LIVRE PREMIER
Dans ce cas, reste le troisième moyen, la contrainte. C'est le complément naturel, indispensable, du système romain ; et le système romain l'a toujours accepté, ce complément, toujours demandé. Sans le concours d'une autorité temporelle, il est clair que l'autorité de l'Église est dans les mêmes conditions <pie toute autre autorité intellectuelle et morale : un peu plus faible, un peu plus forte , selon les individus , — voilà tout. Que le plus humble homme du peuple se mette dans l'esprit une idée nouvelle : vingt papes, vingt conciles, le monde chrétien ligué contre lui, ne changera pag sa conviction en lui ordonnant d'en changer. S'il ^s'obstine à vouloir des preuves , il faut que vous lui en donniez ; si vous n'en avez pas ou qu'il les trouve mauvaises, que pouvez- vous? L'emprisonner, le torturer, oui; le convaincre , non. Aussi, de nos jours, qu'est-ce que l'autorité de l'Église dans les pays où le pouvoir séculier n'est plus à son service ? Arrête-t-elle l'essor d'une seule idée ? Où s'impriment le plus de livres immoraux et incrédules, à Londres ou à Paris? Où se moque-t-on le plus de la religion et de ses ministres? Quand Rome viendrait à reconquérir, sans aucune aide extérieure, tout le pouvoir qu'elle n'a eu que par le concours de la force, — ce ne serait encore qu'un fait qui ne prouverait rien en dr^t. Quand vous nous montreriez le monde entier prosterné devant l'infaillibilité romaine, nous n'en dirions pas moins : « Le monde peut se relever demain, et, s'il se relève, il vous échappe. »
En résumé :
Si vous me persuadez par des raisons, — vous traitez avec moi d'égal à égal. Ce n'est pas là Yautorité.
Si vous m'habituez à me passer de raisons, — vous
1«2 HISTOIRE 0V CONCIIiE DE TRENTE
n'exerreE non pins aucun emptre sor mon inieU^ence. Ei\e se tient 4 l'écart, «sais elle ne «e soumet pas. La preuve, c'est qu'à chaque instant elle ^nt se réveiiier avec tons ses drmts, toute «m «adaoe, tous ses doutes. €e B^est encore pas là Vam^nité.
Si vous recourez à la force, — vous voilà aux prises avec mon corps. L'àme est libre et rei^e libre. C'est ^icore moins Vautorité.
Donc, le meilleur moyen de combattre l'autorité, tdle que Rome se l'arrogé, c'est de la nier. Légitime <m ffiw, infaillible ou Qon , il y a tm mot qm trandie tout : eue est impossible. Ou c'est la persuasion, ou œ c'est riea, rien qu'une force brutale que le premier tyran vawi peut exercer tout aussi bi^i au pr(^t de quelque idée, de quelque ambition que ce soit. Mais si l'autorité de l'Église, quoi qu'on fasse , se réduit nécessairement à . deux moyens tout humains , la persuasion on la contrainte, — n'est-ce pas déjà une preuve que l'Église ne l'a pas reçue de Dieu? Dieu se serait joué d'elle s'il lui avait donné le droit d'imposer des croyances, sans lui donner en même temps le pouvoir d'agir intérieurement sur les âmes pour les leur faire accepter. Or, ce pouvoir, l'Église n'a jamais prétendu en être douée. Elle n'avait que celui de persécuter, et, c^i4à, il est clair que Dieu ne le lui avait pas plus donné qu'à Dioctétien ou à Néron. Il la laissait faire, comme il les avait laissés faire. Patiens quia mentus.
Après cela, que deviennent les argumentations à priori? Que prouvent-elles , au fond , quand mêmp ce que nous venons de dire ne prouverait rien ? S'il y a eu une révélation, dit-on , il doit y avoir une autorité. « Comment concilier l'idée d'une révélation donnée par
un Dieu, et celle que cette œuvre n'ait pas été prémunie, dès Forigine, contre toute altération ? Comment Luther a-t-il pu croire à la divinité de Jésus-Christ, et douter un seul instant que ce mèwe Jésus-Christ ait dû et su précautionner sa religion contre tout ce qui... etc. * » — Voilà ce qu'on nous répète, sous toutes les formes, dans les chaires, dwis les livres, partout.
Voyons. Nous aussi, raiMianoD|. « Commeot ecHid'f*«*rrîdée de la sainteté. de Dieu avec l'idée que sa créature de prédilection, celle qu'il a fcdu àson image^ rhomme, enfin , n'ait pas été prémuni, dès l'oii^ne, contre toute fcivasion du mal m&rà ! » -— Eh biea, ai le mal n'était là , évident , palpable , nous défions qu'on nous montrât en que» ee raisonnaneat est moins juste que le premier.
Dieu a pu I Sans doute. Dïeaadû! Qu'en savez-vows ? 1^'est'il pas assez d^tres choses qui^ à nos livres 3f«6nx bmarnus , seraient nécessaires , et que Ibhea n'a pourtant pas faites? Saint, il permet le désordre morid, le mal; sage, il permet le déswdre inlellectud, l'^erreur; twS, il promet le Saint-Esprit à qui le demanderm. et beaucoup le demandent sans l'obtenir. Qui expliquera ces contradictions? Quel sera, de m^ne, le sens esact des promesses faites à l'Égl^? Que faut-il enteadre prédsément par cette protection constante qui a été n peu ce qu'on se serait figuré , puisqu'elle n'a pm empêché tant de dédiirements et de 8caiidafle»?Dieu le sait. Dieu seul. Laissoii»-M le soin de sa gloire. Il s»t ce qu'il a promis. Ce n'est pas à nous de lui jMresoire quand et isùmmeni il doit tenir ses promesses.
itft BISTOISK J>D COSCILK »K TKKKTK
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Une anforité es! nécessaire ! Pouqiim? — Pour trois choses , dit-on. Pour ré^iet la fin. Pour Ja ciMisaTer. Pour maintoiir runité. — Un mol donc sur chacun de ces trois points.
Pour régler la foi. — Gela suppose : 1* L'insofll' sance de la révélation écrite; 2* la possibilité d'y suppléer.
Reculez de dix-huit siècles. Vous êtes à Rome, païen, mais soupirant , comme Platon , après une lumière venue i'ea haut L'histoire des Juifs , du Sauveur, des Apôtres, vous est entièrement inconnue. Un livre vous est annoncé. « Là, vous dit-on , est renfermé ce que vous cherchez. »
Quelle idée s'en fera-t-on , sans le connaître, de ce livre tant désiré ? — Les uns se le figureront comme un traité de philosophie; les autres, comme un dialogue entre Dieu et l'homme ; ceux-ci, comme un cours de théologie ; ceux-là, comme un code positif et serré. Bref, chacun bâtira l'édifice à sa manière ; chacun y mettra ses idées, ses goûts, ses passions peut-être... Mais s'il est une idée qui, selon toutes les probabilités, ne viendra à personne, c'est que ce livre ne soit pas pour tout le monde , et qu'il doive y avoir des hommes exclusivement chargés de le lire, pour imposer aux autres ce qu'ils auront cru y trouver. « D y en aura sans doute, pensera-t-on, qui en feront une étude spéciale. Ceux-là,