LIVRE PREMIER
blement y songer? C'est dans le corps des évêques, en effet, que rinfaillibilité est censée résider. Rien ne garantissait que chaque fondé de pouvoirs votât, sur tous les points, comme auraient voté ses constituants. — Le vice-roi n'y avait pas songé. Nouvelle preuve de l'obscurité où nageaient encore , au seizième siècle , ces grandes théories qu'on nous expose aujourd'hui comme datant des premiers jours de l'Église.
Obscure pour un homme d'État, celle-ci était-elle au moins bien claire pour le pape? Sa bulle n'en fait pas mention. Pourtant, c'eût été le meilleur moyen de n'indisposer personne. « Le corps des évêques, aurait-il dit, ne peut errer ; mais chaque évêque est faillible. Il ne peut donc représenter que lui-même. Le laisser voter pour plusieurs, ce serait entamer l'infaillibilité du corps. » Quant à la représentation par procureurs non évêques, car la question avait aussi été soulevée, le pape aurait eu encore moins de peine à en montrer l'impossibilité. « // est de droit divin , aurait-il dit , qu'un concile soit composé d' évêques. C'est par eux que le Saint-Esprit y arrive. Nous ne pouvons donc le faire passer par des canaux où rien ne nous garantit qu'il ne s'altérera pas. » — Voilà comment on raisonnerait aujourd'hui.
.Au lieu de raisonner, il s'était borné à défendre; il avait condamné l'idée, non comme absurde, mais simplement comme mauvaise. On resta généralement convaincu qu'il avait craint surtout que les évêques étrangers n'en profitassent pour se donner la majorité dans le concile. Telle était même sa frayeur, qu'il déclarait suspendu et interdit, ipso facto, ioni évêque qui prétendrait se faire représenter. Les légats trouvèrent la bulle
si absolue et &i dure, qu'Us n'osèrent psis en donner )e teinte, Ils demandèrent au pape la permission de n'en publier que le sens, et même en radoucissant beaucoup.
Bien leur en prit, car il devait en être de celle-là comme de tant d'autres, qui, malgré la sévérité des termes et la prétention de parler au nom de Dieu, se pliaient admirablement à toutes les exigences que Bome n'osait ou ne pouvait affronter. A peine l'avait-on reçue h Trente, qu'on vit arriver les procureurs de l'arcbevêque de Mayence, Albert de Brandebourg ; et quoi qu'il n'eût pas mis d'intention h violer l'ordre du pape, puisqu'il ne le connaissait pas, on n'osa le lui appliquer, On s'empressa de dire que la défense ne pouvait concerner un hommi^ aussi éminent, un cardinal-prince, Distinction injuste en tout cas, m^is tout particulièrement étrange au point de vue de la mission divine du concile. Les membres sont égeiux : tous ont leur part d'infailUbi^ lité; m^s, simple évoque, elle se perd, si vous ne l'exercez vous-même ; prince-évêque, vous pouvez la transmettre et la déléguer,
De dispense en dispense, les procureurs admis finirent par être asses; nombreux. A la clôture du concile, nous en trouvons trente-neuf,
Au commencement de m^i , le comité préparAtoire étant un peu plus nombreux, on régla diverses questions de forme, costumes, cérémonies, etc, Puis, op parla d'ouvrir le concile. C'était Tavis de la majorité, Op
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disait que c*était le nleilleur moyen de faire venir les évêques qui en avaient Fintention, mais ne voulaient pas s'exposer à faire inutilement le voyage ; on ajoutait que c'était aussi le meilleur pour mettre un terme aux libertés que se donnait Charles-Quint. Les légats décidèrent qu'on attendrait le cardinal Farnèse, nonce du pape auprès de l'empereur. Mais ils ne disaient pas leur dernier mot.
C'est qu'aux difficultés patentes s'ajoutait chaque jour quelqu'une de .celles qu'on n'osait avouer, et qui n*en étaient que plus pénibles. Le pape ne pouvait rien sans Tempereur; Tempereur ne demandait pas mieux que de se passer du pape, et ce qu'il avait fait donnait assez la mesure de ce qu'il serait capable de faire, si Toccaslon s'en présentait. Son amour pour l'Église, dont il ne cessait de faire parade, ne l'empêchait pas de rentrer perpétuellement en pourparlers avec ces hérétiques tant maudits. Selon que les Turcs s'éloignaient ou se rapprochaient de ses frontières d'Autriche, Il était pluii ou moins sévère, plus ou moins insinuant. Tantôt 11 se remettait à presser pour qu'on agréât le concile, promettant, du reste, qu'il se passerait en douceur; tantôt, renonçant à l'unité religieuse, il allait jusqu'à leur offrir de le faire dissoudre, pourvu qu'ils rentrassent sincèrement dans l'unité politique dont il tenait, avant tout, à être le chef. Avait-il, comme le pensaient généralement les protestants, l'intention de les écraser plus tard? C*est possible, et même probable ; mais le pape sentait que cet accord, dût-il né durer qu'un mois, ne se ferait jamais qu'à ses dépens. Il fallait donc, à tout pfix, non pas seulement le reculer, mais le rendre Impossible ; et le seul moyen, c'était que la guerre éclatât sans plus attendre.
Aussi le cardinal Farnèse avait-il ordre d'y travailler de son mieux. Il offrait, de la part du pape, douze mille hommes et cinq cents chevaux.
Répéterons-nous, à ce sujet, ce qui a été tant dit ou écrit sur cette étrange et fatale transformation d'un évêque en roi, d'un prêtre en guerrier, d'un père des chrétiens en homme qui a des soldats par douze mille et qui les offre... on a vu dans quel but ! — Il est fâcheux que tant de déclamateurs s'en soient mêlés, que tant de plumes incrédules aient exploité la question. A force de déblatérer contre le pape et le clergé, on a presque condamné les gens sérieux à se taire sur un certain nombre de griefs, très-fondés, sans doute, mais trop souvent et trop ambitieusement répétés. Heureusement qu'une vérité rebattue n'en est pas moins une vérité. Si nous profitions de l'occasion pour redire que le pouvoir temporel des papes a souvent été aussi odieux en pratique qu'illégitime et anti-chrétien en théorie, — serait-ce donc moins vrai parce que Raynal et Diderot l'ont démontré avant nous ?
Même observation sur les mœurs des papes, car nous aurions encore ici une excellente occasion d'en parier. Au milieu de tant de préoccupations et d'inquiétudes, Paul n oubliait pas sa famille. Nous l'avons vu élever ses deux petits-fils au cardinalat ; mais son fils n'était encore nen, rien que chargé d'or. Il ne voulait pas mourir sans lui avoir assuré unedespremièresplaces, et, si possible,