LIVRE PREMIER
rations de rassemblée, avait longtemps cherché une formule de décret qui pût contenter tout le monde, ou, du moins, ne blesser personne. Elle croyait l'avoir trouvée. Le très-saint concile de Trente, légitimement assemblé sous la conduite du Saint-Esprit, les trois légats du siège apostolique y pré?5irfanf*, décrète..., etc. Aux mots très-saint concile seraient ajoutés, si on l'exigeait, ceux de œctimènique et général,
La majorité parut satisfaite ; mais une minorité nombreuse demandait, sinon un aveu formel de l'infériorité du pape, du moins une déclaration plus claire de l'égalité des deux pouvoirs. Les mots prœsidentibus legatxs pouvaient en effet très-bien s'entendre, non-seulement d'une simple présidence, dans le sens ordinaire de ce mot, mais d'une autorité supérieure, suprême, indispensable à l'existence du concile ; et l'on savait assez, d'ailleurs, que les Italiens ne l'entendaient pas autrement. Il fut donc proposé de remplacer le mot œcuménique par représentant l'Eglise universelle 2. Ces mots étant placés avant prcesidentibus legatis, la présidence des légats cessait d'être nettement indiquée comme indispensable à la légitimité du concile. Un Italien traita de renards 3 ceux qui soutenaient cette rédaction ; et, k vrai dire, au milieu de ces luttes où personne ne disait son dernier mot, c'était une épithète qu'on pouvait, en toute justice, se donner mutuellement tous les jours *.
* Sacrosancta Tridentina synodus, in Spiritu sancto légitimé congregata, in ea praesidentibus tribus apostolicse sedis legatis.
2 Ëcclesiam universalem repriesentans.
3 Vulpeculas. Mémoires de Vargas.
A « Il arrivait, dans cette occasion, ce qui a coutume d'éterniser les débats : la raison que les légats exprimaient n'était pas celle qui les touchait le plus, de sorte que combattre contre eux avec
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Atàsli danslaeotttfê^tion sUi^ftiile (le jâWî^)^ les légats se t>lài^îréttt fttnèi^^gmettt îte ltttMtrëïfe«t m^i peine que les plus grands ennemis du concile lui fei"!!!^ moins de mal que ses propres membres, pour peu qu'on renouvelât de tels éclats. Rien de plus vrai ; mais, en sauvant les formes, que Afe jMJdvaient-ils aussi sauver le fond ! Ces congrégations à huis clos, — nous savons à peu près tout ce qui s'y est passé. Les révélations de Sarpl, styttviètol ititôxatteé, ont fôiicè PàilaVifcitti à publier tme foule dfe faits qui ^ratent restés enfouis attx archives du Tatîcah ; les f ecCIficaHotts dti cardinal nous ont déjà fourni et ftous fourniront plus d'afmes qtté les ass^tîoûS du tiioitîfe *. Nous abrégerons bieaucotlj3 ; «iais pas de discussion, pais de volation sttr lai^uelte n<ius ne pussions donner inille détails, et ce iië serait pas sàtiS nous demander maintes fois, tomme nous l'avons déjà fMt, où ûMt oti potiiravoii' une difféi^nce quelconque entre les délibérations du ^mnt cOncile et celles d'une assemblée tout ordinaire, tout huinaine. Et sans l'intérêt iannense que tous, Raliéfas, Français, Allemands, avaient à paraître unis, surtout dans les questions de dogme,
1 PallaviciBi, ea «et endroit raâme^ eftt bèaaeoup plus chrietix que Sarpi. Dans Texposé des raisons alléguées contre les titres que la minorité voulait donner au concile : « Imitez, fait-il dire au prdi&iet' Mgai, iniitez plutôt le ^p^e, qui^ ptmirant p'rëAdre ai^ec misOB les noms les plus «uMinres, siiBe mieux B*en tenir au titre si humble de serviteur des serviteurs de Dieu.«.«— <c D'ailleurs, fait-il dire à d'autres, l'emphase de cette épithète (œcuméniiittè) Itsift mal à tiife assemblée corhposêe dé si peu dé prélàtà «t «1 paiilrf« «â ambassadeurs. Led luthérïens rie tnanquet^ient pas de rappeler l'ancien proverbe, que c'est U propre âes hêmmes petits de se dresset sur la pointe des pieds, n PaUav. 1. V, cb. vi.
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— qui peut douter que les diversités de vues ne se fussent manifestées avec bien plus de persistance et d'é« clatî
Revenons au 1 3 janvier. — On s'attendait à discuter un plan d'opérations; les légats s'étaient occupés, disait-on, d'en poser les bases, et ils allaient le soumettre à l'assemblée. Grande fut donc la surprise lorsqu'ils se bornèrent à rappeler les trois points marqués par le pape dans la bulle de convocation : extirper les hérésies, réformer la discipline, rétablir la paix. Et comme on leur demandait leur avis sur la marche à suivre : « La vôtre sera la nôtre, dirent-ils. Réfléchissez ; priez que Dieu vous dirige... » Excellent conseil ; mais il était malheureusement beaucoup trop clair qu'on voulait, avant tout, gagner du temps. Les légats n'avaient rien reçu de Rome. Ils ne savaient que proposer ni que faire, et c'était là, comme plusieurs évêques le dirent en pleine assemblée, tout le secret de leur humble déclaration. En attendant, contre l'avis presque unanime des membres, ils obtinrent que le concile ne scellât pas ses décrets et ses lettres avec un sceau, à lui. « Il n' y a pas de graveur à Trente pour en faire un. Il faudrait envoyer à Venise ; ce serait trop long. Plus tard, on verra. » Et il n'en fut plus question. Le sceau du premier légat servait à tout. Jusque dans les plus petites choses, le concile était condamné à n'exister que par et pour le pape.
Le 18 janvier, même ilence des légats, même indé-