‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 19 sur 138 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

la première, parmi les princes de Tltalie. Déjà en 1538, il avait demandé pour lui le duché de Milan *. Désespérant de l'obtenir, il avait songé à celui de Parme et Plaisance. Ce dernier dépendait du domaine de l'Église; mais il fallait aussi le consentement du suzerain, l'empereur. C'était déjà, d'ailleurs, une question assez grave que de savoir si un pape, usufruitier de ce qu'on appelait le patrimoine de saint Pierre, avait le droit d'en ériger une portion quelconque en souveraineté indépendante. S'il pouvait donner Parme à son fils, il aurait donc aussi pu lui donner Rome? C'est ce qu'objectait l'empereur. En droit, il n'y avait rien à répondre ; mais le cardinal Farnèse n'était pas homme à laisser la question sur ce terrain. Le fils du pape était son père, à lui. Il espérait qu'une fois fils de duc, on songerait moins à lui reprocher d'être le fils d'un bâtard et le petit-fils d'un pape. « Si vous nous donnez Parme, disait-il donc à l'empereur, voilà le duché dansi une famille qui vous devra son élévation et vous sera à jamais dévouée ; si vous le laissez aux mains du pape, qui vous répond que le successeur de Paul III ne sera pas votre ennemi? » Enfin, l'héritier de Louis Farnèse, Octave, avait épousé Marguerite, fille naturelle de Charles-Quint. En consentant h l'élévation des Farnèse, l'empereur assurait le sort et le rang de sa fille. Il ne céda pourtant qu'à contre-cœur. Le pape, au commencement d'août, donna solennellement à Louis l'investiture du duché.

Cette fois, les protestants ne furent pas seuls à crier contre la honteuse impudence de Paul III. Dans toute

1 Nié par Pallavîcini, attesté par Sarpi et confirmé par Ranke, sur des documents inattaquables.

ritalie, à Trente, b Rome, et jiistîue parmi les cardinaux, il y eut des plaintes amèréis ; cettk mêmes qui étaient trop habitués aux désordres pontificaux pour les blâmer au nom de la religion) de là morale, n'en regardaient pas moins comme imprudent et comme fatal le succès qtté Paul venait d'obtenir. En d'autres temps, ce n'eût été qu'un scandale ajouté à bien d'autres ; mais en ce mO'ment où tous les yeux étaient fixés ëur la cour de Romôi où un concile allait s'ouvrir, où les peuples les plus opposés à toute réforme dans la fol demandaient à grands cris celle des mœurs^— c'était de la démence et du délire. Pour les protestants, c'était un triomphe. Une semblable affaire en disait plus contre le pape et sa puissance que tous les in-folio de leurs docteurs ; Us se demandaient si, à force de le voir scandaleusement faillible ^n tant de choses, on ne finirait pas par avouer qu'il pouvait l'être en toutes.

Et nous aussi, nous nous le demandons.

x\ Lorsque, dit M. de Maistre, des courtisanes toutes puissantes, des monstres de licence et de scélératesse, profitant des désordres publics, disposaient de tout à Rome et portaient sur le siège de saint Pierre Ou leurs . fils ou leurs amants, je nie très-expressément que ces hommes aient été papes. »

C'est fort commode; mais si chacun a le droit de décider qui a été ou n'a pas été pape^ où allons^nous? S'il

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Vy a ett de papes légitimes que ceux qui n'ont rien dû h la corruption et à Tintrigue, l'Église est certainement restée des siècles entiers sans chef; et comme toute élection, même bonne, peut avoir tenu en secret à des motifs honteux, il [«^ensuivrait qu'on ne peut Jamais être sûr de la légitimité d'un pape.

L'objection reste donc entière.

Elle n'a plus, il est vrai, h s'appuyer sur des scandales comparables à ceux du seizième siècle. Qu'importe? La théorie de l'infëdllibilité papale n'a pas changé depuis les fautes d'un Paul III Ou les orgies d'un Alexandre VI ; au contraire, elle s'enseigne aujourd'hui plus nettement et plus généralement que jamais. Si le pape actuel est un homme respectable, tant mieux ; mais il pourrait ne pas l'être, et iPn'en serait pas moins le pape. Rien de plus iUogique^ par conséquent, que l'ignorante charité des gens qui ne comprennent pas pourquoi nous reprocherions à la papauté d'aujourd'hui les fautes et les vices de la papauté d'il y a trois siècles. Quelques bons changements que la cour de Rome ait pu opérer dans son sein, la question reste et restera éternellement la môme. Quand nous ne trouverions, dans toute la série des papes, qu'un seul homme décidément trop mauvais pour que la raison et la conscience ne se révoltent pas h ridée qu'il ait pu. être infaillible en fait de doctrines, -* nous sommes autorisés à refuser, même aux meilleurs, un privilège qui à nécessairement appartenu ou à tous, ou à aucun.

Quoi de plus curieux, & ce sujet, que l'embarras qu'ils éprouveni, eux-mêmes lorsqu'ils ont à parler de tel ou tel de leurs prédécesseurs? — Il est d'usage, dans les actes officiels, que tout nom d'ancien pape «oit suivi des

mots « (t heureuse mémoire*; » mais comme il y en a plus d'un à qui ce litre n'irait guère, force est de prendre un biais. Ainsi, dans sa lettre encyclique de 1832, ayant à parler des mauvais livres, Grégoire XVI nommait d'abord Léon X, puis Clément XIII, auteurs de di< vers décrets sur la matière, et « (theureuse mémoire » ne manquait pas d'accompagner ces noms ; mais Alexandre VI, dont une bulle dite lutermultiplices aurait dû figurer en première ligne, n'était nommé que dans un petit renvoi. Là, la formule n'étant pas de rigueur, il n'y a>'ait plus d'inconvénient à l'omettre.

Et ce même homme à qui l'héritier de sa puissance est obligé de refuser, non-seulement son estime, mais jusqu'à rhommage banal d'une vaine formule, — il faut, à p;q>o! sous peine de n'être vous-même plus rien, il faut que vous nous disiei en face : <i Le Saint-Esprit était en lui. Cette intelligence où germaient tant dldées infâmes, — * il n'avait qu'à \'Ouloir pour qu'elle fut immédiat^ieiit en étal de sonder, sans chance d'erreur, les plus insondables mysiènes. Cette main si habile au maniement des poisons^ -^ il ne tenait qu'à lui de s'en servir pour tracer des lignes aussi saintes, anssi respeclahles^ aussi infaillibles que celles d'un saint Paul ou d'un saint Jean. C«e corps souillé de tous ks vices... « Mais iVMi; vxms n\>seriex. L'odieux le disputerait à Tabsiirde. El (KwrtanU si vous re^ulei. tout est perdu. La canuse des RcMnpa est la viMiw Sur le trtee pontifical,

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