‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 36 sur 138 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

il sera naturel qu'on les écoute avec la déférence qu'appelleront leurs lumières et leurs travaux ; mais le livre n'en restera pas moins la propriété de tout le monde. L'étudier sera le droit de tous, le devoir de tous. »

Voilà aussi, nous l'avouons, un raisonnement à priori, — N'en concluons rien. Voyons seulement ce qu'en penseront plus tard ceux qui l'auront fait.

Ce qu'ils en penseront? Ils n'auront pas même occasion d'V revenir. Quand ils liront ce livre, y trouveroniils un seul mot qui leur inspire des doutes sur l'idée qu'ils s'en étaient faite à cet égard? Un seul mot indiquant que les instructions qu'il renferme doivent nécessairement passer par la bouche de certains hommes? Un seul mot , enfin , qui ne paraisse pas s'adresser à tout le monde, pour que chacun y prenne ce qu'aura trouvé son intelligence, sa conscience, son cœur? Non. n a fallu plusieurs siècles et toute la perspicacité de l'ambition pour découvï^ir, dans quelques-unes des paroles du maître, les germes du pouvoir que Rome s'est arrogé. Quand nous accepterions comme s'adressant à elle toutes les promesses d'assistance et d'inspiration faites à l'Église en général, elle serait encore loin d'en avoir reçu autant que l'Église juive , dont Dieu fut si longtemps le chef, et presque le chef visible, tant il intervenait directement dans les moindres détails de sa destinée. L'Église juive a-t-ellô été pour cela exempte d'erreur? Jésus-Christ ne trouva-t-il rien à lui reprocher? Ouvrit-elle les yeux à cette nouvelle lumière qu'on hû annonçait depuis mille ans? Les Juifs se disaient « la race élue, » et en concluaient que la vérité ne pouvait s'être retirée du milieu d'eux. Quelle raison avaient-ils de moins que Rome aujourd'hui? S'ils ont

iêS HISTOIKE DU CONCILE DE TRENTE

erré, nea ne démontrera que Bmne se puisse cmr.

Quand donc Tùtsuffisaiice de la BiMe seruil aussi bieu prouvée qu'elle Test {>eu, rien ne prouverait encore que rÉglise romaine soit chargée et seule chargée d'y pourvoir, fit que serait--ce si, passant aux faits, nous cherchions maintenant comment elle y a pourvu ? Avec quoi les a-t-elle comblées, ces lacunes qu'il lui a plu d'apercevoir dans la révélatitm écrite ? Ces dogmes dont il n'y a, selon elle-ménie, que peu de traces dans la Bibie, et, selon nous, aucune , — sont-ils , au moins, assez d'accord avec l'esprit du reste, pour qu'on puisse les croire émanés de la même source? Quoi! Le Dieu qui a pu dicter plusieurs centaines de pages sans qu'il y eût un mot sur tels et tels dogmes romains, c'est lui qui a dicté plus tard les décrets en vertu desquels ces dogmes ont pris place — et quelle place !... la pr^nière, souvent, — pu-mi les dogmes chrétiens I Mais n'anticipons pas. Nous sommes ici dans une quQ^tion de principes. Ne diisons rien que la preuve ne suive.

Ce serait pourtant par des fiûts que nous pourrions encore le mieux répondre à la seconde aliénation : l'autorilé est nécessaire pour conserter la fm. Nous nous demjuiderions comment elle l'a conservée ; nous la sommerions de justifier, un à un, les changements, les altérations d« tout genre auxquelles elle s'est prêtée, et, comme nous le disions au commencement de ces réflexions, il sucrait d'un seul point non justifiable pour anéantir tout ce qui aurait été dit de plus fort en faveur de raut<uité. C'est là précisément ce que nous avons eu surtout en vue dans la rédaction de cette histoire, et nous ne pouvons ici qu'y renvoyer.

