimés, lus, critiqués, avec plus d'empressement que jamais.
Peu de jours avant la séance, les envoyés du duc de Wurtemberg étaient arrivés à Trente. L'usage voulait qu'avant l'audience officielle, tout ambassadeur fît part de ses instructions au président du concile. Ceux de l'électeur de Brandebourg s'y étaient soumis ; mais ceux do duc avaient ordre de n'accepter ni en droit ni en fait la présidence du pape ou de ses représentants. Ce fut le cardinal Madrucci, évêque de Trente, qui servit d'intermédiaire entre eux et l'assemblée. Ils reprirenf d'abord l'affaire du sauf-conduit. Qu'on en donne un plus explicite, ou leurs théologiens ne viendront pas. Or, rien ne pouvait être plus agréable au légat et à la presque totalité du concile que de trouver ainsi, dans une question de forme, les empêchements qu'on n'osait plus soulever sur le fond. Le légat et les nonces répondirent donc qu'il n'était pas de la dignité du concile de redon-
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ner an sauf-<;ondait; que ce serait avouer rinsufiSsance du premier, et la mauvaise foi qu'on les accusait d'y avoir mise. Les mêmes diffictdtés se présentèrent à Tarrivée des députés de Strasbourg et d'autres villes protestantes, que l'empereur forçait, comme les princes, de se faire représenter à Trente ; et lorsqu'ils se réunirent pour demander que , conformément aux promesses de Gharles-Quint , on leur permît au moins de présenter au concile une exposition de leur foi , le légat déclara que ni lui, ni ses collègues, ni l'assemblée, ni le pape, n'y consentiraient jamais.
Enfin arrivèrent les envoyés de l'électeur de Saxe ; et comme leur maître, de jour en jour plus puissant , se montrait peu disposé à souffrir qu'on ne les accueillît pas, il fallut bien en trouver le moyen. On décida que les ambassadeurs protestants seraient reçus tous le même jour, mais non pourtant en séance publique. Ce serait donc en congrégation générale et dans le palais du légat.
Sur cette séance même, autres questions à résoudre. Quelle place donner aux ambassadeurs? En leur qualité d'hérétiques, leur place était à genoux, ou tout au plus debout et tête nue, ce qu'on ne pouvait songer à leur demander, encore moins à leur imposer. On décida donc qu'Useraient assis, et même à des places d'honneur, mais « par charité et par compassion, » disait le procèsverbal, et sans dérogation aucune aux droits de l'assemblée. Les pourparlers avaient duré deux mois.
Cette séance eut enfin lieu le 2h janvier. L'ambassadeur de Saxe, Léonard Badehorn, salua les évêques du titre de Très-révérends pères et seigneurs. Sa harangue fut calme, ses demandes exorbitantes ; mais il était clair