‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 16 sur 138 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

cile de ce genre, c'est que la plupart des dogmes qu'to niait avaient été solennellement admis par des conciles tout semblables. La Transsubstantiation, avec tout ce qui s'y rattache , avait été définitivement votée , sous Innocent III, au quatrième concile de Latran. Le retranchement de la coupe avait été confirmé à Constance, en 141ii, et le nombre des sacrements fiié à sept, à Florence, en 1&38. Toutes ces décisions, corroborées par le temps , pouvait-on avoir espéré de les faire casser par un tribunal qui s'assemblerait dans les mêmes vues et sous les mêmes influences ?

Que voulaient donc les protestants, ou plutôt qu'avaient-ils voulu lorsqu'ils avaient demandé un concile?

Us ne s'étaient évidemment pas fait une idée nette ni de la chose ni des moyens d'exécution. Toute époque a son idée fixe ; toute minorité est conduite à s'en emparer. Luther avait trouvé le mot de concile dans toutes les bouches , le désir d'un concile dans tous les esprits et dans tous les cœurs ; il s'en était saisi. Partageait-il réellement les illusions qu'on s'était faites sur ce prétendu remède à tous les maux de l'Église? Peut-être ; mais c'était plutôt le besoin de se rassurer lui-même sur son auÂice, en se donnant la vague perspective d'une autorité qui prononcerait. 11 avait tremblé, Luther, et longtemps, avant de lever l'étendart. « Personne ne peut savoir, écrivait-il longtemps après, ce que mon cœur a souffert dans ces deux premières années, et dans quel abattement, dans quel désespoir, pourraisje dire, >'ai élé souvent plongé. Aujourd'hui môme, la splendeur et la majesté du pape m'éblouissent quelquefois, et c'est avec tremblement que je l'attaque.» — «Oh ! qu'il m'en a coûté de peine, écrivait-il, dès 1621, aux

A/i HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE

Augustins de Wittenberg, pour me justifier devant moimême de ce que seul j'osais m' élever contre le pape ! Que de fois ne me suis-je pas opposé avec amertume cet argument des papistes : Es-tu seul sage ? Tous les autres se tromperaient-ils , se seraient-ils trompés depuis si longtemps? » — Cette responsabilité Tépouvantait. Il lui fallait, à tout prix, se mettre à couvert.

Mais ce concile au sein duquel il allait cacher son audace, il en traçait lui-même Tidéal ; il le voulait, disaitil, « libre et chrétien ; » il voulait , avant tout , qu'on s'engageât à ne juger que d'après l'Écriture. Là était l'illusion ; là commençait l'impossible. Vouloir fermer à Rome l'arsenal de la tradition, c'était demander qu'elle déposât toute prétention à la primauté, qu'elle cessât d'être L'Église ^our n'être plus qu'une Église, la sœur, l'égale de ces nouvelles Églises, nées d'hier, selon elle, et dont l'existence même, à ses yeux, n'était qu'un crime permatient. Bref, c'était demander que Rome commençât par embrasser, sinon la Réformation, du moins le principe fondamental de la Réformation.

Mais si les uns avaienttort de mal poser la question, . ou, pour mieux dire, de ne pas s'apercevoir qu'elle était insoluble, les autres avaient encore moins raison de se croire appelés à la trancher seuls. Faire assembler le concile par le pape et sous la direction du pape, c'était supposer admis et incontestable le plus contesté de tous les points en question, la suprématie de Rome. Immense cercle vicieux où l'Europe allait tournoyer vingt ans.

De tout cela ressort pourtant une conclusion importante et trop oublié^ : c'est que le dogme de Finfaillibilité de l'Église, si hardiment mis aujourd'hui par les docteurs de Rome à la base de tout l'édifice de la foi,

Page 1