AifiHâ longtemps que les dogmes chrétiens gaidèrenl

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\mt sifldi^cité prhtiilîve, cpie rÉcritweliit cwire W mains de tont le monde, que teales les chaires retentileat d'invitations à Féliidier, — mms ne voyons pas qù*e» ftit eti l'idiée d'ériger ce! élre abstrait, FÉglise, e» régntâtair et ceaservateur de la doctrine, ni, eecere ^ imrâs, de ht* aecordw aucu» droit sur la c<HïfSGïe«iee et la rais€»ï de ses Mïembres. Il y avait des coiiciles, soit ; encore n*y en e«t-îl aueim pendant les troès premiers »ècles. Mais antre ctiose est de s*assembter po«r »*entendre sur ee ^'en aura à ensagner^ pour condamner accide&teèleinent telle ou tefle opinion qu*o» croit raanvadise, — ou de s'arroger, d^ par Dieu, le drcHtt absoki d'enseigner et de condamner. Ce droit, nous nions qu'on se Farrogeât &1îf avait eu au troisième, a» quatrièise, même au cinquième siècle, rie» qui ressemblât à ceta^ — que &ig»ifîeraient ces constant» appels (tes Pères h la lecture, à l'étude , à Pfexamcn des saints Kvres? Ce ne fut donc qu'après avoir admis plusieurs articles de foi, sinon entièrement feux, du moins hasardés et contestables , cpj'il fallut trouver un moyen de les lier ^ ceux que personne ne contestait : proléger ce que ne protégeait pas assez l'autorité des saints livres, voilà le besoin d'où est née l'autorité de l'Église. Peu k peu,, sa protection s'étendit sur la Bible même : ce ne fut flm des mains de Dieu , mais des mains de l'Église, qu'il fallut croire avoir reçu le volume sacré. Dès lors , les deux autorité» u^'en firent qu'une^ Cette fusion^ toute au profit de l'ÉgMse, fut de jour en jour plu» complète ; ta Bible disparut, comme disparaissent, quand un édifice est achevé, les premières pierres enfouies dans ses fondation». Aujourd'hui même, trois siècles après la Ré-» forme, il y a des gens qu'un appel à la Bible étonne

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profondément, qu'une citation de la Bible , lors même qu'ils n'ont rien à y répliquer, n'ébranle en aucune façon. Ils ne vous diront cependant ni qu'elle ait tort, ni qu'elle soit abrogée ; ils savent bien que leur Église ia cite quelquefois ; mais la citer autrement que l'Église, c'est une nouveauté qui les confond. De quoi se mêlet-elle, cette Bible? Quelle est cette musique nouvelle? L'instrument est bon, sans doute ; mais, précisément parce qu'il est bon , pourquoi rendrait-il d'autres sons que ceux que l'Église en tire? Nous admettons, sur la foi de la science , des choses tout à fait contraires au témoignage des sens , le mouvement de la terre autour du soleil, par exemple ; pourquoi donc n'admettrionsnous pas, sur la foi de l'Église, autre chose que ce qui paraît dit dans la Bible ? — Et voilà comment on arrive à rester catholique , tout en voyant clairement dans la Bible le contraire de ce qu'on croit *.

* C*cst une observation que nous prendrons la liberté de recommander aux controversistes protestants. Ils oublient tropq, en général, qu'ils ont affaire à des gens pour qui la Bible n*est rien, rien du moins par elle-même, dès qu'elle n'est plus d'accord avec les doctrines de Rome; ils en font trop leur unique massue, et ne s'aperçoivent pas du peu d'effet de leurs coups les mieux dirigés. Si ce n'étaient que des coups tombés à côté, passe encore ; on en serait quitte pour mieux ajuster une autre fois. Le pire, c'est qu'à force de recourir à la Bible contre des gens qui n'en reconnaissent pas encore l'autorité suprême, on les habitue toujours plus à ne pas la considérer comme prononçant en dernier ressort. Ainsi, dans toute polémique avec ces gens, ne l'appelez à votre secours qu'après les avoir en quelque sorte acculés contre elle par tous les autres arguments que vous aurez pu trouver; n'exposez pas l'épée de Dieu à battre inutilement l'air. — Que cette observation soit eu même temps notre excuse auprès de ceux qui accuseraient notre livre de n'être pas assez biblique. Pour les protestants, il l'est assez; pour les catholiques, il ne devait pas l'être davantage.

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