‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 44 sur 138 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

sur cette matifere n'ont jamais été, à beaucotip près, jusque-lfc.

La discussion fut vive, et même, à quelques égards, assez savante, mais non du côté des évoques. Pallavicinî, précisément en cet endroit, s'efforce d'en feire des hommes d'une haute capacité Ihéologique. Il cite, comme particulièrement habiles, les trois légats, deux autres cardinaux, et les chefs d'ordres * ; le reste, il est réduit à dire, sans citer aucun notu, que c'était l'élite des évoques. Pourquoi l'élite? Il n'y avait eu aucun choix; la plupart étaient et sont restés inconnus dans le monde théologique. Leurs hésitations, leur embarras dans une foule de cas» leur perpétuel recours aux tiiéologiens de profession, toutes choses que Pallavicini ne cherche pas à nier, réfutent suffisamment son assertion.

Ce serait donc ici le lieu de signaler l'intervention de cette autre classe de membres» les théologiens, appelés au concile pour éclairer les questions, mais sans voter, ce privilège étant exclusivement réservé aux évèques» aux abbés mitres et aux chefs d'ordresi Dès les pre* mières sessions, il y en avait déjà une trentaine ; leur nombre fut toujours à peu près égal à celui des membres votants. Si nous n'étions las de rentrer encore dans la question de rinfailiibilité, au point de vue des formes, -^ nous serions tentés de nous demander si leur présence était dans l'esprit du système en vertu duquel le corps des évêques est seul infaillible ; dans l'esprit, disons-nous, car, quant à la lettre. On nous répondrait qu'ils ne votaient pas. Un très-grand nombre de ques-

A n y en avait alors huit au coacile, dont cinq d'ordres mendiants. Quand noua désignons les membres soua le nom général d'évèques, les chefs d'ordres y sont compris.

lions leur furent, en fait, abandonnées ; beaucoup de votations eurent lieu sur la foi de leurs assertions. Les évêques faisaient sans doute très-bien de recueillir le plus de lumières possibles ; mais on ne comprend guère un tribunal qui reste incapable d'errer, tout en prononçant d'après des experts qui ne le sont pas.

Pourtant, dans la question des livres canoniques, le contraire allait arriver : la décision vint des évêques. Voyons si ce fut à l'honneur de la vérité et du concile.

Les théologiens étaient unanimes à reconnaître l'infériorité des livres que les protestants regardaient et regardent encore comme apocryphes *. Pouvaient-ils hésiter? Josèphe, Eusèbe, Origène, Athanase, Epiphane, Cyrille, Grégoire de Nazianze, Hilaire de Poitiers, Augustin 2, Jérôme surtout, celui de tous les Pères qui a le plus travaillé sur la Bible, nous en parlent comme d'un fait généralement reconnu ; et si, d'après ce qu'ils en disent, il peut encore y avoir discussion sur ce qu'ils ont pensé de tel ou tel de ces livres, il n'en est pas moins hors de doute qu'ils ont tous cru k l'inauthenticité de quelques-uns et à l'infériorité de tous.

* Tobie, Judith, Macchabées, etc.

2 Ce fut lui qui, aux conciles d'Hippono et de Carthago, fit recevoir ces livres dans le canon de la Bible, mais avec cette clause qu'on prendrait préalablement l'avis d'autres Églises. De plus, on ne les mettait pas sur le même rang que les canoniques; on décidait seulement qu'ils pourraient être lus et cités. .

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