LIVRE DEUXIÈME
à fixer infailliblement la foi. Le docteur, dans sa chaire, n'est pas autorisé à vous la citer comme rigoureusement exacte, et il Test à déclarer nuls tous les redressements que vous prétendrez y faire. Chaque passage est donc comme une pièce de monnaie à l'effigie du concile de Trente. Vous n'êtes pas tenu de la croire bonne, mais vous n'avez pas le droit de la refuser. « Le concile, dit encore Hug, n'a pas dit que la Vulgate seule serait authentique; il a déclaré seulement qu'elle serait4enue pour authentique. » Ce seulement est curieux, n Le concile n'a pas nié que les textes originaux ne fussent authentiques ; il a seulement déclaré que la Vulgate l'est aussi, quoiqu'elle s'en éloigne en maint endroit. » Voilà à quoi revient l'explication.
En avait-on au moins une édition universellement admise, correcte, unique ? Non ; il fallut décider qu'on en ferait une. C'était fort sage ; mais le décret précédent n'en était que plus étrange. Il eut été, non pas plus raisonnable, mais certainement plus rationnel, de nier les fautes de la Vulgate et de la proclamer d'emblée infaillible,parfaite, que de la déclarer inviolable tout en confessant qu'elle était fautive, qu'on allait s'occuper de la corriger.
En conséquence de cette dernière décision, veut-on savoir par quelle filière elle a passé ?
On avait nommé une commission, qui ne fit rien. Vers la fin du concile. Pie IV en nomme une autre, mais à Rome. Pie V la renouvelle et en accélère les travaux. Douze ans après, à l'avènement de Sixte-Quint, l'œuvre est à peine ébauchée. L'impétueux pontife s'impatiente. Il en fait son afi'aire, et, au commencement de 1589, il annonce par une bulle que le travail touche à sa fin. La
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nouvelle Vulgate s'imprime soug ses yeux, au Vatican. Lui-même, il revoit les épreuves. « Nous les avons corrigées de notre main *, » dit-il dans la préface. L'ouvrage paraît, « et il était impossible, dit Hug, qu'il ne fournit matière k la critique et à la plaisanterie. On trouva, surtout dans l'Ancien Testament, un grand nombre de passages recouverts de petites bandes de papier, sur lesquelsles on avait imprimé des corrections nouvelles ; d'autres étaiqjjt raturés, ou simplement corrigés h la plume... Enfin, les exemplaires étaient loin de présenter tous les mêmes corrections. »
C'était donc à refaire. Le successeur de Sixte-Quint, Grégoire XIV, se remet immédiatement à l'ouvrage, et Clément VIII, après lui, a enfin le bonheur de publier, en 1592, le texte qui ne changera plus. Mais que va penser le public ? Comment avouer ces corrections, doat environ six mille de détail et une centaine d'importantes? Bellarmin se charge de la préface. L'honneur de Sixte est sauvé : toutes les imperfections de sa Vulgate, c'étaient... des fautes d'impression.
Bellarmin la donne-t-il au moins comme aussi bonne que possible, cette version qui, après quarante-six ans de remaniements, va enfin entrer en possession das privilèges énoncés dans le décret? Non ; il avoue, dans cette même préface, que les réviseurs ont laissé passer des choses qui auraient eu besoin d'un examen plus rigoureux.
Mais en voilà assez. Fût-elle aujourd'hui la meilleure des traductions de la Bible, on voit ce qu'elle était quand le concile la plaça sur l'autel, et ce qu'il fallait d'audace
* Nofitrà nos i^xû manu correximus.