‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 38 sur 138 · L I V R K PREMIER · texte numérisé non relu

L I V R K PREMIER

(( Si les protestants, dit Bossuet, savaient à fond avec combien de variations leurs confessions de foi ont été dressées, cette Réforme dont ils se vantent ne leur inspirerait que du mépris*. » Nous voudrions bien qu'on nous expliquât, une fois pour toutes, ce que prouve, eu boupe logique, Targumenl tiré des variations du protestantisme. Quand on aura montré, par exemple, que les protestants n'ont pas tous et toujours été d'accord sur l'Eucharistie, qu'aura-t-on ôté à un seul de leurs arguments directs contre la Messe? Quand on aura prouvé qu'avec un pape ils auraient été plus unis, en quoi aura-t-on affaibli leurs attaques historiques et dogmatiques contre la par pauté ? « Avant de nous accuser de variations, dit eqcore Bûssuet^, qu'ils commencent par s'en purger eukwfêmes. » A quoi bon? La position est tout autre. Après avoir écrit quatre volumes sur les variations du protestantisme, système de liberté, vous êtes moins avancé que celui qui en aura trouvé une seule dans le catholicisme, système d'autorité et d'infaillible unité.

Avec la liberté, quiconque, soit individu, soit congrégation, soit peuple, perd momentanément les vraies doctrines de la Bible, ne perd jamais, du moins, le fil qui pourra l'y ramener. Le catholique, — pour rejeter une seule des erreurs de son Église, il lui faut rompre avec un passé de douze siècles, répudier tout un monde de traditions, briser des liens de tout genre; l'enfant de la Béforme, — si ses aïeux ont erré, rien ne l'enchaîne à leurs idées : ils n'avaient pas k leurs côtés, comme ceux du catholique, un pouvoir immuable prêt à couler en bronze toutes leurs imaginations. Dans toutes les Églises,

i Pré(aiç% des Variadpns.

2 Ibid.

il peut constamment se faire que le christianisme soit mêlé de plus ou moins d'alliage, selon les temps et les lieux. Avec l'autorité, l'alliage et le métal ne font qu'un ; vouloir les séparer, c'est rébellion, sacrilège. Avec la liberté, l'alliage, s'il en reste, est toujours dans le creuset de la Bible, toujours sous l'action de ce feu divin qui seul peut le séparer et le chasser.

Ce travail que Rome ne veut pas laisser faire avec le secours de la Bible, il faut bien, partout où elle n'est pas maîtresse des corps comme elle veut l'être des âmes, il faut bien qu'elle le laisse faire, et cela, trop souvent, sous l'empire des plus fâcheuses passions. Si Voltaire, dès son enfance, avait eu la Bible entre les mains, croiton que, même devenu incrédule, il l'eût si impitoyablement poursuivie? Voyez Rousseau, qui n'y croyait, au fond, pas plus que lui. Un protestant peut devenir incrédule, mais il ne devient pas impie. Il abandonnera, il attaquera le christianisme, mais il ne le haïra pas ; il ne l'appellera pas L'infâme; il ne demandera pas de V écraser. Sans la solidarité déplorable que l'autorité avait établie entre celui de la Bible et celui de Rome, jamais l'ignorance, jamais la mauvaise foi ne serait allée jusqu'à mettre sur le compte de la religion elle-même ce qu'il pouvait y avoir de ridicule ou d'odieux dans son histoire. Établie pour conserver, l'autorité a dû tout conserver ; c'est le plus grand mal qu'elle ait fait à la religion et à elle-même. Aujourd'hui, parmi tant de nouveaux obstacles, croit-on qu'elle ne fût pas tout heureuse de déposer une portion du fardeau qu'elle s'est engagée à porter jusqu'à la fin des siècles? Elle l'allège assez, en fait, par le soin qu'elle met à laisser dormir tant d'idées, dont le seul énoncé la ruinerait pour ja-

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